REFLEXION

DES TAUX DE CROISSANCE ET DE CHOMAGE OFFICIELS BIAISES : Face à un système socio-éducatif non performant, urgence d’un langage de vérité

Selon les données officielles, l’économie algérienne aurait un taux de croissance hors
hydrocarbures moins élevé que la moyenne européenne



1- Le taux de croissance moyen de 3% entre 2004/2015  est presque identique au taux de croissance de la population active (300.000/350.000 demandes d’emplois additionnelles par an) avec des emplois qui disparaissent et d’autres qui naissent du fait des mutations mondiales. Cela renvoie au nouveau système socio-éducatif qui se met en place au XXIème siècle supposant un niveau élevé de connaissances. Dans ce cadre, avec  le  fort taux de réussite à l’examen du baccalauréat entre 2010/2016 que deviendront les 2 millions d’étudiants sortis horizon 2020 sans relance économique, d’autant plus que la majorité des institutions internationales  notent une dévalorisation de la connaissance en Algérie.  La preuve, le poste assistance technique (appel aux compétences étrangères et exode de cerveaux algériens) est  passé de 2 milliards de dollars en 2002 à plus de 11/12 milliards de dollars entre 2010/2015. L’Algérie représenterait  un des pays le moins performant au monde en matière d’innovation  au même titre que  le Soudan, le Yémen  et le Niger. Selon  la revue américaine Foreign Policy, classant  «l’Algérie risque de se retrouver sans son intelligentsia pour construire son avenir ». Pour avoir passé plusieurs décennies entre les secteurs économiques et l’Université, je peux affirmer, quitte à choquer certains collègues que les innombrables laboratoires de recherche, malgré les nombreuses compétences, mais du fait la gestion bureaucratique, sont plus considérés comme des compléments de salaires, participant très peu pour ne pas dire pas à l’innovation, assistant d’ailleurs tant à une déconnection Université/ Université (peu de travail en réseaux) qu’université/environnement. Or la réhabilitation de la connaissance et du savoir, pilier du développement durable, comme l’a montré souvent mon ami le sociologue Nadji SAFIR suppose de profonds réaménagements du pouvoir algérien dont le fondement hélas repose sur les couches rentières. Et dans ce contexte qu’il faille éviter d’avoir une vision tant  économiciste étroite du développement, ou raciste.   Le monde a connu des cycles de civilisations de différentes religions, l’islam ou toute autre religion qui ne sont pas l’antinomie du développement la connaissance qui a fait leur prospérité.  En cette ère de mondialisation avec des inégalités criardes dues à la fois à la mauvaise gouvernance dont la corruption de bon nombre de dirigeants du Sud et également au fondement inadapté des relations internationales, le dialogue des cultures doit favoriser la symbiose des apports de l’Orient et de l’Occident au profit de l’humanité. Les expériences récentes réussies mariant leur authenticité et la modernité de pays émergents  l’attestent.
 - Lié au taux de chômage, paradoxalement l’ONS annonce des données surprenantes alors que nous assistons à  un recul de la création d’entreprises productives et en termes de structure, plus de 50% activent dans le secteur du commerce , n’étant pas en majorité des services marchands créateur de valeurs ajouté) (83%v de la superficie économique et plus de 95% des unités personnelles ou petites SARL sans management stratégique, comment peuvent-elles pénétrer le marché africain  ) , le reste des entreprises étant les secteurs du BTPH via les hydrocarbures par  la dépense publique Paradoxalement, pour l’officiel, l’Algérie aurait un taux de croissance hors hydrocarbures un des plus élevés du monde, loin devant tous les pays de la région Mena, de la Chine, de l’Inde, du Brésil, pour ne pas parler de l’Europe, des Etats-Unis d’Amérique ou du Japon.  La technique de la triangularisation du tableau d’échange interindustriel- permet de démontrer que les hydrocarbures irriguent presque l’ensemble de l’économie et le segment hors hydrocarbures l’est à plus de 80% et montrant clairement qu’il reste aux seules véritables entreprises créatrices de richesses une participation réelle inférieure entre 15/20% du total du produit intérieur brut (PIB). Et ce compte tenu de l’accroissement de la valeur ajoutée agricole  toujours selon des facteurs exogènes, bonne pluviométrie et non d’une bonne gestion, comme le montre l’échec relatif du PNDA (programme agricole) qui a englouti des dizaines de milliards de dollars et dont la facture alimentaire est inquiétante.. Aussi, face à cette situation, résultat de la panne de la réforme globale et d’une gestion administrative des années 1970, il était  techniquement impossible de créer 3 millions d’emplois comme cela avait été prévu entre 2010/2013 par le gouvernement. La fuite en avant serait de créer des emplois non productifs dans l’administration non créateurs de valeur. Dès lors, si l’on redresse par le fléchissement de 30% de création  d‘entreprises productives, le peu d’attractivité des IDE  hors hydrocarbures dont les PMI/PME innovantes découragées par la règle des 49/51%, en soustrayant la sphère informelle   marchande ,   en pondérant par un taux de participation de la population féminine que de 50% contre 84% pour les hommes, en enlevant les emplois temporaires improductifs créés artificiellement par la rente, nous aurons alors un taux de chômage qui dépasse largement les 20%.
 3- Aussi, ce n’est pas une question uniquement d’argent comme en témoigne les assainissements répétés des entreprises publiques, plus de 80% étant revenues à la case de départ. Or, l’objectif stratégique est de créer un nouveau tissu économique fondé sur la nouvelle économie s’insérant dans le cadre des valeurs internationales, selon une vision stratégique. La réussite est conditionnée  par une plus grande efficacité des institutions, la moralité des responsables, la valorisation du savoir, un dialogue social et économique permanent avec les forces représentatives  non créées bureaucratiquement et donc un nouveau management stratégique, donc une  bonne gouvernance inséparable d’un Etat de droit. La distribution de la rente pour calmer le front social ne peut être durable et est  au contraire suicidaire pour le pays comme le montre l’expérience de la faillite vénézuélienne. . C’est que l’allocation financière n’est pas optimale misant uniquement sur les infrastructures (70% des dépenses) qui ne sont qu’un moyen du développement. Aussitôt terminé les infrastructures que deviendront les centaines de milliers de travailleurs sans avoir préparé leur reconversion ?  Comparé aux dépenses sur la population, un  rapport de l’OCDE pour la région MENA montre que des pays similaires en voie de développant dépensant le 1/3 de l’Algérie ont des taux de croissance plus importants, l’économie algérienne fondamentalement rentière, enregistrant, selon la majorité des rapports internationaux, un taux de croissance inférieur à la moyenne méditerranéenne pour la période 2004/2015. Il s’agit donc d’éviter la manipulation des données pour affirmer que tout va bien, ce qui ne peut que conduire à des erreurs de politique économique, devant synchroniser les différentes enquêtes afin d ‘éviter d’induire en erreur l’opinion algérienne qui a une faible culture économique mais non les institutions internationales et les experts avertis. Les différents Ministères doivent avoir la même base de sondage afin de pouvoir effectuer des comparaisons crédibles, le raisonnement à prix constants étant fondamental pour toute politique fiable. Pour le calcul de l’inflation, cela implique de revoir le panier de biens qui doit être historiquement daté, le lier au modèle de régulation, c’est-à-dire au mode d’accumulation, de consommation et à la répartition du revenu par couches sociales afin d’analyser la concentration du revenu national à l’aide de l’indice Gini qui prend en Algérie des tendances dangereuses au profit d’une minorité de rentiers. Aussi, une interrogation s’impose : comment est-ce qu’un Algérien, qui vit au SNMG, soit 5 euros par jour cours officiel (dinars 22,66 dinars un euro en date  du 25/06/2016, contre plus de 175  un euro sur le marché parallèle)   alors que le prix du kilo de viande dépasse 9/10 euros arrive à boucler la fin du mois  face aux dépenses incontournables : alimentation, transport, santé, éducation ?
 4- Je tirerai quelques conclusions et modestes recommandations au nombre de cinq.
Premièrement,  au vu que 98% des exportations proviennent directement  et indirectement  des hydrocarbures (les exportations hors hydrocarbures en 2015 sont constituées de plus de 70% de dérivée d’hydrocarbures et de certaines matières premières, le secteur privé national représentant une fraction négligeable) et important 70% des besoins des ménages et des entreprises, nous sommes en face de contradictions flagrantes des données officielles: la faiblesse du nombre d’entreprises productives, la prédominance du commerce de détail où le nombre de commerçants a  plus que doublé en 10 ans selon les données officielles peut ne  peut donner   taux de chômage réel faible que  l’on comprime, autant que l’inflation par des subventions et des emplois fictifs.
 Deuxièmement, l’Algérie de 2016 est caractérisée premièrement par une relative aisance financière grâce aux hydrocarbures 135 milliards de dollars de réserves de change fin mai  2016, en nette baisse (un répit de trois années)  mais avec des incertitudes vis-à-vis de l’avenir, une population en 2016 de plus de 40 millions d’habitants mais qui horizon 2030,  sans hydrocarbures traditionnels, atteindra 50 millions.
 Troisièmement, la sphère informelle, la crise du logement (même marmite, mêmes charges) et les transferts sociaux pour une paix sociale fictive grâce aux hydrocarbures plus de 10% du PIB  jouent temporairement comme tampon social.
 Quatrièmement, devant cette prise de conscience d’inégalités, brisant le mur de la peur, favorisées par le nouveau système de communication,  une tendance à un suicide collectif : tous les Algériens exigent immédiatement leur part de la rente des hydrocarbures demandant des augmentations des salaires sans contreparties productives.
Cinquièmement,  l’Algérie traversant une phase cruciale de son histoire, je lance un appel au pouvoir politique afin d’ouvrir, comme cela a été instruit  par le président de la République d’avoir un langage de vérité  et à la télévision publique de s’ouvrir aux débats contradictoires au lieu de favoriser les intellectuels organiques( aux ordres,) selon l’expression heureuse du grand philosophe italien Antonio Gramsci avec des  monologues d’autosatisfaction  lassants sans impacts. A ce titre les médias ont un rôle déterminant à jouer en s’adaptant aux nouvelles technologies, les journaux papier algériens étant appelés, en grande majorité  à disparaitre horizon 2020, plus rapidement faute de publicité. Car force est de constater que dans leur majorité, existent quelques rares exceptions, les journaux papiers algériens manquent d’imagination, ayant été détrônés par les sites  et les télévisions qui  sont un acquis devant améliorer leurs prestations, reprennent les informations  de sites publiés la veille par ces nouveaux médias dynamiques,  faisant appel rarement aux spécialistes, s’adonnant à des supputations sans analyses approfondies.
 Dans ce  cadre,  je lance un appel à tous les intellectuels algérien, aux cadres de l’Etat , afin qu’ils sortent du coma, ayant une responsabilité devant l’histoire afin de participer, à l’instar de tous les pays qui avancent, à un débat utile, sans verser ni dans la sinistrose, ni dans l’autosatisfaction source de névrose collective,   l’Algérie ayant les potentialités de sortie de crise ». Nous ne devons donc pas avoir une vision de sinistrose  et ayons confiance en les potentialités de l’Algérie, beaucoup de réalisations  et des insuffisances qu’il convient de corriger ..  

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Dimanche 27 Novembre 2016 - 20:10
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