REFLEXION

CONTRIBUTION: La commercialisation du gaz de schiste prévue horizon 2020 en Algérie sera-t-elle rentable ?

Au vu des mutations énergétiques mondiales

Devant éviter tout débat passionné, ni être pour ou contre pour des raisons tant idéologiques que d’intérêts, pour l’option du gaz de schiste, l’on doit privilégier uniquement les intérêts supérieurs de l’Algérie, avoir une analyse objective, car l’énergie est au cœur de la sécurité de toute Nation. L’option du gaz de schiste n’est qu’une énergie parmi tant d’autres pour assurer la sécurité énergétique 2020, dont la commercialisation selon le Ministre de l’Energie ne se fera pas avant 2020 si les conditions de rentabilité et de protection de l’environnement sont remplies.



J’aurai l’occasion lors d’un large débat organisé par  Radio France Internationale (RFI) le 25 octobre 2014 à Paris  l’occasion d’aborder ce sujet  dans le cadre des nouvelles mutations énergétiques mondiales avec le  Docteur Antoine HALFF   responsable du suivi du marché pétrolier au sein de l'Agence internationale de l'énergie (AIE),  ancien économiste en chef au département américain de l’Energie, professeur  à Columbia University.
 
 2.-Les données techniques du gaz de schiste
 
Le gaz non conventionnel est contenu dans des roches sédimentaires argileuses très compactes et très imperméables, qui renferment au moins 5 à 10% de matière organique. Généralement la profondeur d’exploitation des shale gas est de l’ordre, en moyenne générale, selon les gisements, de 500, souvent 1.000 à 3.000 mètres de profondeur, soit de un à plusieurs kilomètres au-dessous des aquifères d’eau potable, la profondeur étant moindre aux USA. La fracturation de la roche suppose par ailleurs d’injecter un million de mètres cubes d’eau douce pour produire un milliard de mètres cubes gazeux à haute pression et du sable. Une partie de l’eau qui a été injectée pour réaliser la fracturation hydraulique peut être récupérée (20 à 50%) lors de la mise en production du puits après traitement ce qui suppose des installations appropriées. Le sable injecté combiné d’additifs chimiques a pour but de maintenir les fractures ouvertes une fois la fracturation hydraulique effectuée, afin de former un drain pérenne par lequel le gaz va pouvoir être produit. De nombreux gisements sont enfouis sous des nappes phréatiques et avec la remontée du gaz, le liquide de fracturation peut parfois atteindre ces nappes, et se mêler à l’eau, qui devient alors impropre à la consommation. Selon un rapport rédigé par la commission de l’énergie et du commerce de la Chambre des représentants américaine, l’exploitation du gaz de schiste a entraîné l’utilisation de « plus de 2.500 produits pour la fracturation hydraulique, contenant 750 substances chimiques dont 29 sont connues pour être cancérigènes ou suspectées telles ou présentant des risques pour la santé et l’environnement. Pour le gaz de schiste, selon    le rapport de l’AIE de 2013, le Monde  aurait  environ 207 billions de mètres cubes  réparties comme suit :   la Chine 32, l’Argentine 23, l’Algérie 20, les USA 19, le Canada 16, le Mexique 15 ; l’Australie 12, l’Afrique du Sud 11, la Russie 8  et le Brésil 7  billions de mètres cubes. Les gisements  de  gaz  de schiste en Algérie  sont situés essentiellement dans les bassins de Mouydir, Ahnet, Berkine-Ghadames, Timimoun, Reggane et Tindouf. Ici s’impose plusieurs précisions en rappelant que la  fracturation est obtenue par l'injection d'eau à haute pression (environ 300 bars à  2 500/3000  mètres)  contenant des additifs afin  de rendre plus efficace la fracturation  dont du sable de granulométrie  adaptée, des biocides, des lubrifiants  et des détergents afin d’augmenter la désorption du gaz.  
 
 2.-Les raisons de l’option du gaz de schiste
 
Le  conseil des Ministres de mai 2014,  en vertu de l’application de la loi des hydrocarbures  votée en janvier 2013 a autorisé l’exploitation du gaz de schiste   mais à une seule condition : aucun avis d’appel d’offre  ne peut être retenu s’il s’avère qu’il détruit l’environnement notamment par  la pollution  des nappes phréatiques et s’il est fort consommateur d’eau. Par ailleurs on peut découvrir des milliers de gisements mais non rentables financièrement les réserves se calculant selon le couple cout-prix international. Le Ministre de l’Energie annonce officiellement  lors de la conférence sur le gaz le 12 octobre 2014 que la consommation intérieure allait doubler horizon 2030 et tripler horizon 2040 dépassant largement les exportations actuelles, du fait des subventions , l’Algérie étant un des pays qui subventionne le plus les carburants dans le monde (voir dernier rapport du FMI) , le prix de l’électricité étant plafonné depuis 2005, subventions et transferts sociaux  étant évalués à 60 milliards de dollars soit environ 27/28% du produit intérieur brut (PIB).L’option de doubler la production d’électricité à partir des turbines de gaz en est une des explications. Dès lors il y a une tendance à l’épuisement des réserves de gaz et de pétrole traditionnel horizon 2030 au moment  où la  population approchera  les 50 millions d’habitants, expliquant cette option pour la sécurité énergétique  qui ne doit être  qu'une variante parmi tant d'autres tenant compte  de l'évolution des mutations énergétiques mondiales. Pour le gaz de schiste, selon    le rapport de l’AIE de 2013, le Monde  aurait  environ 207 billions de mètres cubes  réparties comme suit :   la Chine 32, l’Argentine 23, l’Algérie 20, les USA 19, le Canada 16, le Mexique 15 ; l’Australie 12, l’Afrique du Sud 11, la Russie 8  et le Brésil 7  billions de mètres cubes. Les gisements  de  gaz  de schiste en Algérie  sont situés essentiellement dans les bassins de Mouydir, Ahnet, Berkine-Ghadames, Timimoun, Reggane et Tindouf. Ici s’impose plusieurs précisions en rappelant que la  fracturation est obtenue par l'injection d'eau à haute pression (environ 300 bars à  2 500/3000  mètres)  contenant des additifs afin  de rendre plus efficace la fracturation  dont du sable de granulométrie  adaptée, des biocides, des lubrifiants  et des détergents afin d’augmenter la désorption du gaz.  
 
3.-La problématique  de la rentabilité du gaz de schiste 
 
Il   faut savoir d’abord que le gaz de schiste    est concurrencé par d’autres énergies substituables  et que les normes internationales donnent  un   coefficient de récupération  en moyenne de 15/20% et exceptionnellement 30%, ce qui donnerait entre 3000 et 4000 milliards de mètres cubes gazeux commerciales pour l’Algérie.   Par ailleurs,  pour les centaines  de puits perforés  la durée de vie ne dépasse pas cinq années, devant  se déplacer vers d’autres sites assistant donc à un perforage  sur un espace déterminé comme  un morceau de gruyère.  Variant selon la nature géologique, en moyenne 1000 puits   donnent environ 50 milliards de mètres cubes gazeux par an. Au vu de la structure des prix actuels au niveau international, concurrencé pour l’Algérie, la rentabilité pour le conventionnel   est   un prix de cession de 12 dollars pour les canalisations et  15/17  le MBTU pour les GNLs.  Le coût du forage d’un puits  pour l’instant en Algérie  selon les experts est estimé  à  15 millions de dollars.  La rentabilité implique pour le prix de cession du gaz de schiste  une pondération  de 20 à 25% par rapport au traditionnel.  En effet,   1000 puits est une hypothèse puisque même pour le gaz traditionnel, le maximum de forage n’a jamais dépassé 200 puits. Même dans cette hypothèse maximale  de  200 puits cela donne 10 milliards de mètres cubes gazeux non conventionnel,  Pour  s’aligner sur  le prix de cession européen  actuel, le coût du forage d’un puits de gaz de schiste  devrait être inférieur à  10 millions de dollars. L’exploitation de ce gaz  implique de prendre en compte que cela nécessite  une  forte  consommation d’eau douce, un (1) million de mètres cubes pour un milliard de mètres cubes gazeux, et en cas d’eau saumâtre, il faut des unités de dessalement extrêmement coûteux, ainsi que les techniques de recyclage de l’eau. Il s’agira d’éviter  des   effets nocifs  sur l’environnement, (émission de gaz à effet de serre), la fracturation des roches  pouvant conduire à un  déséquilibre spatial et de l’équilibre écologique avec des possibilités d’effondrement, et en  cas de non maîtrise technologique,  par l’injection entre 200  et 300 produits chimiques  pour fracturer la roche combiné avec le sable , peut  infecter  les nappes phréatiques au Sud,  l’eau devenant impropre à la consommation avec des risques de maladies, d’autant plus que cette ressource abondante en eau ne peut dynamiser l’agriculture saharienne. Par ailleurs, excepté pour les grands gisements,  pour les gisements marginaux  la règle des 49/51% est à revoir mais en introduisant la minorité de blocage, devant privilégier une balance devises excédentaire profitable à l’Algérie et  le transfert managérial et technologique.
 
3.-La stratégie énergétique algérienne : le Mix énergétique
 
Il  s‘agit ni d’être  contre, ni d’être pour, l’objectif  stratégique  est de l’insérer dans le cadre de la transition énergétique reposant sur un  Mix énergétique, étant selon les propos du gouvernement  en phase d’exploration et que la commercialisation n’aura pas lieu avant 2020/2025. D’ici là, de nouvelles technologies, faisant confiance au génie humain, seront certainement mis en place préservant l’environnement  et réduisant les coûts, comme cela s’est passé lors du passage de l’exploitation du charbon à l’exploitation des hydrocarbures. L’on devra pour l’Algérie forcément aller vers un MIX énergétique inséré dans le cadre de la transition énergétique elle même insérée dans le cadre de la transition économique d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures fonction des  avantages comparatifs mondiaux. Cela    concernera les énergies renouvelables, le Ministère de l’énergie prévoyant qu’elles couvriraient 30% de la consommation globale,  l’option de mini centrales nucléaires entre 2020/2025, sans oublier  les techniques de récupération au niveau des gisements traditionnels et surtout l’efficacité énergétique qui est le plus gros gisement d’économies de l’énergie. Comment expliquer que la consommation des ménages  soit supérieure à celle des segments productifs sinon par le dépérissement du tissu productif et le gaspillage du fait que le prix administré est déconnecté du prix économique? Comment peut-on programmer plus de deux millions de logements  selon les anciennes méthodes de constructions fortes consommatrices  d’énergie (généralisation des   climatiseurs) de ciment et de rond  à béton (la facture d’importation explose entre 2012/2014) alors que les nouvelles méthodes permettent des économies entre 15 à 25% , ce qui implique une coordination et cohérence  gouvernementale dépassant  le Ministère de l’Energie. Sans la maîtrise technologique  il faut être très prudent.  Et là on revient à la ressource humaine pilier de tout processus de développement fiable devant prévoir un   co-partenariat incluant des clauses restrictives avec d’importantes pénalités en cas de non respect de l’environnement  et  la formation des Algériens  pour tout opérateur étranger En résumé, tout opérateur  qu’il soit algérien ou étranger  dont les firmes multinationales  sont essentiellement guidées par le profit maximum et cela est normal dans la pratique des affaires où n’existent pas  de  sentiments. D’où l’importance   d’un Etat régulateur fort, qui n’est fort que par  sa moralité, sa capacité à dialoguer et à convaincre  de cette option, conciliant les coûts privés et les coûts sociaux, renvoyant à l’Etat de Droit  et à la bonne gouvernance pour éviter les impacts négatifs de ce choix.   Évitons donc  tant la sinistrose que l’autosatisfaction  source de névrose collective. L’Algérie avec ses réserves de change de 200 milliards de dollars y compris les  réserves d’or   peut tenir jusqu’en 2019/2020, sous réserve d’une rationalisation de ses dépenses publiques. Au vu de ses réserves actuelles, elle a 15 années pour réaliser sa transition tant économique qu’énergétique. Cela nécessitera forcément un changement de cap de  la politique socio- économique  réhabilitant  l’entreprise publique, privée locale et étrangère qu’il s’agit de dé- diaboliser  en levant toutes les contraintes d’environnement notamment la bureaucratie étouffante, tout devant reposer sur  l’économie de la connaissance
 (1)Débat  avec  les professeurs  Antoine HALFF (AIE)  et  Abderrahmane MEBTOUL  (Algérie)  organisé par   Radio France Internationale –siège RFI  Paris le 25/10/2014 «  Enjeux géostratégiques, situation et évolution du marché mondial de l’Energie ». Seront abordés  les enjeux la  situation actuelle,  les perspectives  et les mutations futures  du marché mondial de l’Energie horizon 2020/2030  et  les conséquences en cas de chute des cours  des hydrocarbures traditionnels sur les économies des  pays dépendants de cette ressource et les stratégies des pays  de l’OPEP représentant que 35% de la commercialisation mondiale et hors OPEP. Du fait de sa situation mono-exportatrice, ce débat interpelle à plus d'un titre l’Algérie dans sa future trajectoire socio-économique,  tant sa transition économique,  que sa transition énergétique.
 

Dr Abderrahmane MEBTOUL Professeur des Universités Expert International
Mardi 14 Octobre 2014 - 16:39
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