REFLEXION

CULTURE DE LA TOMATE A MOSTAGANEM : Les milliards de la misère

De vastes champs de tomates s’étendent à perte de vue, le long du littoral mostaganemois, d’El Bahara à EL Macta. Des chaumières, en seybousse, en plastique et en tôles ondulées se dressent à la lisière de ces parcelles agricoles où des jeunes ouvriers vivent et veillent jour et nuit, à produire de jolies tomates, pleines de chair pulpeuse qui se vendent à pas moins de 50 dinars, été comme hiver, et rapportent des milliards à d’autres, sans parvenir à effacer le moindre bout de misère à ceux qui la cultivent sous de dures conditions d’existence…!



CULTURE DE LA TOMATE A MOSTAGANEM : Les milliards de la misère
De Zemmouri à El Macta,le long du littoral des wilayas de Boumerdès,Alger ,Tipaza,Chlef et tout dernièrement Mostaganem,la culture de la tomate a pris naissance et s’est développée en l’espace d’une décennie pour braser des tonnes de tomate et des milliards de centimes…Cette importante production et ce conséquent profit n’ont pu être obtenus que grâce à la mobilisation d’énormes moyens de production,mais également l’exploitation d’une main d’œuvre à bas prix et presque sous la forme d’un nouveau esclavage qui tient à taire son existence,par de multiples moyens dérisoires. « REFLEXION » s’est approché de cette jeune force  ouvrière qui demeure l’élément clé de cette surproduction de tomate qui inonde déjà les marchés de gros du pays, le long de l’année.        

600 dinars le jour à travers les champs de tomates
Ces jeunes ouvriers  agricoles occupent les champs de tomates, jour et nuit, pour la somme de 600 dinars, livrés à eux-mêmes, vivotant en ce rude hiver sous des huttes de roseaux et de plastiques, que les orages, les vents et la pluie détruisent de temps en temps et qu’ils construisent de nouveau, faute de mieux. La pluie, en ce vendredi, n’a cessé de tomber et ruisseler à travers la bâche en plastique de la cabane de fortune, où nous nous sommes entassés à huit pour nous abriter de ses gouttes. Le feu de braises, ne parvient plus à nous réchauffer en face de ce froid glacial, malgré l’heure qui indiquait déjà 11 heures. Aissa, un des plus jeunes ouvriers, grelotte et articule mal les mots, il explique que le climat de la cote lui fait mal, il tousse depuis une semaine, il ne dort presque plus à cause des quintes de toux. Le superviseur du champ ne peut plus le libérer, le deuxième groupe ne sera là qu’à la fin du mois de Décembre. Mamou, un autre jeune, qui s’exprime mal en arabe, mélange le berbère avec l’arabe, il tient à dire que la culture de la tomate devient de plus en plus  pénible avec l’introduction des nouvelles techniques,le traitement nécessite trop d’heures supplémentaires et une présence permanente sur le champs,il soulève également le danger auquel,ils restent exposés suite à la manipulation du produit à mains nues .Idir,qui parait être le plus âgé,enchaîne dans un parfait arabe,que c’est l’unique métier qu’ils savent pratiquer depuis plus d’une dizaine d’années,et qu’ils exercent depuis leur jeune age ,de région en région .

Le douar de Beni Haoua n’offre pas une autre activité, que celle de la terre
Le douar à Beni Haoua n’offre pas d’autres alternatives que la culture de la terre. Beaucoup de familles émigrent pendant des mois vers les champs de tomate de wilaya en wilaya, habitent de chaumière en chaumière et ne reviennent qu’après plus de 09 mois vers le douar, avec quelques centaines de dinars, payer les dettes contractées ça et là, reposer un ou deux mois pour repartir vers d’autres terres du pays, reprendre le métier en espérant gagner davantage. A la vue du superviseur, qui revient au bord d’une 504 Peugeot, le groupe se disperse à travers les parcelles du champ, seul Idir reste en ma compagnie et m’invite à ne plus poser de questions sur les conditions de travail. Le chef nous salue et crie au groupe de gagner la cabane, c’est l’heure du repas. Il se retourne vers moi et me demande mon identité, je lui réplique que je suis un journaliste qui cherche à savoir davantage sur la culture de la tomate. Sa réponse a été des plus brèves, l’information se donnait ailleurs chez l’ingénieur, qui ne vient que rarement ici, il faut aller le voir en ville où il vit en hôtel. Sa réplique m’invitait plutôt à quitter les lieux et m’informait indirectement que j’étais indésirable, et je paraissais être un intrus.

Le superviseur gère tout et ne veut point d’intrus au sein du champ
 Je n’ai pas tardé à partir pour revenir tard le soir, reprendre la collecte d’autres informations sur cette culture si intrigante. Idir m’invita à nous rendre au café du village où il m’apprit que le superviseur était très mécontent de ma présence, il ne cessa de ne nous reprocher de faire attention aux étrangers et ne point parler aux gens de la localité.Il me déclara que c’est lui qui s’occupe de tout,il les approvisionne en aliments,il se charge de la vente de la production et les paye toutes les semaines selon le quota des caisses ramassées,il assure également le convoyage des groupes   entre les lieux de résidences et les exploitations agricoles de la tomate,il reçoit aussi les « gens d’Alger » qui viennent en véhicules neufs,garent si loin des parcelles,il discutent avec eux et leur remet souvent des sachets noirs plein de billets de banque. Il m’apprend que le superviseur ne vit pas avec eux, sous les baraques, il quitte tard le soir, les lieux et revient de bonne heure aux champs pour les faire réveiller en criant de toutes ses forces. Quant à l’ingénieur, il ne vient que rarement ici, il n’est là que pour la surveillance de l’application du traitement, il recommande  au superviseur, les règles que nous devons respecter et les doses de mélange que nous devons point dépasser. Il ne quittait point les parcelles, le jour où nous devons à l’aide de seringues vacciner les jeunes pieds de tomate, pour les aider à se développer rapidement, c’est l’opération majeure de la culture. Tard le soir, il quitte la parcelle agricole au bord d’un véhicule avec chauffeur vers son hôtel en ville.

Un seul hectare peut produire de 100 à 120 quintaux de tomate
Idir me confirme qu’un seul hectare produit de 100 à 120 quintaux de tomate à chaque récolte, et avec du bon entretien et un traitement permanent, le champ peut fournir plus de 6 récoltes de Mai à Décembre. Selon Idir, qui semble bien informé sur la culture et surtout le commerce de ce légume qui a bien fini par ne plus déserter nos cuisines, hiver comme été, qui ont pris de l’ampleur depuis l’année 2000, la culture comme la meilleure activité agricole des plus spéculatives et le commerce comme un filon des plus juteux. A titre indicatif, le quintal rapporte plus de 5000 dinars de bénéfice net selon les calculs d’Idir, qui se désole d’être l’un des acteurs  de ce fabuleux trésor qui ne profite qu’aux uns, sans pouvoir les aider  à sortir de la misère qui les poursuit de terre en terre et d’année en année…. !

Hélas, le partage du profit demeure inéquitable
Certes, la relance de l’agriculture parviendra a nous délivrer de l’ornière de la dépendance alimentaire,mais que son essor se  fasse également en toute justice sociale avec un partage équitable des  tâches,mais surtout du profit ….L’esclavage a été aboli à  jamais,il ne doit en aucune circonstance réapparaître ,il ne peut guère exister au mépris des règles qui régissent le monde du travail ,le combat des instances censées protéger les ouvriers ,doit s’orienter vers ces chaumières qui ont poussé au sein des champs de tomate ,qui longent le littoral, où une de ses formes, s’apparente à prendre forme sous un  nouveau visage ….. !                              

Mohammed el Amine
Vendredi 24 Décembre 2010 - 11:09
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MOSTAGANEM
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