REFLEXION

Comment pensent les algériens en cas de difficultés ?

« Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté » Winston Churchill

La situation économique et sociale actuelle du pays génère de l’anxiété dans la vie d’un grand nombre d’algériens. Accélération des changements dans le monde, perte des repères anciens et de la visibilité sur le futur, peur de l’imprévisible sous toutes ses formes, tels sont les ingrédients du doute et de la perte de confiance en soi et en la société. Cet état d’esprit est un terrain d’élection du pessimisme collectif.



Notre vie professionnelle, familiale, amicale et intérieure n’est en fait, que le produit raffiné de la succession des opportunités que nous avons rencontré ou non, osé saisir ou non et su plus ou moins bien utiliser par la suite.   
Une opportunité est une sorte d’ouverture, parfois fortuite mais le plus souvent provoquée et qui  apparait dans le champ de nos possibilités. C’est cette ouverture, cette « occasion porteuse » qu’il faut à la fois identifier, saisir et réaliser au mieux afin de la rendre positive, bénéfique et constructive.
Les opportunités apparaissent sous la forme d’offres et de demandes en tous genres en provenance de notre entourage et de notre environnement. Ces offres et demandes peuvent être  de diverses natures : de contact, de conseil, d’affectation, de soutien, d’information, de service, de solution, de collaboration, …etc. Mais dans tous les cas, ce sont les optimistes qui semblent percevoir ces offres et demandes au fur et à mesure qu’elles se présentent puis d’y répondre efficacement. Pourquoi ?  Parce que l’attitude optimiste les maintient, au quotidien, à l’affût de ces « propositions de la vie », transformant régulièrement en « coup de chance » un événement en apparence fortuit et inattendu.
Dans la fin du chapitre 02 - Réunification Allemande- du livre « Statecraft » Dennis Ross dit : En politique étrangère, la bonne opportunité ne dure pas et peut se perdre facilement, car elle est limitée dans le temps, et si vous ne la faite pas saisir au temps opportun, elle sera perdu pour vous à jamais.
Chômage, chute des prix du pétrole, terrorisme, crise économique et sociale….  « A quoi bon rester optimiste dans un pays qui va si mal » se demande généralement les algériens, et préfèrent ainsi éteindre la radio ou la télévision et même ne plus acheter de journaux pour ne plus entendre, voir et lire ces mauvaises nouvelles.
Ces réactions sont malheureusement signes d’une domination de la pensée négative chez les algériens. Ce pessimisme ambiant les rend capable de transformer un simple revers en désastre.
Ce dont nous avons le plus envie finit par arriver. Ce à quoi nous nous préparons un jour, ne se contente plus d’être une probabilité mais il devient réalité. Se croire brave, c’est déjà être brave. Se sentir plus fort qu’une épreuve ou un concurrent donne une sacrée avance.  
A l’inverse, celui qui s’attend au pire finit par être rattrapé par ses attentes négatives. La prophétie du pessimiste se réalise. Elle est rendue possible par l’attention, qui est une des qualités de la conscience « tout ce à quoi vous portez attention grandit. Tout ce à quoi vous ôtez votre attention pâlit, se désintègre et disparait ».
Les algériens sont-ils des pessimistes ? Peut-on être optimiste ou pessimiste en fonction des contextes ?
L’objectif ici est d’apporter des éléments de réponse à ces questions, en empruntant des arguments aux différents cadres théoriques et constatations.
Mais qui sont les optimistes ?
Selon Carver et Scheier (2001), «  les optimistes sont les personnes qui s’attendent à vivre des expériences positives dans le futur. Les pessimistes sont celles qui s’attendent à vivre des expériences négatives ».
L’optimiste est conçu chez l’être humain comme un état d’esprit qui perçoit le monde de manière positive. Une personne optimiste a tendance à voir «  le bon côté des choses », à penser du bien des gens, à considérer que les événements, même fâcheux, prendront quoi qu’il arrive une tournure positive en fin de compte, dans la mesure où l’on trouve toujours une solution aux problèmes.
Ce verset du Coran  ci-après résume  à lui seul l’importance d’avoir un comportement positif, et à rester fort, et à ne pas s’incliner devant les souffrances de la vie.
Allah dit: « Ne vous laissez pas abattre, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais Croyants ».   [Al-Imran: 139].
L’optimisme est un sentiment positif en tant que moteur de l’initiative. Toutefois, le sur-optimisme est un biais cognitif (forme de pensée qui dévie de la pensée logique ou rationnelle), pouvant conduire à des prévisions hasardeuses, et un excès de confiance conduisant à des comportements dangereux.
L’optimisme est le contraire du pessimisme. Cette opposition est métaphoriquement illustrée par la question de savoir si le verre est à moitié plein (vision optimiste) ou à moitié vide (vision pessimiste).
L’optimisme, facteur de succès et de travail
La pensée positive n’est pas seulement un indice de motivation et de bonne humeur. Mais l’expérience de chaque jour, nous montre que les hommes et les femmes qui espèrent le meilleur obtiennent davantage  que ceux qui ne croient pas en leur bonne étoile.             La citation de Dalaï Lama nous  illustre bien un exemple de l’anticipation de la pensée  positive "Il n'y a personne qui soit né sous une mauvaise étoile, il n'y a que des gens qui ne savent pas lire le ciel."
Les optimistes ont plus envie de travailler que les moroses.             L’espoir les motive pour trouver les moyens de réussir.                                        Chez les étudiants le taux d’échec est plus élevé chez les pessimistes que les optimistes. Une fois diplômés, les optimistes gagnent plus dans un an que les pessimistes.
Dans l’entreprise, l’optimisme représente souvent un critère essentiel d’appréciation, en particulier lorsque l’on recrute un nouveau collaborateur. Dès lors que la mission qui lui est confiée exige persévérance, prise d’initiative, esprit d’innovation et créativité, l’optimisme apparait dans le peloton de tête des critères de choix d’un collaborateur. Il en sera de même si le travail demandé tend à créer des tensions psychologiques, c’est à dire s’il comprend une dose non négligeable d’échecs ou de vexations. Les optimistes confrontés à des situations de ce genre, ils sauront mieux que les autres, trouver le mode d’explication positif qui leur permettra de résister aux frustrations et de trouver les voies permettant de rebondir.   
Dans ce contexte, les pessimistes ont toujours leur chance. Toute entreprise comprenant aussi des postes exigeant de ceux qui les occupent un sens aigu des réalités, voire un haut niveau de prudence et d’évitement du risque. On pense en particulier à des métiers concernant la sécurité des personnes, l’estimation des coûts, la gestion des fonds importants, le contrôle, le respect des procédures et des normes techniques. Dans ce genre de fonction, « un pessimiste modéré » peut représenter une réelle ressource et « un optimiste excessif » un danger évident.
Le pessimisme à l’algérienne
D’après Anne-Marie Filliozat, psychanalyste : « les pessimistes ont des personnalités figées. Mentalement, ils restent «bloqués» sur une pensée sombre, une rumination (un moyen de répondre à la détresse en impliquant une manière  répétitive et passive sur les symptômes de la détresse), et physiquement ils se replient aussi car leur corps retient les émotions négatives. Leur problème, c'est de ne pas permettre à leur organisme de vivre la succession des émotions qui nous rend pleinement vivants. La clé du mieux-être, c'est la fluidité du corps et de l'esprit.»
De ce fait, c’est le pessimiste qui se donne le plus aux attitudes irrationnelles qui consistent à croire que des forces surnaturelles comme la superstition et la sorcellerie qui sont pour lui la cause de                      ces malheurs(en : santé, famille, travail,  finance, amour…..etc.).
Il faut reconnaitre que le phénomène de recourir à certaines pratiques liées à « la magie » et aux guérisseurs traditionnels n’est pas nouveau en Algérie, mais on constate  actuellement l’amplification de ce phénomène. En témoigne les rubriques des journaux et les émissions audio-visuelles consacrés régulièrement à ces dossiers.
La recrudescence de ce phénomène est signe d’une passivité intellectuelle de la société.
La question qui se pose, qui sont les commanditaires et les bénéficiaires de la propagation de « ces pratiques bizarres de ces nouveaux charlatans » ?
D’après ce que m’a raconté un Moudjahid qui était au maquis au niveau des frontières ouest algériennes au sujet de Charles de Gaulle. Ce dernier dès son arrivée au pouvoir en 1958 et avant d’entamer le traitement du dossier de la révolution du 1er novembre 1954, il a envoyé ses conseillers sillonner l’Algérie et plus particulièrement « les marchés des arabes » pour constater et recenser les charlatans, les sorciers et tous autres pratiquants des sciences « occultes ».
Après leur retour à Paris, et la remise de leur rapport à  Charles de Gaulle,  
Il pu conclure que le phénomène des pratiques bizarres des charlatans a considérablement diminué et inexistant dans certaines régions d’Algérie, chose qui a fait comprendre à De Gaulle que le colonialisme n’a plus de place en Algérie (faits à vérifier).
Et c’est précisément ce qu’il faut mettre à l’actif de l'Association des oulémas musulmans algériens, qui a créé à travers tout le pays des écoles qu’on appela medersas, qui avaient pour objectifs la sauvegarde de la langue arabe ainsi que l’identité algérienne. Et, par là même, nettoyer la société de toute sorte de charlatanisme, opération poursuivie par les militants du Front de libération Nationale (FLN) pendant la guerre de révolution du 1er novembre 1954.
Dans le même contexte,  à la fin de l’article: Le SOUK DE LA BARAKA (Révolution Africaine du 21 mai 1967) Malek BENNABI écrit : « Il y’a vingt années seulement, les « Khouan » qui allaient tous les ans à la Zerda du marabout un tel, payaient demi-tarif dans les trains. Et parmi eux, il y avait même des colons « touchés » bien entendu par la grâce.                           
 Mais au moins, on savait alors qui était le metteur en scène ».
Nous algériens, nous avons peur du changement, nous vivons malheureusement dans le passé, un état que  dénonce la sagesse chinoise. Le maitre Kouo-Siang le dit clairement :
« Le passé est mort tandis que le présent est vivant. Si l’on essaie de diriger ce qui vit par ce qui est mort, on échouera certainement».
Nous sommes angoissés, et cet état entrave notre capacité à s’adapter aux gigantesques mutations de ce 21eme siècle.
D’après Jean-Claude Guillebaud le monde connait cinq mutations :
Mutation géopolitique, la seconde mutation est la mondialisation, la troisième mutation est numérique, ensuite la révolution biologique, et à la fin la mutation écologique.
D’après lui l’accumulation de ces cinq mutations  aboutit aujourd’hui non pas à une crise mais à un changement radical et surtout définitif qui explique que nous vivons un immense basculement de nos sociétés.   
 A chaque société ses élites, la société algérienne a produit des élites qui leur revient le devoir de la servir et à l’aider pour passer à               « L’ère du Smart », caractérisé par l’apparition des espaces avec plus de connectivité où de plus en plus d’objets ont substitués nos gestes. C’est un environnement  beaucoup plus personnalisé où un bon nombre d’activités sont affectés :
-Le commerce de détail, qui change avec l’arrivée de l’Internet
-Les guerres changent à cause de l’emploi des drones
-L’enseignement universitaire commence à être modifié par l’utilisation des cours en ligne
-Télévision interactive, qui permet de gérer son horaire    (visionner ce qu’il veut, quand il le veut)
-Le Smartphone permet de contrôler la maison (sécurité, confort, chauffage, électroménagers…etc.
L’enjeu est considérable pour la société et l’économie. Il reste à nos élites de nous orienter pour tirer parti de cette révolution numérique pour être acteurs plutôt que la subir.
 Par ailleurs, dans le monde où le flux de l’information est tellement dense est formaté. Il est très complexe de faire une opinion, forger une conviction ou suivre une voie.
A cet effet, il est du devoir de nos établissements d’information d’entreprendre la nouvelle voie de journalisme dit « constructif » ou  «  de solution » qui permet de dresser un portrait plus juste et plus exhaustif du monde ; offrant une source d’inspiration et vision aux lecteurs, auditeurs et téléspectateurs.
Ce type de journalisme valorise le pouvoir de la volonté et de l’action. Il permet aux lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs de s’impliquer pour contribuer à la solution.
Abreuver les masses de nouvelles dramatiques pour les fasciner et augmenter  le lectorat ou l’audience ne serait qu’une manipulation des médias, on utilisant bien entendu, l’instinct humain naturel, qui est de se souvenir des mauvaises expériences pour s’échapper à toutes sortes de périls et assurer la survie de son espèce.

 

OUANDJLI Mustapha
Vendredi 24 Juin 2016 - 16:11
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ACTUALITÉ
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