REFLEXION

CONTRIBUTION : L’art du bricolage et la frénésie du gaspillage !

Comme à l’accoutumée, il a suffi de quelques averses pour que des cités et des quartiers soient inondés, - les travaux de curage des avaloirs (qui ne répondent pas aux normes) ayant été négligés ou mal exécutés-, que des routes récemment bitumées présentent des crevasses et deviennent impraticables, que des ponts, des tunnels et « des ouvrages d’art » inaugurés en grande pompe et mis en service depuis peu se fissurent et s’effondrent. Quel gâchis !



Une étude géophysique  bâclée et lacunaire, une tricherie sur la qualité des matériaux utilisés et des travaux, la faiblesse voire l’incompétence du management local constituent, à mon avis, les causes essentielles de ces déficiences qui ont produit des réalisations à la fois bâclées et surfacturées. Par ailleurs, il s’avère que le plan ORSEC qu’on réactualise n’est guère respecté. Tout un chacun aura remarqué que des trottoirs des principales avenues de nos villes sont mis à mal quelques mois seulement après leur réfection et leur rénovation puisqu’il a été décidé d’y creuser des tranchées pour des travaux d’assainissement. Qu’en est- il alors de la nécessaire coordination entre les différents services ? Quel gâchis !
 Que dire des opérations d’embellissement, de fardage que l’on mène tambour dans les cités que des ministres et autres personnalités s’apprêtent à visiter ? C’est le branle-bas, une agitation confuse et frénétique pour tenter d’accomplir un véritable tour de force: on mobilise un personnel de toute urgence pour réaliser en un jour et une nuit ce qui, habituellement, tardait à être concrétisé depuis des années. Certains sites bénéficient d’une campagne de toilettage, de badigeonnage…..avec une peinture de mauvaise qualité qui tiendra le temps d’une visite officielle. De toute évidence, cet «  art du bricolage » (une alliance de mots fort éloquente, me semble- t-il) conforte la routine, le laxisme et aiguise les appétits et la prévalence de préjugés tenaces. Il s’avère qu’ « il est plus difficile de désagréger un préjugé qu’un atome », comme l’a déjà constaté A. Einstein.  

Que dire  aussi des travaux de bricolages à Mostaganem !?
Ces rafistolages, du trompe- l’œil, effectués pour parer au plus pressé ne constituent- ils pas un véritable gaspillage des deniers publics, de l’argent du contribuable ? Ce bricolage (un terme à connotation dépréciative) est souvent mené à la hussarde alors que les travaux d’utilité publique nécessitent une gestion et une programmation rigoureuse, un suivi et un contrôle efficients. Ce devrait être un travail de longue haleine auquel contribueraient des compétences honnêtes et authentiques. Que dire aussi de l’opération d’embellissement entreprise depuis peu à Mostaganem et dans d’autres agglomérations du pays, une opération qui consistait à agrémenter certaines rues et avenues de dizaines de palmiers, des arbres imposants, asséchés et dont l’acquisition a été réglée rubis sur l’ongle. L’ancien cimetière Sidi Maazouz de Tijditt n’a pas été oublié puisque ces arbres (certainement un surplus dont on ne savait quoi faire) ont été dressés d’une manière anarchique sur un trottoir déjà très étroit, de part et d’autre de l’entrée. N’est-ce pas là un exemple édifiant du bricolage inutile et de gaspillage coûteux ? Un dicton populaire résume éloquemment cet état de chose : « La personne borgne ne manque que de sulfure d’antimoine (Kohl) ! »

Le sport en Algérie, n’échappe pas lui aussi à ce bricolage !
 Le domaine sportif en Algérie, celui du football professionnel en particulier, n’échappe pas à ce bricolage de grande envergure. La fédération algérienne de football et la ligue du football professionnel ont lancé à la hâte le projet d’instauration du professionnalisme sans que les problèmes de gestion, de fonctionnement aient été traités au préalable. N’est- il pas déplorable que le football professionnel en Algérie engloutisse des sommes fabuleuses et soit en grande partie- nourri à la mamelle de l’Etat sans rendre de compte à personne ? N’est- il pas opportun de tirer la sonnette d’alarme ? Mieux encore, il s’avère que 29joueurs ( parmi lesquels 25 n’ont jamais fait partie de l’équipe nationale et certains sont grassement rémunérés uniquement pour leur participation aux entraînements de leur club) perçoivent un salaire mensuel supérieur à deux millions de dinars, ce qui – à mon sens- est une aberration au moment où les moyens financiers manquent pour le fonctionnement des cantines et des transports scolaires, pour l’entretien et l’équipement de nos hôpitaux, pour l’alimentation des zones rurales en eau et en gaz naturel, pour la création d’’emplois…..Le plafonnement des salaires des footballeurs professionnels vient d’être arrêté pour réduire le déficit chronique et exponentiel mais s’en tenir à cette seule mesure constitue, à mon avis, une fuite des responsabilités, une nouvelle forme de bricolage. Elle ne devrait pas cacher les problèmes épineux auxquels sont confrontés les S.S.P.A. (ou clubs).

Même la TV est accusé de piratage !
Par ailleurs, le piratage par la T.V algérienne de la chaîne sportive d’EL Jazeera pour la retransmission du match aller entre le Burkina- Faso et l’Algérie est un procédé ingénu et irréfléchi, utilisé à la légère sans qu’il soit pris en considération les conséquences assurément préjudiciables à l’image du pays. On a appris dernièrement que les avoirs de la F.A.F, déposés à la FIFA et à la FAF, seraient gelés en attendant que cette affaire soit traitée et jugée (se référer à EL Khabar du 30/12/2013). Pourvu que les conditions de préparation de notre équipe nationale n’en pâtissent pas et ne soient pas perturbées alors qu’elle a besoin de sérénité et de confiance. Autre exemple d’impertinence et de légèreté : pour promouvoir son nouveau produit (de la troisième génération), une entreprise publique de téléphonie mobile s’est livrée à une opération de marketing onéreuse, dont la pertinence et l’efficacité sont discutables. Cette entreprise a eu recours aux prestations médiatiques de l’Argentin Diego Maradona dont la glorieuse carrière footballistique a été scandaleusement éclaboussée et ternie par une vie tumultueuse et qui, par conséquent, ne pourrait servir ni de modèle ni de référence pour nos jeunes.  N’eût- il pas été plus judicieux de faire appel à des sportifs de renom, du crû, au lieu de les marginaliser, à d’anciens champions ( Rachid Mekhloufi, Madjer, N. Morcelli, Hassiba Boulmerka….entre autres) qui, par leurs qualités sportives et morales, méritent considération et estime ? Pourquoi ne pas valoriser ce qui honore l’Algérie et en fait légitimement sa fierté ?

La culture, une richesse inestimable livrée à l’abandon ?  
Dans le domaine artistique et culturel, on se livre à des opérations de «  prestige », on organise des festivals dits culturels, des manifestations folkloriques de piètre qualité qui ensommeillent les esprits, qui n’apportent aucune plus- value et qui consomment des dépenses faramineuses au lieu de promouvoir la culture authentique et de favoriser l’ouverture sur le monde des arts véritables. Un tel gâchis est- il tolérable alors que les salles de théâtre, de cinéma, les librairies et les musées périclitent et que des sites archéologiques d’une richesse inestimable sont livrés à l’abandon ?   Affirmer que la paupérisation s’accentue, que les maux socio-économiques perdurent, que le fossé ne cesse de se creuser entre les nantis, les nouveaux riches, et la classe populaire, la masse des déshérités, est une lapalissade. Une telle situation n’a pourtant pas empêché certains députés de réclamer – ces derniers temps- l’augmentation de leur salaire (déjà mirobolant) et l’obtention d’un passeport diplomatique. Et dire qu’ils ont rejeté- catégoriquement et sans état d’âme- une proposition de loi portant sur l’instauration de l’impôt sur les grosses fortunes ! Les plus riches ne devraient- ils pas contribuer à l’effort de solidarité à l’égard des plus démunis ? Cette mesure – devenue une règle- est appliquée dans de nombreux pays, y compris ceux où prévalent l’individualisme et une concurrence impitoyable.  M. José Mujica, le président actuel de l’Uruguay, est – à mes yeux- l’incarnation du sens de l’altruisme, du don de soi, de la solidarité agissante: La presse écrite rapporte qu’ «  il reverse 90/° de son salaire mensuel de 9300 euros à des œuvres caritatives en faveur des pauvres ou des petits entrepreneurs. » La réflexion suivante (qui mérite d’être méditée) résume bien toute sa philosophie : «  On m’appelle le Président le plus pauvre mais je ne me sens pas pauvre. Les pauvres sont ceux qui travaillent uniquement pour avoir un style de vie dépensier et qui en veulent toujours plus. »

L’autre gâchis des compétences intellectuelle et scientifique algériennes !
Le gâchis des compétences avérées, d’une bonne partie de nos talents, de notre élite intellectuelle et scientifique souvent marginalisée ou poussée à l’exil, à l’exode, constitue une perte incommensurable, une véritable saignée. A titre d’exemple, trois mille médecins spécialistes ont quitté l’Algérie pour exercer sous d’autres cieux. La «  médiocratie » et le bricolage de circonstance ont favorisé cette fuite des cerveaux. Seules des mesures salvatrices et courageuses, incitatives et attractives, permettraient de briser les pesanteurs, de valoriser le travail et le mérite, de promouvoir les compétences qui, souvent, souffrent de l’ostracisme, de libérer l’esprit d’initiative, d’encourager la recherche scientifique, atouts dont notre pays a grandement besoin pour son développement. A ce titre, la cour des comptes incite dans son récent rapport «  à plus de vigilance et de rationalité dans la gestion des finances de l’Etat. » «  Fièvre dépensière et zéro productivité » : cette équation préoccupante résume une réalité amère et augure de conséquences alarmantes, difficilement maîtrisables, que nous risquons de léguer aux futures générations, celles de l’après-pétrole. Aussi ne serait- il pas urgent de motiver et de mobiliser les forces vives de la nation, de valoriser le savoir (l’un des investissements les plus féconds), de revigorer l’effort de production et d’éliminer toutes les formes d’inertie pour ne pas connaître les affres des vaches maigres ?

DAHOU Mokhtar Proviseur de lycée à la retraite
Dimanche 19 Janvier 2014 - 17:42
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