REFLEXION

Dans le ventre mou de Sonatrach

La Sonatrach est marquée par la faiblesse du management stratégique, expliquant les scandales financiers. L’objet de cette contribution est donc de revenir sur la situation actuelle de Sonatrach, qui fait l’objet de la Une de médias internationaux.



Dans le ventre mou de Sonatrach
Au moment où l’on parle de transparence, je tiens à informer l’opinion publique, ayant eu à diriger un audit sur ce sujet assisté des cadres de Sonatrach et d’experts internationaux, actuellement du domaine public, qu’il nous a été impossible de déterminer la structure des coûts par sections, rendant ainsi tout audit interne et prévision opérationnelle difficile. La Sonatrach se contenant de bilans consolidés, où l’envolée des prix sur le marché international voile à la fois la chute en volume et la déficience de gestion de certains de ses segments. Comme devant les députés fin 2007, j’ai eu à présenter le dossier Carburant attirant l’attention sur le fait que l’Algérie importerait horizon 2010 massivement ce produit, si l’on ne revoyait pas les subventions généralisées, source d’injustice et de gaspillage, par la mise en place d’un nouveau système de péréquation des prix ciblant les secteurs structurants et les ménages à faibles revenus. Ceci étant lié à l’urgence d’un nouveau modèle de consommation énergétique, dont l’utilisation intensive du Bupro(GNW) et du GPLc, supposant une nouvelle stratégie dans la distribution, l’Algérie ayant importé, paradoxalement, pour un pays doté d’hydrocarbures, pour près de 2 milliards de dollars en 2012 contre moins de 500 millions de dollars en 2011. Comme j’ai eu à maintes reprises attiré l’attention sur le manque de vision stratégique, à l’instar du projet Galsi(2), l’attention sur la marginalisation des cadres, et cela n’est pas propre à Sonatrach, cette ressource humaine plus importante que toute les ressources d’hydrocarbures, en mettant en retraite des cadres de hautes valeurs à l’âge de 60 ans, sans avoir préparé la relève. Comme en témoigne le poste services (appel aux compétences étrangères, certes nécessaires, mais le montant est passé de 2 milliards de dollars en 2002 à plus de 12 milliards de dollars, fin 2012, dont une grande partie destinée au secteur hydrocarbures. On peut en conclure que la Sonatrach est caractérisée par la faiblesse de comptes transparents, ce qui donne à tort ou à raison des supputations nuisibles à sa réputation. Mais l’on peut se poser cette question qui concerne toute l’économie algérienne : combien d’entreprises publiques font de la comptabilité analytique qui permet de cerner les coûts. Combien de ministères et administrations publiques utilisent la méthode de rationalisation des choix budgétaires (RCB) pour optimaliser leurs dépenses et rendre le contrôle externe audible ? Ces entités économiques et administratives vivent donc dans l’opacité qui arrange les prédateurs internes avec des complicités externes.
 
Les scandales financiers à Sonatrach
Au départ je voudrais souligner que la majorité des cadres algériens sont honnêtes, vivent de leur travail et que c’est une minorité de prédateurs qui s’adonnent à cette pratique. Et que dans un Etat de droit supposant une indépendance de la justice, réelle et non formelle, qu’une personne est innocente, toute inculpation devant reposer sur des preuves concrètes. C’est désolant pour mon pays qui recèle d’importantes potentialités. De telles pratiques nuisent à son image internationale. Effectivement, la presse italienne a réalisé des enquêtes sur le n°1 d’ENI, Paolo Scaroni, l’ex-dirigeant de Saipem qui aurait affirmé avoir versé des pots de vin à des responsables algériens d’un montant avoisinant 200 millions de dollars, par le truchement d’une société établie à Hong Kong, Pearl Partners Limited, en contrepartie de 8 contrats, portant sur plus de 11 milliards de dollars, dont le projet de la construction du deuxième gazoduc reliant l’Algérie à l’Italie, le Galsi (Algérie-Sardaigne-Italie) dont le projet est toujours en gestation. Vient ensuite la mise en cause de Sonatrach Petrolum Corporation, dont le siège est situé aux Îles Vierges Britanniques, British Virgin Islands, situées dans la mer des Caraïbes qui fait l’objet d’un redressement fiscal au Royaume-Uni, réclamant 45 millions de dollars d’impôts pour le recouvrement de ses impôts impayés dans ce pays depuis l’année 2008. La police fiscale britannique enquête actuellement sur les activités de cette société soupçonnée de «fraude fiscale, où selon la presse britannique durant les exercices 2009, 2010, 2011 et 2012, les autorités financières britanniques soupçonnent les gestionnaires de cette filiale de Sonatrach de s’être adonnés à des manipulations financières. Et récemment le scandale est remonté au Canada, où selon l’enquête conjointe menée par les journaux canadien et italien - «The Globe and Mail» et «Il Sole 24 ore» en date du 21 février 2013, la multinationale SNC-Lavalin, présente en Algérie depuis les années 1980 qui avait obtenu le marché du Mémorial du martyr Maqam E’chahid, ayant décroché des contrats ces dernières années d'une valeur de six à sept milliards de dollars, aurait obtenu des contrats en contrepartie de pots de vin. Cette nouvelle affaire de corruption impliquant le groupe Sonatrach a été révélée suite à l'enquête engagée par la justice suisse qui a abouti à l'incarcération, en 2012, de Riadh Ben Aïssa, ancien dirigeant des activités internationales, pour paiements douteux de 160 millions de dollars à l'un des fils de l'ex-dirigeant Libyen Mouammar Kadhafi. Après l’affaire Khalifa, la route Est/Ouest, certains secteurs des transports, des banques et maintenant Sonatrach, toujours en cours de justice en Algérie, et d’autres secteurs, il semble bien que ces scandales révélés au niveau international, échappant à la justice algérienne, ne sont pas terminés et ternissent l’image de l’Algérie.
 
Comment combattre cette corruption en Algérie ?
C’est que Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach. Les hydrocarbures représentent 98% des exportations en devises du pays en 2012 et permettant l’importation de la majorité des biens tant des ménages que des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 10/15%. Cela s’appelle le syndrome hollandais posant d’ailleurs pour l’algérie l’urgence d’une stratégie hors rente dans le cadre de la mondialisation. Horizon 2020, l’Algérie sera importateur net de pétrole et horizon 2030 importateur de gaz conventionnel tenant compte, de la nouvelle transition énergétique, de la concurrence internationale, (bon nombre des clients de Sonatrach demanderont certainement à l’Algérie courant 2014 une baisse des prix de cession du gaz, aussitôt les contrat à terme arrivé à expiration,   l’indexation sur le prix du pétrole n’étant plus à l’ordre du jour), de la révolution du gaz de schiste aux USA, des coûts, des exportations prévues et surtout de la forte consommation intérieure, avec le doublement des capacités d’électricité à partir des turbines de gaz, horizon 2017. Que deviendra la population algérienne de 50 millions en 2030 ? Uniquement entre 2000 et 2012 Sonatrach a pu engranger 600 milliards de dollars, selon les bilans officiels de Sonatrach. Cela a permis d’avoir des réserves de change de plus de 200 milliards de dollars fin 2012, mais 86% y compris les DTS au FMI, étant placées à l’étranger, mais faute de transparence on ne connaît pas leur rentabilité réelle. Qu’en a-t-il été entre 1971 date de la nationalisation des hydrocarbures et 2012 : en tout cas, en termes de parité de pouvoir d’achat 2013, plusieurs milliers de milliards de dollars. Car il faut éviter de raisonner à prix courants. La parité du dollar et le pouvoir d’achat mondial ayant évolué, il faut donc déflater pour avoir le montant réel aux prix de 2013. Par exemple, un baril de 20 dollars en 2000 équivaut à prix constant à plus de 90 dollars prix 2013. On combat la corruption par l’approfondissement de la démocratisation de la société tenant compte de son anthropologie culturelle et un Etat de Droit. L’Algérie a déversé une grâce toujours à Sonatrach, une dépense publique faramineuse de 500 milliards de dollars (dont une partie faible en dinars) entre 2004/2013, sans mettre en place tant le contrôle dé-mocratique que technique ce qui a conduit à cette situation déplorable. En conclusion, on ne combat pas la corruption en créant des institutions bureaucratiques de peu d’efficacité sans approfondissement de la réforme globale. On ne combat pas la corruption, sans une nouvelle gouvernance, une profonde moralisation de ceux qui sont chargés de gérer la Cité. Car comment demander le sacrifice à des citoyens et du patriotisme, après ces scandales à répétition ? La démocratisation de la société algérienne est intiment liée à la démocratisation de la gestion de la rente des hydrocarbures impliquant un réaménagement dans les structures du pouvoir pour se libérer des aléas de la rente. Cela mettra du temps, il ne faut pas être utopique impliquant des forces sociales dynamiques et plus de moralité. D’où l’importance d’un large débat national sur la gestion de cette rente qui irrigue tous les segments de la société, de la rentabilité des investissements et des réserves de change, placées à l’étranger, produit de cette rente si l’on veut combattre réellement la corruption. L’Algérie qui a d’importantes potentialités peut devenir un acteur actif au sein de l’espace euro-méditerranéen et euro-africain.  (source www.lesafriques.com)
 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Vendredi 17 Mai 2013 - 21:00
Lu 556 fois
ACTUALITÉ
               Partager Partager

A LA UNE | ACTUALITÉ | MOSTAGANEM | RÉGION | CULTURE | SPORTS | CHRONIQUE | DOSSIERS | ISLAMIYATE | Edito | RAMADANIATE | NON-DITS | DÉBAT DU JOUR | TRIBUNE LIBRE | PUB | Spécial 1er Novembre 54 | Aidons-les ! | MOSTA-HIER | بالعربي






Edition du 04-12-2016.pdf
2.87 Mo - 04/12/2016





Flux RSS


Retrouvez-nous sur Google+