REFLEXION

Conflit sur Gibraltar : le Maroc en spectateur

Des tabloïds anglais se sont déchaînés sur le gouvernement espagnol, notamment The Sun, quotidien britannique réputé pour ses positions très anti-UE. Récemment, le journal a mêlé le Maroc à ce conflit territorial, dénonçant "l'hypocrisie espagnole" vis-à-vis de Gibraltar alors que le pays contrôle deux frontières terrestres de l'Europe au Maroc, Sebta et Melilla.



Selon le journal britannique "si Madrid déclare que le refus des habitants de Ceuta et Melilla de céder l'autorité à Rabat est suffisant pour garder le contrôle, le royaume refuse d'accepter cette même situation à Gibraltar". En effet, le referendum de 2002 appelant à un retour du rocher à une gouvernance ibérique a été rejeté à 99% des voix. Le destin de Gibraltar a souvent été mêlé à celui des enclaves de Sebta et Melilla. Selon je journal britannique The Telegraph, dans les années 80, le roi Juan Carlos aurait même déclaré aux autorités britanniques: "Si l'Espagne récupère Gibraltar, le roi Hassan II demandera immédiatement le retour de Sebta et Melilla à l'autorité de Rabat".  Londres et Madrid se déchirent sur l'avenir du seul territoire britannique situé sur le continent européen. Première grosse épine dans les négociations entre l'UE et le Royaume-Uni. L'Espagne aura un droit de regard sur tout futur accord avec Gibraltar, enclave britannique du sud espagnol, dans le cadre du Brexit. Ainsi en ont décidé les 27 dirigeants de l'UE, vendredi. Ce soutien à Madrid, consigné dans la feuille de route des négociations, met Londres sur le pied de guerre. La Première ministre Theresa May serait-elle prête à dépêcher la Royal Navy pour défendre ce port d'entrée sur la Méditerranée, comme l'a affirmé un élu conservateur, en rappelant Thatcher et la guerre des Malouines contre l'Argentine, en 1982 ? Il fallait l'interpréter comme la détermination des Britanniques « à protéger les droits de Gibraltar et sa souveraineté », a tempéré un porte-parole de Theresa May, dimanche. Boris Johnson, le ministre des Affaires étrangères, a martelé le même discours hier : « Cette souveraineté ne changera pas... sans le consentement de la population de Gibraltar et du Royaume-Uni. »
Confetti de 6,5 km²
Être au cœur des hostilités du Brexit, c'est ce que redoutait ce confetti de 6,5 km² que l'Espagne a cédé aux Anglais en 1713. Les 33 000 habitants ont voté à 95 % pour rester dans l'UE, le 23 juin 2016. Gibraltar profite à fond de son statut spécial. Si Londres gère la défense, les affaires étrangères et la sécurité intérieure, le Rocher se débrouille pour le reste, et plutôt bien. Il affiche le troisième PIB par habitant du monde, un taux de chômage de 1,1 % et une croissance insolente de 10,3 % (en 2015). Jusqu'ici, l'UE n'a jamais remis en cause son régime de taxes très attractif - 10 % d'impôts sur les sociétés et aucune TVA - qui a attiré le milieu des paris et des jeux d'argent en ligne. « Notre modèle économique dépend de la liberté de circulation des personnes, des biens et des capitaux », indiquait il y a un an le Ministre en chef de Gibraltar, Fabian Picardo, au Financial Times. Ce dirigeant redoutait déjà que son territoire devienne « une monnaie d'échange » dans les négociations du Brexit. Il a demandé aux Européens de retirer ce droit de regard accordé à Madrid. L'Espagne ne lâchera pas le dossier. Chaque jour, 12 000 Européens, dont 7 000 Espagnols, franchissent les grilles qui séparent Gibraltar de la ville frontière espagnole, où le chômage frappe 40 % de la population. Au conseil des ministres des Affaires étrangères de l'UE, lundi 3 mars, le Néerlandais Bert Koenders a tenté un « Calmons-nous... »

Le différend anglo-espagnol
sur Gibraltar
Le comité de l’O.N.U. chargé de la décolonisation avait constaté, en octobre dernier, « l’existence d’un désaccord et même d’une dispute » entre la Grande-Bretagne et l’Espagne, au sujet de Gibraltar. Avant de se séparer, les Vingt-Quatre avaient invité les deux pays à engager des conversations bilatérales pour régler leur différend par des moyens pacifiques et à informer l’Assemblée générale du résultat des négociations au début de l’année 1965. L’affaire de Gibraltar sera donc amenée à subir un rebondissement dans les semaines qui viennent. Minuscule territoire de cinq kilomètres de long sur 1 500 mètres de large, Gibraltar appartient depuis deux cent cinquante ans à la Couronne britannique en vertu du traité d’Utrecht. Or, tenant compte des recommandations de l’O.N.U. sur la décolonisation, le gouvernement de Londres décida, en 1964, d’octroyer une certaine autonomie aux vingt-trois mille habitants du Rocher qui leur permettrait d’accéder ultérieurement à l’indépendance dans le cadre du Commonwealth. C’est contre cette prétention que s’élève l’Espagne, en invoquant l’article 10 du traité d’Utrecht, qui dit textuellement : « Si, à un moment donné, il paraissait bon à la Couronne de la Grande-Bretagne de donner, de vendre ou d’aliéner de quelque façon que ce fût la propriété de ladite ville de Gibraltar, il est convenu et décidé par ce traité que l’on donnera préférence en cette matière à la Couronne d’Espagne avant toute autre. » Le gouvernement de Madrid estime, par conséquent, que la Grande-Bretagne ne peut modifier le statut de Gibraltar sans recevoir, au préalable, son assentiment. Nous sommes ainsi en présence de deux thèses opposées. la Grande-Bretagne se jugeant dans le droit de transformer son ancienne colonie en un territoire autonome et l’Espagne revendiquant, en revanche, la souveraineté du Rocher. L’affaire est d’autant plus complexe que les Nations unies ont été amenées par la force des choses à prendre acte de ce différend dans le cadre de la décolonisation. En refusant à la Grande-Bretagne le droit de modifier le statut colonial du Rocher, les Espagnols semblent vouloir faire eux-mêmes du colonialisme contre leur gré.

 

Ismain
Mercredi 5 Avril 2017 - 20:20
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ACTUALITÉ
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