REFLEXION

Comprendre le dérapage accéléré du dinar algérien entre 1970/2016

Il est intéressant de connaitre l’évolution de la cotation du dinar algérien de 1970 à 2016, en rappelant que par le passé en référence au franc français nous avions 1 DZD = 1FRF en 1971 et 1DZD = 0,84 FRF en 1985.



1970 :  4,94 dinars un dollar
1980 :  5,03 dinars un dollar
 1985 :  5,03 dinars un dollar
 1989 :  8,03  dinars un dollar
 1990 : 12,02 dinars un dollar
 1991 : 18,05 dinars un dollar
 1994 : 36,32 dinars un dollar
 1995 : 47,68 dinars un dollar
 En cas d’un retour au FMI la dévaluation  entre 2018/2019,  serait également proportionnelle à celle de 1994/1995
 1996 :  54,74 dinars un dollar
1997 :  57,71 dinars un dollar
1998 :  58,76 dinars un dollar
1999 :  66,64 dinars un dollar
2001    69,20 dinars un euro              77,26 dinars un dollar
2002…75,35 dinars un euro             -69,20 dinars un dollar        
2003…87,46 dinars un euro              77,36 dinars un dollar
2004…89,64 dinars un euro              72,06 dinars un dollar
2005…91,32 dinars un euro              73,36 dinars un dollar
2006…91,24 dinars un euro              72,64 dinars un dollar
2007…95,00 dinars un euro              69,36 dinars un dollar
2008…94,85 dinars un euro              64,58 dinars un dollar
2009..101,29 dinars un euro              72,64 dinars un dollar
2010..103,49 dinars un euro              74,31 dinars un dollar
2011..102,21 dinars un euro               72,85 dinars un dollar
2012..102,16 dinars un euro               77,55 dinars un dollar
2013..105,43 dinars un euro               79,38 dinars un dollar
2014..106,70 dinars un euro               80,06 dinars un dollar
2015..108,60 dinars  un euro               99,50 dinars  un dollar
2016 (10 mai) 124,45 dinars 1 euro    109,43 dinars  un dollar
 Selon la banque d’Algérie «le taux de change du dinar vis-à-vis des principales devises est déterminé de manière flexible sur le marché interbancaire des changes, en fonction des conditions de l'offre et de la demande » et de préciser que «la valeur externe du dinar est  fixée au taux du marché interbancaire des changes où  la  dépréciation de la valeur du dinar, par rapport à l'euro et le dollar, est le résultat du différentiel entre le taux d'inflation enregistré en Algérie et celui constaté dans le reste du monde». Or paradoxe le taux d’inflation dans les  pays développés  entre 2013/2015 est inférieur à ½%,  le dérapage du dinar continue et les produits importés ne connaissent pas  de baisses sensibles.
 1.-Dans une économie productive structurée, la dévaluation ou le dérapage du dinar favorise les exportations – entendu hors hydrocarbures et freine les importations, en Algérie c’est tout le contraire qui s‘est produit montrant que les mesures monétaires sans vision stratégique n’ont pas  d’impacts. Tout cela renvoie à la nature de l’économie rentière et à la faiblesse d’un tissu productif local, la rente des hydrocarbures donnant une cotation officielle artificielle.  L’Etat dérape (la Banque d’Algérie parle de glissement) le dinar pour voiler l’importance du déficit budgétaire, biaisant les comptes publics. On  voit que lorsque le cours du dollar baisse et le cours de l’euro hausse, la Banque d’Algérie dévalue,   pour des raisons politiques à la fois le dinar par rapport tant au dollar que de l’euro alors que le dinar,  dans une véritable économie de marché, le dinar devrait s’apprécier par rapport à la monnaie internationale qui se déprécie.  Pourquoi cet artifice comptable ? La raison essentielle est qu’en dévaluant le dinar par rapport au dollar, nous aurons une augmentation artificielle de la fiscalité des hydrocarbures, et la fiscalité ordinaire à travers la taxe des produits importés,  sachant  que les besoins des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15% sont importés : c’est le fondement d’une économie rentière. Car les recettes des hydrocarbures sont reconverties en dinars, passant, par exemple, de 75 DA un dollar  à 108 dinars un dollar.  Idem pour les importations libellées en monnaie étrangère, les taxes douanières se calculant sur la partie en dinars, cette dévaluation accélérant l’inflation intérieure. Tout cela voile l’efficacité réelle du budget de l’Etat à travers la dépense publique, et gonfle artificiellement le fonds de régulation des recettes calculé en dinars. L’inflation étant la résultante, cela renforce la défiance vis-à-vis du dinar où le cours officiel se trouve déconnecté par rapport au cours du marché parallèle traduisant le cours du marché.  Cela ne peut que conduire à terme à accélérer le processus inflationniste.  En Algérie malgré cette dévaluation qui ne dit pas son nom, certaines règles juridiques comme celle des 49/51% généralisée vivant de l’illusion de l’aisance financière, non adaptée à la conjoncture actuelle où le passage du Remdoc  au Credoc et actuellement certaines mesures techniques ne font que s’attaquer à des aspects conjoncturels alors que le blocage est d’ordre systémique,  impliquant une nette volonté politique de profondes réformes structurelles.
 2.-Avec la tendance à la diminution   des réserves de change, il sera impossible de continuer à verser des salaires sans contreparties  productives, et consacrer  le montant faramineux de subventions et transferts sociaux, non ciblés qui ne s’adressent pas essentiellement aux plus démunis, représentant 27/28% du PIB quitte à conduire le pays au suicide collectif. Car la valeur de la monnaie, rapport social, traduit avant tout la faiblesse  de la production et de la productivité interne, corrélée en Algérie à 70% aux réserves de change qui eux mêmes proviennent de la rente des hydrocarbures. Le niveau d’inflation ne peut être compris qu’en analysant d’abord la productivité du travail et les liens dialectiques entre le développement, la répartition du revenu et le modèle de consommation par couches sociales. Celui qui perçoit 200 euros par mois n’a pas la même perception de l’inflation que celui qui perçoit 30 000 euros Sixièmement. Selon un rapport de l’OCDE, la productivité du travail en Algérie est une des plus faibles dans le Bassin méditerranéen. Pour se prémunir contre l’inflation, et, donc, la détérioration du dinar, l’Algérien ne place pas seulement ses actifs dans le foncier, l’immobilier ou l’or, mais une partie de l’épargne est placée dans les devises. C’est un choix de sécurité dans un pays, où l’évolution des prix pétroliers est décisive. Si les réserves de change  tendaient vers 10 milliards de dollars, la banque d’Algérie coterait  le dinar à plus de 200 dinars un euro. Ce qui explique que les actions d’intégration du capital argent de la sphère informelle au sein de la  sphère réelle  auront certainement un impact très mitigé.  Par ailleurs, la différence  de la valeur du dinar entre le cours officiel et celui du marché parallèle   et la  distorsion avec les cotations des monnaies de pays voisins expliquent  également les fuites de produits hors des frontières. Les mesures administratives ne peuvent qu’être ponctuelles, sinon il faudrait une armée de contrôleurs.
 3.-. Depuis la promulgation de la loi sur la monnaie et le crédit vers les années 1990,  l’Algérie ne dispose toujours pas d’un  marché des changes fonctionnant selon les règles universellement admises. Aussi, il s’agit  d’éviter  de fausses solutions à des problèmes mal posés. La solution réside en de  nouveaux mécanismes de régulation conditionnant la dynamisation de la production locale dans des segments à valeur ajoutée au sein de filières internationalisées ainsi que des mécanismes de contrôle démocratiques reposant sur une plus grande moralité de ceux qui dirigent la cité. Cela rend urgent l’approfondissement de la réforme globale, notamment réhabiliter l’entreprise et son fondement le savoir, la réforme du système financier de distribution de la rente, inséré aux réseaux internationaux, actuellement de simples guichets administratifs, où les banques publiques contrôlent  plus de 85 % du crédit octroyé, les banques privées malgré leur nombre étant marginales. Des partenariats gagnant/gagnant pour pénétrer les marchés internationaux sont nécessaires  notamment en direction de  l’Afrique, continent d’avenir et à enjeux multiples, où l’Algérie peut avoir des avantages comparatifs. L’Algérie avec l’amenuisement de ses recettes d’hydrocarbures  peut-elle continuer à généraliser ces taux d’intérêt bonifiés au profit de jeunes dont la majorité n’a pas la capacité d’être entrepreneurs et qui ne pourront pas rembourser même le principal ? Un bilan des avantages et des résultats des bénéficiaires des différentes agences d’investissement (exonération TVA, taux d’intérêt bonifiés) devient urgent afin d’éviter de dépenser sans compter pour une paix sociale fictive grâce, toujours, à une rente des hydrocarbures éphémère, laquelle, si elle est bien utilisée, devient une bénédiction, mais mal utilisée, elle est, par contre, une malédiction, source de corruption et de gaspillage. Toutefois évitons la sinistrose. La situation est différente  de la crise   de 1986 avec le  niveau relativement élevé des réserves officielles de change, bien qu’en baisse  et le niveau historiquement bas de la dette extérieure pouvant  surmonter les «chocs» externes, mais transitoirement , sous réserve d’une nouvelle gouvernance centrale  et locale et d’une réorientation urgente de toute la politique socio-économique  actuelle. Le cas contraire,  le fonds de régulation des recettes s’épuisera début 2017 et les réserves de change horizon 2018/2019,   un retour au FMI avec des conditionnalités draconiennes et une dévaluation  importante du dinar entraînant la hausse  des taux d’intérêts des banques  si elles veulent éviter leurs faillites.  L’optimisme béat de certains responsables inconscients de la gravité de la situation socio-économique, qui risque de déstabiliser le pays à terme, n’inaugurent rien de bon  nous faisant penser aux pronostics faux  des anciens dirigeants des années 1986, pensant que des solutions monétaires, schémas importés, peuvent résoudre les problèmes du fonctionnement de la société.   En fait, il faut recadrer le débat, et par un langage de vérité, s’attaquer  à l’essence et non aux apparences.
  NB- Le professeur Abderrahmane MEBTOUL est docteur d'Etat en sciences économiques depuis 1974 et expert comptable de l’Institut supérieur de gestion de Lille ( France )-membre de conseils scientifiques de plusieurs institutions internationales auteur de 20 ouvrages, et de plus de 500 contributions nationales et internationales

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Mercredi 11 Mai 2016 - 19:00
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