REFLEXION

CONTRIBUTION : Cheikh Sayah Mohamed al-Hachimi ou l’hymne à la pédagogie

Octogénaire, mais encore lucide et vaillant, il ne regarde point le temps passer, il en use pour servir et couronner une généreuse moisson. Epris par l’ouvrage, convaincu que l’école est la source des espoirs, ce disciple du grand Cheikh Ben Kabou, anima vendredi soir un cours de pédagogie à l’intention des Professeurs de l’Institut Ilennour, à Montigny Beauchamp. L’heure était à la pédagogie comme art, comme science et passion ou plus exactement comme une œuvre spirituelle recommandant une réelle communion avec soi-même et avec l’autre pour briller et donner de la lumière.



En effet, il y est une tradition à l’Association Espérance, où son Président Monsieur Hadjjab Smain convie Chercheurs, Professeurs et spécialistes  pour communiquer et transmettre du savoir.
Dans cette approche, Monsieur Amar Rouab, Directeur de l’Institut Ilennour, partisan d’innovation et de rigueur s’est fixé comme devoir d’inviter l’ensemble des professeurs de l’Institut à une formation continue afin de s’imprégner des différentes méthodes  d’enseignement et d’en prendre le meilleur en vue d’assumer la noble mission qui leur incombe.
Professeur al Hachimi était enseignant, puis directeur puis Inspecteur des enseignements. Un pionnier de l’école algérienne. Il fait partie de ses maîtres qui ont permis à l’école d’exister après l’indépendance du pays. Il obtient son CAP le 5 juin 1967.
« Il n’y a point de pédagogie définitive » assure t-il, tant l’homme est en perpétuelle métamorphose. Certes, un institut peut adopter une méthode, mais elle ne sera une référence et non un cercle où s’enferment les vocations et les facultés. La méthode d’un même professeur est appelée à  changer d’une classe à une autre, d’un élève à un autre.  La méthode est ainsi une adaptation permanente, une quête continue afin de transmettre de la manière la plus efficace possible.
Il est clair, assure t-il, que l’enseignement suppose des méthodes didactiques et des moyens, mais le centre de cette activité suprême demeure l’enseignant lui-même et l’élève. C’est l’homme qui donne et c’est l’homme qui reçoit, le reste, bien utile pourtant,  n’est que l’accessoire.
Revenant sur les moyens didactiques, il en rappelle l’utilité absolue. Point de contradiction dans son discours bien articulé : deux dimensions nécessaires où maître et élève sont au dessus sur l’échelle de l’ordre pédagogique.
Certes, nous révéla t-il, les temps ont changé, mais le principe est une constante. C’est de l’homme que vient la moisson. L’école d’autrefois était vécue sous le signe du besoin et de la privation. Certes, c’est bien là, une douleur et une carence. Admettons aussi que la privation, est parfois une source de motivation. Avouons que l’abondance est parfois une charge aux effets inverses. Professeur al Hachimi n’est point un chantre de la décadence, mais il tenait à rappeler que l’homme demeure au dessus de tout moyen et que le moyen, certes bien nécessaire ne doit en aucun cas prendre le pas sur l’essentiel : l’être.
Le Maître a évoqué la dimension morale dans l’enseignement. L’enseignant est de part sa nature une éducation, un  exemple. Il est en soi un idéal et une pédagogie.
Une méthode qui s’inscrit dans une trajectoire allant du  simple au complexe, du plus facile au plus consistant, en donnant à l’élève de découvrir par lui-même sans trop le contrarier afin de ne pas abîmer sa volonté de réussir et son élan d’aller au-delà.
Professeur al Hachimi a plaidé pour une éducation par l’exemple où l’élève ne doit en aucun cas être réprimé par la parole, par le geste ou  encore par un regard.
Le maître, assume t-il, ne doit pas, sans le vouloir même, être facteur d’exclusion en travaillant avec le groupe le mieux éveillé en classe au détriment d’un autre en difficulté. Se sentant délaissé et non impliqué dans le cours, ce groupe condamné à être en «  deuxième classe » s’occupera à faire ce qui perturbera le déroulement d’une séance.
En définitive, réussir un cours serait plus clairement initier une réelle communication avec les étudiants pour qu’ils en soient des partenaires ressentant un réel intérêt et donc prêts à s’impliquer avec foi et avec volonté.
Notre Professeur a plus d’une fois insisté sur l’importance des moyens pédagogiques, mais il tenait à mettre au devant le dispositif humain. Il constate que l’école d’aujourd’hui a tant misé sur les moyens qu’elle a parfois relégué  l’homme au second plan.
Cheikh al Hachimi est bien conscient que son école n’est plus celle d’aujourd’hui, il admet pourtant que les moyens changent, mais que les principes fondamentaux sont toujours d’actualité.
L’enseignement se fonde, selon lui, sur le dialogue et la communication.  Une entreprise  humaine donc que les moyens viennent épauler sans jamais s’y substituer.
L’homme se prêta aux questions de l’assistance très intéressée par les propos du Maître. Les professeurs tenaient à savoir plus sur cette école qu’ils n’ont pas vécue et où l’enseignant n’avait que l’être qu’il est et où parfois il devait si bien inventer des moyens et improviser un texte pour que l’école soit.
A ses débuts de maître, l’homme veillait parfois jusque deux heures du matin pour préparer ses fiches. Ce fut autrefois, où le temps était souverain échappant à l’ordre des grands écrans et aux sonneries de portables dévoreurs de bons moments.
Des photos souvenirs avec le Maître, studieusement prises par Issâd Abdeljabbar, un artisan et un réalisateur bien connu dans le monde de la télévision et de l’audiovisuel.
Une conférence où se sont croisées modernité et tradition pédagogique, non point pour se méconnaître mais pour se confondre afin de donner à qui voudrait entendre.
L’Institut Ilennour, fraîchement né est déjà un exemple et une bonne référence grâce à ses encadreurs et à ses Professeurs, hautement diplômés ayant fait leurs preuves dans les choses de l’esprit. La Communauté musulmane de Montigny Beauchamp, consciente de l’apport et du rôle de cet Institut, lui témoigne allégeance et soutien pour éclairer et instruire.
Il est vrai que le monde d’aujourd’hui traverse des zones de turbulences aigues, mais l’Association Espérance et l’Institut Illenour demeurent dans l’orbite de l’équilibre, de la tolérance et de la modération, dans le cadre des lois de la République et en constante communication avec les Responsables de la ville de Montigny Beauchamp pour que la diversité soit une richesse et une chance et non point un facteur de malaise ni de non entendement.
Le Cheikh Sayah Mohamed al-Hachimi a d’ailleurs longuement souligné l’importance de l’enseignement pour que triomphe la lumière qui apaise et qui rassure.  

 

Dr Bellatreche Laïd
Mercredi 20 Janvier 2016 - 17:52
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ACTUALITÉ
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