REFLEXION

DOSSIER : Le charlatanisme : L’anarchie totale

La régression alarmante des possibilités d’exploration, la mauvaise disponibilité des médicaments et consommables entravent considérablement la prise en charge des malades et la formation médicale en phytothérapie dans nos départements de pharmacie en Algérie.



L’étude historique des plantes nous indique que l’homme les utilisait depuis l’antiquité, pour différentes raisons : - Se nourrir -    Se défendre (poison des flèches) -    S’enivrer - Se soigner   
En Orient, l’utilisation des plantes en thérapeutique remonte plus loin que l’ère des anciens Egyptiens, en effet on a retrouvé consigné sur  les hiéroglyphes l’usage de nombreuses plantes.
Du VIII˚ au XIII˚ siècle, les Arabes firent des découvertes importantes,  et c’est grâce à eux que sont transmises les connaissances scientifiques des civilisations gréco-romaines et hindoues.
Des savants tels que Rhazès, Avicenne, Avenzoar, Averrhoès et Ibn Beitar- qui étudia plus de 1500 drogues – ont gravé leurs noms dans l’histoire thérapeutique de l’humanité.
Ce n’est qu’à partir du XX˚ siècle, avec le développement des sciences, qu’on est arrivé à mieux connaitre les constituants chimiques et les propriétés pharmacologiques des plantes.
Malgré l’apport considérable de la chimiothérapie, on assiste depuis plus de vingt ans à une à une résurrection de la thérapeutique par les plantes, thérapeutique citée comme médecine d’avenir, tandis que la suprématie du médicament chimique s’amoindrit.
Cette suprématie est consolidée par l’essor que connait l’écologie de par le monde et surtout par les quelques déceptions et accidents marqués par les effets secondaires, parfois irréversibles, qui se manifestent à la suite de traitement chimiothérapique.
En Algérie, sans évoquer les expéditions françaises qui ont été opérées pendant la période coloniale, le travail de prospection de la flore médicinale du pays a débuté avec la création de la Faculté de Pharmacie de l’université d’Alger-Centre. Une première enquête, largement diffusée surtout par le biais des écoles primaires et les étudiants de la Faculté, a permis d’établir une première liste des plantes médicinales et de leurs usages populaires.
Sachant les difficultés rencontrées lors des enquêtes et les menaces qui pèsent sur la disparition de certaines pratiques médicales héritées de génération en génération, il est urgent de sauvegarder ce patrimoine sanitaire. Il est certain que « chaque fois qu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui disparait avec lui ».

DEMEURER VIGILANT
L’empirisme de la pratique médicale par les plantes assujetti parfois à des conséquences graves ; car si les plantes guérissent, elles peuvent aussi être fatales.
En effet, les tradipraticiens  ou guérisseurs ignorent totalement les origines et les causes des maladies à soigner. Ils ne font jamais de diagnostics basés sur des analyses biologiques, et par-delà, ils sont incapables de suivre correctement l’évolution des maladies chez les patients.
Ainsi, la prescription de guérisseur fait suite aux symptômes et signes décrits par le malade ou observés chez celui-ci : ce guérisseur  ignore généralement la composition chimique de la plante qui peut être parfois dangereuse par la présence de substances toxiques pouvant entrainer la mort.
Plus grave aussi l’automédication par les plantes qui devient d’usage courant, sans limitation de dose, erreur qui peut modifier l’effet thérapeutique recherché par les traces de tanins de saponosides, d’alcaloïdes contenus dans certaines plantes.
A ceci s’ajoute le charlatanisme qui sévit partout en Algérie, là où le contrôle médical est insuffisant.
Citons à titre d’exemple :
- La célèbre guérisseuse « Grand-Mère », qui prétendait guérir toutes les maladies par la pose de ses mains ou par des recettes magiques.
- L’utilisation abusive aux U.S.A. du « Laetrile », extrait du noyau d’abricot mexicain-, présumé être anticancéreux et qui s’est révélé contenir des cyanures qui sont à l’origine de plusieurs intoxications mortelles posant de sérieux problèmes aux instituts de cancérologie américains.
Il demeure encore difficile de tolérer les automédications  et d’endiguer les prescriptions des charlatans.

REUSSIR  UNE CAMPAGNE D’INFORMATION
Afin de pallier à ces insuffisances, il serait indispensable que les structures de santé entament  une compagne d’information pour présenter la phytothérapie comme un enrichissement de la thérapeutique moderne, et non comme une régression.
Pour réussir cette campagne qui devrait se dérouler par exemple sous le thème « pour une santé meilleure», il faudrait :
- Organiser et planifier cette campagne à l’échelle nationale et surtout régionale (école, lycée, hôpital, dispensaire,  municipalité, service des forêts, garde nationale, ect….)
- Etablir un questionnaire national qui pourrait réunir toutes les données sur l’utilisation des plantes
- Diffuser largement ce questionnaire auprès des structures régionales  citées ci-dessus en vue de :
• Recenser  tous les soins par les plantes
• Etablir la liste des guérisseurs
• Recueillir le maximum d’informations sur la plante utilisée et noter tous les détails sur les maladies traitées, ainsi que les prescriptions et les modes de préparation
• Chercher à connaitre l’origine de ces pratiques
• Inventorier les ouvrages ou les manuscrits disponibles, en vue de les étudier, et éventuellement de les éditer ou rééditer
• Envisager des rencontres ou séminaires régionaux puis nationaux des guérisseurs qui parleront de leurs pratiques, et évoqueront les cas traités et qui ont été couronnés par la guérison.
• Ce travail nous permettra d’élargir la liste disponible à toutes les plantes Algériennes utilisées en thérapeutiques.
Du fait que ces plantes sont consommées et parfois même vendues sur le marché, il devient urgent de définir des normes de conformité et de contrôle afin de préserver la qualité de la plante et de déceler les fraudes dont les conséquences peuvent être fâcheuses pour le consommateur.

UN RECYCLAGE S’IMPOSE
Le problème qui reste posé est la participation directe des médecins et pharmaciens dans les soins par les plantes.
Il est certain que la formation occidentale actuelle du médecin, et dans une moindre mesure du pharmacien, ne permet pas une manipulation facile des plantes. Il est fréquent qu’un médecin ou un pharmacien n’arrive ni à interpréter une ordonnance phytothérapique ni à reconnaitre certaines plantes  médicinales. Cependant le médecin pratique quotidiennement la phytothérapie   sans le savoir ; en effet il prescrit tous les jours :
• Des Antibiotiques (à partir des végétaux inférieurs)
• Des Alcaloïdes (tels que la belladone qui entre dans plus de 300 spécialités pharmaceutiques)
• Les laxatifs (tels que la Bourdaine qui entre dans plus de 250 spécialités)
• Des antiseptiques et protecteurs broncho-pulmonaires tels que l’Eucalyptus qui entre dans plus de 200 spécialités)
• Des cardiotoniques, des neurodépresseurs, des hypotenseurs, des antidiabétiques, ect…
Ce médecin serait bien surpris si on le classait parmi les « guérisseurs ».
Il parait donc nécessaire d’envisager un recyclage par une formation continue : séminaire, conférences, séance de manipulations de plantes et des cours de chimie thérapeutique, ect…
Ainsi progressivement les ordonnances  phytothérapiques entreront dans les traditions sanitaires de notre pays, comme c’est le cas de nombreux pays ; citons le cas de la Bulgarie avec 10 millions d’habitants et où 100 millions de tisanes curatives phytothérapiques sont dispensées chaque année.

DES STRUCTURES INDISPENSABLES
Pour mener à bien ce travail, il est nécessaire de se doter de structures, essentiellement :
1) Un centre de documentation pouvant  fournir tous renseignements sur les plantes
2) Un laboratoire-magasin de plantes qui :
- Reçoit les plantes fraiches ou sèches
- Contrôle et décèle les falsifications
- Conditionnent la drogue en unité de prise (sachant en général) sur lequel doit figurer en premier lieu la date de péremption et le mode d’emploi
- Doit jouer le rôle de grossiste-répartiteur pour les pharmaciens de libre pratique et les centres de soins.
3) Des laboratoires de recherches spécialisés comme le laboratoire de chimie-thérapeutique de la faculté de médecine  d’Oran pouvant vérifier scientifiquement les valeurs thérapeutiques des plantes et définir leur composition chimique qui reste encore mal connue (seulement environ 10% des composés chimiques des plantes sont identifiés).
A cette étape, on peut s’orienter soit vers le médicament moderne, soit vers les préparations simples.
a) Le médicament
Isoler un principe actif d’action pharmacologique donnera plus d’importance à une plante s’impose et la formulation d’un médicament devient projet.
Des études longues et couteuses doivent se faire dans des laboratoires de chimie-thérapeutique spécialisés. Un brevet d’exploitation peut être envisagé.
b) Les préparations simples
L’utilisation de la partie active de la plante sera sous forme de teinture, de décoration, d’infusion, de macération, de cataplasme, ect..
Ce sont des préparations faciles à réaliser de cout peu élevé et dont la matière première peut être disponible toute l’année.
L’activité thérapeutique de ces extraits est parfois plus efficace que le principe actif isolé. En effet des phénomènes de synergie peuvent se développer. La science est encore incapable d’expliquer avec précision le mécanisme d’action de certains extraits totaux qui possèdent une activité thérapeutique ne correspondant à aucun de leurs constituants chimiques pris isolément (par exemple l’artichaut qui contient de nombreux acides organiques est bien connu comme diurétique et cholérétique, alors que les acide succiniques, malique et critique, isolés de cette plante, ne possèdent pas ces propriétés) ; ceci peut être expliquer par la présence de certains substances sous formes infinitésimales parfois indécelables pouvant être à l’origine de l’activité.
Ces mêmes substances peuvent disparaitre au cours du traitement chimique de la plante, d’où les énormes difficultés que rencontrent les chimistes-thérapeutes et les pharmacologues dans les recherches des activités présumées par les guérisseurs.


NE PAS SE FAIRE TROP D’ILLUSIONS
Il n’a jamais été question que la phytothérapie se substitue aux spécialités médicamenteuses. Notre but est de fournir à l’Algérie et pourquoi pas à l’échelle Maghrébine Arabe ou Africaine- pour certaines maladies –des moyens de soins peu couteux, disponibles, efficaces et ayant une incidence directe sur la santé et l’économie ce qui permet :
- De connaitre les « sources sanitaires » du pays
- De sauvegarder et de réévaluer ce patrimoine
- De créer des traditions de prévention sanitaire de masse en encourageant l’utilisation de certaines tisanes naturelles qui pourraient se substituer progressivement au sacro-saint thé noir consommé d’une manière exagérée et nuisible dans notre pays.
- D’encourager la culture des plantes avec perspectives d’exportation. A titre d’exemple, la Bulgarie-dont la superficie est environ les 2/10 de l’Algérie- possède 1.200 variétés de plantes médicinales dont 500 sont couramment utilisés en médecine populaire et  250 variétés sont exportés par plusieurs milliers de tonnes vers la France, la RFA, l’Angleterre, ceci après avoir fournis à l’industrie pharmaceutique locale des centaines de tonnes.
A l’échelle mondiale, la phytothérapie est l’ordre du jour.
Dans la plupart des pays, des équipes travaillent avec abnégation pour une meilleure utilisation de ce « don naturel ».
- En Chine, il existe des instituts supérieurs d’étude des plantes médicinales dans les hôpitaux même se trouve des jardins botaniques où sont cultivées des plantes utilisées pour soigner certaines maladies.
- En Belgique, notamment à Leyssiqnes existent des centres d’études et d’essais pour la culture des plantes médicinales
- Aux U.S.A. et au Japon, les expéditions dans les pays du Tiers-Monde sont très fréquentes en vue d’une étude poussée des plantes exotiques pouvant être exploitées en médecine.
- En U.R.S.S., plus exactement en Sibérie, on étudie les constituants chimiques des plantes et on les assortit, parfois génétiquement, conformément aux demandes des médecins et de l’industrie pharmaceutique. Tous les hôpitaux et les pharmaciens délivrent des ordonnances phytothérapiques.
Par ailleurs, l’O.M.S constitua dès 1963 une commission permanente pour l’étude des plantes médicinales: une de ses résolutions se fixe pour tâche :
• D’établir un inventaire de plantes médicinales utilisées par les états membres.
• D’établir une classification thérapeutique des plantes médicinales en corrélation avec la classification thérapeutique de tous les médicaments.
• D’examiner les données scientifiques disponibles concernant l’efficacité des plantes médicinales pour le traitement de pathologies déterminées et de diffuser une synthèse des résultats de ces examens.
• De coordonner les efforts déployés par les états membres pour élaborer des normes et des spécifications internationales d’identité, de pureté et d’activité des produits à base de plantes médicinales, ect….
Par ailleurs, l’O.N.U.D.I (Organisation des Nations-Unies pour le développement et l’industrie) ne cesse de confirmer sa volonté :
- Pour allouer des fonds en vue de la construction des unités de productions dans les pays du Tiers-Monde
- Pour fournir une assistance en vue de l’exploitation de la flore du pays sans rompre l’équilibre écologique.
Ces encouragements entrent dans le cadre du programme de l’O.M.S intitulé « SANTE POUR TOUS EN  L’AN 2000 »

EN CONCLUSION :
Deux axes importants sont à développer :
*stimuler et impulser le développement d’une industrie pharmaceutique nationale, condition à remplir pour une véritable politique de santé.
*création  d’un centre d’études et de soins par les plantes disposant :
- d’un service de consultation externe pour les malades pouvant être soignées par les plantes
- de laboratoires d’analyses chimiques et  biologiques
- de laboratoires spécialisées en chimie-organique Pharmaceutique., qui partant de l’identification d’une plante, peuvent extraire et fractionner les composés chimiques, déterminer le ou les principes actifs, réaliser les essais toxicologiques et pharmacologiques, définir les doses thérapeutiques, proposer une forme galénique qui, après étude, pourra être le médicament issu de la plante médicinale.
De cette institution se dégage le profil d’une équipe pluridisciplinaire intégrée qui pourra découvrir et confirmer les vertus et les secrets des plantes médicinales.
Un enseignement post universitaire pourrait mieux se développer.
La faculté de Pharmacie d’Oran et surtout le service de chimie –thérapeutique et clinique, tout en assurant un enseignement répondant  aux exigences de notre pays, peut-elle objectivement jouer ce rôle ?
Une question qu’il faudrait approfondir pour enrichir un débat en vue d’un avenir meilleur de la pharmacie en Algérie.
Enfin, nous hospitalo-universitaires, soucieux de redonner à la phytothérapie le rang qui lui revient au sein de la société Algérienne en matière de médecine végétale.

 

Yahia Dellaou
Mercredi 27 Janvier 2016 - 17:23
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ACTUALITÉ
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