REFLEXION

CONTRIBUTION : Rationalisation des choix budgétaires et Loi de Finances complémentaire 2015

La loi de finances complémentaire LFC 2015 a été proposé prochainement en Conseil des Ministres sous forme de projet d’ordonnance. Face à la baisse des recettes d’hydrocarbures, cette LFC 2015 pourra-t-elle être une réponse pour éviter les impacts de la chute des cours du pétrole en 1986 sur la société algérienne : crise financière, crise économique, crise sociale et crise politique, cessation de paiement fin 1993 et rééchelonnement en 1994.



1.- Evolution des exportations et importations 2008 à juin 2015
Selon les données officielles, les exportations globales   en 2008 de 79,298 dont 1,97 (hors hydrocarbures - HH) ;  en 2009  de 45,194 dont 1,066 –(HH)- au moment de la crise de 2009 ;  en 2010  57,053 , dont 1,526,(HH) ;   en 2011 de 73,489 dont 2,06 (HH) ;  en 2012 71,866 dont 2,06 (HH) ;  en 2013 de  64,974 milliards de dollars dont 2,16 (HH) et en 2014 62,956 dont 2,81 (HH) donc restant à SOANTRACH 59,75 milliards de dollars. Les exportations ont assuré selon les statistiques douanières –CNIS- la couverture des importations à hauteur de 71% durant le 1er semestre 2015 contre 111% à la même période de l’année précédente. Les exportations des hydrocarbures, qui ont représenté près de 94% des ventes extérieures du pays, ont été évaluées à près de 18,09 mds usd contre 32,14 mds usd durant la même période de 2014 (-43,71%). Or le cours  moyen 2014 ( le prix du gaz étant indexé sur celui du pétrole) a été de 90 dollars en moyenne. Au cours de 60 dollars, et sous l’hypothèse d’un même volume d’exportation, la recette de SONATRACH serait  de 39,83 milliards de dollars contre une prévision initiale  de  66 milliards de dollars.  Au cours de 55 dollars,  les recettes  de SONATRACH  s’élèveraient à 36,56 milliards   de dollars. Je précise  qu’il faille déduire 25% de charges (salaires et amortissement) ce qui donnerait dans l’hypothèse de 60 dollars environ 29,87 milliards  de dollars restant à SONATRACH et dans l’hypothèse d e55 dollars  27,42 milliards  de dollars. Les exportations hors hydrocarbures sont  marginales  ayant représentées en 2014 selon le CNIS  4,46% du volume global des exportations soit l’équivalent de 2,81 milliards de dollars et de janvier à juin 2015, elles ont été de 1,19 mds usd (6,18% du volume global des exportations). Comment dès lors combler le déficit de la fiscalité hydrocarbures sans pénaliser les  activités productives, quel sera arbitrage ? Pour les importations  de biens, à   prix courants, selon les statiques officielles douanières, elles ont évoluées ainsi : 38,479 en 2008 ;   39, 294 en 2009 au moment de la loi de finances complémentaire instaurant  le crédit documentaire le CREDOC  et la règle des 49/51% ;  40,472 en 2010 ;  46, 453 en 2011 ;  47,490 en 2012 ;  55,028 en 2013 et  58,330 en 2014. Durant les six premiers mois de l’année 2015, les  importations,  sont estimées  à 27,07 mds usd contre 30,07 mds usd durant la même période de 2014. Selon la banque d‘Algérie les services    ont représentés en 2013 10,77 milliards de dollars  donnant un  total  des  importations de biens et services de 65,76 milliards de dollars  en 2013    et 11,70 milliards de dollars avec un total d’importation  de biens et services de 71,14 milliards de dollars pour 2014, étant les   sorties de devises   sans les transferts légaux de capitaux. En nous en tenant  uniquement à la balance commerciale, selon le CNIS, de janvier à fin, juin 2015, la balance commerciale de l’Algérie a enregistré un déficit de 7,78 milliards de dollars (mds usd)  contre un excédent de près de 3,2 mds usd à la même période de 2014. Mais pour 2015, la majorité des secteurs n’ont eu leur budget que vers  début mai 2015 et l’on devrait s’attendre à un déficit commercial plus important entre juillet et décembre 2015 C’est que  l’appareil productif algérien  est en déclin,  le secteur industriel représentant  moins de 5% du produit intérieur brut, et sur ces 5%, environ  95% sont des PMI/PME peu innovatrices  et que selon l’ONS 83% de l’activité économique  est constituée de petits commerce-services à très faible valeur ajoutée. Comment  le Ministère de l’énergie fera pour avoir programmé 100 milliards de dollars d’investissements entre 2015/2020 ? Comment continuer à fonctionner sur la  base de 110/120 dollars le baril  - budget de fonctionnement et d’équipement  et continuer à verser  des salaires et traitements sans contreparties productives  sans  accroitre les tensions budgétaires?  C’est que 90% des importations sont incompressibles si l’on  veut éviter d’arrêter brutalement machine économique, devant donc lutter conte les surfacturations.

 2.- Incidences sur le fonds  de régulation des recettes et le niveau des réserves de change  
Le fonds de régulation des recettes   a  fortement baissé chutant à 3.916,5 milliards de dinars à fin mars 2015 soit 40 milliards de dollars  au cours de 98 dinars un dollar contre 4 488,1 milliards à fin décembre 2014 et 5 088,6 milliards à fin mars 2014   et ce pour couvrir le déficit budgétaire estimé  au premier trimestre 2015  à 476,8 milliards de dinars  contre  432,3 milliards de dinars  au premier  trimestre de l’année 2014. Au cours de 98 dinars un dollar, le fonds de régulation des recettes   pourrait s’établir au 31/12/2015 à  30,61 milliards de dollars alors que le déficit budgétaire  de la loi initiale dépassait 44 milliards de dollars. Sans rationalisation des choix budgétaires,  il fondra fin 2016. Quant aux   réserves de change via la rente des hydrocarbures,  qui tiennent la valeur officielle du dinar, si ces réserves tendaient  vers zéro, cela  contraindrait le  gouvernement à une très forte dévaluation  du dinar et sur le marché parallèle l’euro s’échangerait à 300/400 dinars. Ces réserves étaient évaluées à  193,3 milliards de dollars à fin juin 2014,  à 185,273 milliards de dollars à fin septembre 2014 et   de 178,9 milliards de dollars à la fin décembre 2014, soit 15,6 milliards de dollars de moins que les 193,3 milliards de dollars enregistrés fin juin 2014 et à environ 160 milliards de dollars fin mars 2015. Cela s’explique certes par le rachat de Djezzy mais surtout par la cadence des importations de biens et services, la chute du cours du pétrole  et également de la dévalorisation monétaire d’une partie  des placements effectués en euros du fait de sa dépréciation par rapport au dollar. Le dernier rapport de la banque d’Algérie  pose un véritable problème  dans l’interprétation des  données. Rappelons, qu’une grande fraction des réserves sont placées   à l’étranger (environ 83%)  tant en bons de trésor américains, en obligations européennes et dans des banques privées internationales  cotées dites AAA, ayant  permis,   fonction de  la durée du placement et les variations des taux des banques centrales,  des intérêts entre 3 et 4,5 milliards de dollars annuelle . Mais comment expliquer la baisse du solde  de la  balance de paiement  entre janvier et fin mars 2015   de 8 milliards de dollars et le rapport de la banque d’Algérie donne une  baisse des réserves de 18 milliards  de dollars, soit une différence de 8 milliards de dollars. Les placements des réserves  en obligations européennes  avec la  dépréciation de l’euro par rapport au dollar sont  –elles la seule explication, la fraction en bons de trésor américain ayant subi parallèlement une appréciation, la banque d’Algérie devant nous donner les parts par pays (en   dollars-euros-livre sterling, yen)  placées à l’étranger pour avoir une appréciation objective.  Au vu du montant des importations même compressé   au rythme modéré de 20 à 25 milliards de dollars à compter du 2 avril 2015 , au cours moyen de 60 dollars les réserves de change devraient clôturer au 31/12/2015  entre 140/145 milliards de dollars et beaucoup moins aux cours   de 55 dollars, nous aurons un montant  entre 135/140 milliards de dollars au vu des prévisions des importations, pouvant s’ épuiser entre 2019/2020, sauf endettement extérieur. Précisons que  ces  réserves, non compris les  173 tonnes d’or d’une valeur monétaire d’environ 7 milliards de dollars au cours actuel,   incluent  le  quote-part au Fonds monétaire international de  1,96 md de DTS (près de 3 milliards  de dollars), s’ajoutant  à la décision de l’Algérie en octobre 2012 de participer à l’emprunt lancé par le FMI avec un montant de 5 milliards de dollars.                          

3.-Incidences macro-économiques : taux  de croissance et  taux d’inflation
Le  taux de croissance  se calcule par rapport à la période précédente. Ainsi un taux de croissance élevé en 2015 par rapport à un taux de croissance  faible en 2014, donne cumulé un taux de croissance relativement faible. En Algérie, les segments hors hydrocarbures dont le BTPH, les subventions aux entreprises  sont irrigués à plus de 80% par la rente des hydrocarbures,  les entreprises véritablement autonomes vivant en partie sur l’autofinancement   représentent moins de 20% de la valeur ajoutée globale. C’est dans ce care qu’il faille situer les indicateurs officiels   pour qui  la  croissance économique prévue est de  à 3,8% contre 3,4% initialement,  avec une part hors hydrocarbures  de  5,1%,  contre 4,3% dans la loi de finances initiale. Une croissance  de 8/9% sur 7/8 ans reposant sur les segments productifs est nécessaire sinon ,  il ne peut y avoir  de  création  d‘emplois à valeur ajoutée qui permet  de maintenir  la paix  et la cohésion sociale, une Nation ne pouvant distribuer plus  que ce qu’elle crée de richesses.  Selon les données officielles de l’ONS, la population active fin 2014, au sens du BIT, est de 12 millions pour une population d’environ 39,5 millions.  Pour les données disponibles de 2013, selon l’ONS,  sein de la structure de l’emploi le BTPH représente 16,5%, l’industrie 12,6%, l’agriculture 9,5% et le commerce servies (micros unités) 61,4% avec une dominance du secteur privé 58,9% de l’emploi total. Le nombre de salariés est évalué à 7.393.000 dont 3.508.000 non permanents et 3.785.000 permanents. Le salariat est la forme dominante et touche 65,3% des personnes en activité, minimisant certainement le poids de la sphère informelle qui représente 50% de la superficie économique. La tertiairisation de l’économie  et l’administration est  dominante (emplois rente) et la  productivité du travail   est une des plus faible au niveau du bassin méditerranéen, l'Algérie selon un rapport de l’OCDE dépensant deux fois plus pour avoir deux fois moins d’impacts au niveau de la région MENA. Les raisons de la faiblesse d’entreprises compétitives publiques ou privées sont  imputables à la bureaucratie paralysante, le foncier,  le système financier et un système socio -éducatif non adapté. Aussi, l’application  de l’abrogation de l’article 87 bis doit se faire d’une manière graduelle si l’on veut éviter l’accélération du  processus inflationniste. Concernant le taux d’inflation, l’officiel a été le suivant : en 2008 : 4,5% ;en 2009 : 5,7% ;en 2010 : 5% ;,en 2011 : 8,9% en  2012, 3,25% en 2013, 3,5 % en 2014. II faut d’abord au préalable indiquer que le taux d’inflation se calcule par rapport à la période précédente  et qu’un taux  faible en 2045 par rapport à un taux élevé en 2014 donne un taux cumulé élevé devant analyser la répartition du revenu national   et  du modèle de consommation  par  couche sociales, le ménage ayant un revenu collectif de 50.00 dinars par mois n’ayant pas la même perception de l’inflation que celui qui perçoit 200.000 dinars  et plus.  Reconnaissons que pour l’instant l’inflation est comprimée transitoirement par des subventions et transferts sociaux (60 milliards de dollars soit 27/28% du PIB)  toujours grâce aux hydrocarbures pour calmer le front social, sinon il dépasserait les 10% qui se répercuterait forcément sur le taux d’intérêt bancaire, comme en 1995/1996 où il était supérieur à 15%.  Précisons que le dérapage du dinar officiel par la banque d’Algérie  voile l’importance du déficit budgétaire, donc l’efficacité de la dépense publique et gonfle le fonds de régulation des recettes. Le taux de change pour un euro en 2001 était de 69,20 dinars et   77,26 dinars un dollar ;  en 2005  un euro se cotait 91,32 dinars  et 73,36 un  dollar ; en 2010 nous avons 103 dinars  pour un euro et 74 dinars pour le dollar ;  en 2012, 102 dinars pour l’euro  et 77 dinars pour le dollar ; en 2013, 105 dinars pour  un euro  et 79 dinars pour un  dollar  et depuis le 20 juillet 2015, le dollar  se cote officiellement  à plus   de 100 dinars.
 
  4.- Quelles perspectives ?
L’Algérie doit utiliser à bon escient ses réserves de change    et a  des potentialités afin de surmonter cette conjoncture difficile du  fait du faible niveau d’endettement. Concernant l’endettement, grâce au remboursement par anticipation, la dette extérieure  est passée  de 22,70 en 2001 à 5,92 en 2008, 5,68 en 2009, à 5,68 en 2010, à 4,40 en 2011, 3,63 en 2012 et à 3,396 en 2013 et  3,666 milliards de dollars à fin  2014. Mais l’Algérie  devra  procéder forcément  à des ajustements économiques et sociaux douloureux, si le pays veut  éviter de revenir aux années 1990 et donc avec l’épuisement des réserves de change au FMI. .-Gouverner c’est  prévoir. Une mise à niveau  de certains responsables  s’impose afin d’éviter que leurs actions aient  des effets dévastateurs pour l’avenir  du pays, bloquant le développement réel, laissant seules les  forces de sécurité et l'ANP confrontées à la population. Privilégiant les intérêts supérieurs du pays et non des intérêts personnels  ou  partisan, évitons  de vendre  des rêves en disant la vérité, rien que  la  vérité, sans sinistrose, ni autosatisfaction source de névrose collective et ce  en prenant des décisions courageuses. Une plus grande rigueur budgétaire s’impose. Mais l’austérité doit être partagée, renvoyant à la morale  de ceux qui dirigent la Cité. L’exploitation de la crise peut apporter gros si elle est perçue comme un demi-mal et si elle permet d’approfondir les réformes structurelles, la réhabilitation du travail et de l‘intelligence. Les batailles futures certes difficiles mais pas impossibles  ayant d’importantes potentialités,  pour le développement en Algérie face aux bouleversements géostratégiques mondiaux entre 2015/2025 qui s’annoncent irréversibles tant dans le domaine politique, militaire, économique qu’énergétique, seront conditionnées par la bonne gouvernance et la valorisation du savoir.   




 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Mercredi 22 Juillet 2015 - 21:01
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