REFLEXION

CONTRIBUTION :Ce pays… dont tu doutes

En 1860. À Damas. Vivait un de nos aïeuls. Il était pieux. Il était un grand érudit. A lui seul, il pouvait incarner toute une nation. Toutes ses journées, il les passait entre la mosquée et l’écriture. A cette époque, il était âgé de cinquante ans. Il avait l’allure des seigneurs. Grand et beau. Les yeux azur. Les lèvres minces et le front large. Mais dans le cœur de cet homme se cachaient beaucoup de chagrins. Des chagrins accumulés au long de toute une vie. Pleine d’injustice. Surtout de la part de certains hommes qu’il ne connaissait pas. Qui sont venus jusqu’à lui, ont usurpé sa terre, sa religion et sa langue.



Mais cet homme n’était pas comme tous les hommes. Il se distinguait des autres par une chose que les hommes de son temps ne connaissaient pas. Ne savaient pas. Ne pouvaient même pas l’imaginer. Il faisait chaud. Juillet dardait ses rayons caniculaires. On se préparait à la prière de l’Asr. Notre ancêtre prenait toujours le temps, après une courte sieste, de lire une ou deux sourates avant d’aller rejoindre la mosquée toute proche de sa demeure. Sur le chemin de la mosquée, il vit, de loin, une nuée noire, d’hommes et d’enfants, courant dans tous les sens et criant à plein gosier : Mort aux traitres !  Mort aux impies !De quoi s’agit-il ?Que demande cette horde hystérique ? Qui sont les traitres et les impies ?L’homme pieux sut que les musulmans en voulaient aux Chrétiens de la ville de Damas. Du haut de sa grandeur. De son Islam. Vrai. De la chose qui le rendait différent de tous les autres, l’exilé, celui-là même que les Chrétiens avaient chassé de sa patrie, celui-là même qui les combattit pendant plus de quinze ans, sans répit. Que les Chrétiens, au nom de la civilisation, décimèrent les siens par pan entier. Qui les enfumèrent dans des grottes. Pensèrent à les exterminer un à un, jusqu’à leur anéantissement total. Cet homme que les Chrétiens trahirent, qu’ils emprisonnèrent pendant cinq ans, au lieu de le laisser partir comme il était écrit dans le traité de paix. Cet homme, qui s’appelait Abdelkader Ibn Mohiédine, que les gens du Cham lui ajoutèrent El-Djazaïri, s’interposa entre les bourreaux et leurs victimes. Le premier qu’il sauvât d’une mort certaine n’est autre que le consul de France à Damas. Il offrit sa maison à tous les Chrétiens de Damas. On compta plus de mille, d’autres disent dix mille.  Ils affluèrent de partout vers lui. Et même du Liban. Il constitua une armée pour les défendre. Et de son imposante stature, guerrière et religieuse, il  tint ce langage aux musulmans de Damas : «On ne tue pas une personne pour sa religion. Il n’y a point de contrainte dans la religion. C’est une folie que d’agir de la sorte ; tuer des enfants, des femmes et des hommes parce qu’ils ont une religion différente de la nôtre». Les autres lui répondirent : «Les Chrétiens t’ont chassé de ton pays. Ils ont tué tes frères, là-bas à El-Djazaïr». Il leur répondit par la sagesse. Ses paroles resteront ancrées à tout jamais dans les mémoires. Car elles devancent leur temps de plus de deux siècles. Et personne avant lui, ni après lui, jamais,  une telle sagesse, une telle tolérance, une telle grandeur ne sortit de la bouche d’un homme. Seul Abdelkader El-Djazaïri, l’Emir Abdelkader, qui osa défier la folie des hommes – qui étaient ses frères, qui l’avaient accueilli en héros et en hôte de prestige. Qui lui avaient donné maison et biens, mais tout ça ne pouvait être comparé à ce qui allait se passer : Tuer des innocents, cela, il ne pourra le tolérer.Quand Victor Hugo disait : «c’est la civilisation qui marche sur la barbarie», en parlant de la France coloniale. Voici ce que dit Abdelkader en réponse à toutes les haines que se portaient les hommes – les uns aux autres : «Ô mes frères ! Ce que vous faites là n’est qu’obscur acte. Il n’est pas accepté par Dieu et son Prophète. Revenez à la raison. Ces hommes, ces femmes, ces enfants que vous pourchassez sont vos frères. Ils habitent avec vous, parlent la même langue que vous. Ils ne sont pas venus vers vous en ennemi. Moi, dans mon pays, j’ai combattu des ennemis qui voulaient prendre la terre de mes ancêtres, je ne les ai pas combattus parce qu’ils étaient des Chrétiens. Et s’ils n’étaient pas venus en conquérants, je ne les aurais jamais combattus».On s’agita. On chercha des mots plus forts que ce qui venait d’être dit. On consulta oulémas et érudits. En vain. Rien ne pouvait être plus haut que les paroles d’Abdelkader. Et le monde, et jusque dans ses plus lointaines contrées, prit connaissance du geste et des paroles d’Abdelkader El-Djazaïri. De partout, on lui envoya lettre sur lettre. De l’Amérique. De la Russie. De la France. Du royaume uni. De la Grèce. ... Et cet homme que le monde entier avait un jour acclamé pour son courage, pour son humanisme, pour sa tolérance, pour sa grandeur d’âme et d’esprit ; cet homme qu’on a écrit sur lui des livres et des livres, qu’une ville en Amérique (USA) porte son nom ; cet homme qu’on a trouvé avec lui – lors du traité de paix – une bibliothèque de plus de sept cents manuscrits ; cet homme qui était chef de guerre et poète, imam et philosophe, beau et éloquent ; cet homme était Algérien, fils de ce pays…dont tu doutes.

 

Rachid Ezziane
Mercredi 9 Décembre 2015 - 17:31
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