REFLEXION

CONTRIBUTION : Bonne année Algérie 2017: quelles perspectives socio-économiques ?

L’année 2016 s’achève et commence l’année 2017. Quel est le bilan de l’économie algérienne afin de tracer les perspectives futures entre 2017/2020/2025 ? Malheureusement, après plus de 50 années d’indépendance, c’est la prédominance de la rente des hydrocarbures qui irrigue toute l’économie et le corps social : Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie, c’est Sonatrach. Je propose de dresser le bilan des indicateurs financiers, ceux de la sphère réelle avant de proposer les perspectives



1.- Indicateurs financiers
 Sonatrach a engrangé entre 2000 et 2016 plus de 800 milliards de dollars en devises  selon les bilans officiels. Cela a permis une dépense publique sans précédent depuis l’indépendance politique. La rente des hydrocarbures a permis également d’importantes réserves de change – moyen et non facteur de développement La  cotation du dinar  par rapport à l’euro a été la suivante. 2001- 77,29 dinars un dollar- 2005- 73,35 dinars  un dollar- 2010- 74,39 dinars un dollar-2015 -100,46 dinars un dollar- 23 décembre  2016  111,10 dinars un  dollar.  Avec une dette extérieure évaluée à 23,203 milliards de dollars au 31 décembre 2003 et inférieure à 5 milliards de dollars fin 2015, les  réserves de change fonction des recettes d’hydrocarbures, qui tiennent la valeur du dinar à plus de 70/80%, ont été estimées entre 2000/2016  officiellement ainsi : 2000, 11,9 milliards de dollars -2001, 17,9, milliards de dollars-2005, 56,2 milliards de dollars-2010, 162,2, milliards de dollars- 2011, 182,2, milliards de dollars-2012, 190,6 milliards de dollars-2013, 194,0 milliards de dollars 2014, 179,9 milliards de dollars-2015, 144,1 milliards de dollars- fin septembre 2016 à 121,9 milliards de dollars. Selon le rapport du FMI clôtureront à 113,3 mds usd fin 2016 et 92,3 mds usd en 2017. Avec des réserves de change  entre 10/20 milliards de dollars, le cours s’établirait à environ 200 dinars un dollars, d’où l’importance entre temps d’aller vers un endettement extérieur ciblé qui ne concernera que les secteurs productifs.  Ces réserves incluent le prêt au FMI et les dotations de DTS de l’Algérie déposés au FMI, l’Algérie ayant  augmenté sa quote-part au Fonds monétaire international (FMI) de 705,2 millions de DTS (équivalent de plus d’un milliard de dollars) la portant de 1,25 milliard de DTS (environ 1,9 milliard de dollars) à 1,96 md de DTS (près de 3 mds de dollars), selon un décret  présidentiel publié au  journal officiel, cité par l’APS donnant un montant  cumulé  de  8  milliards de dollars au niveau du  FMI . Les  173 tonnes d’or dont le stock selon le FMI au 31/12/2015  n’aurait pas évolué depuis 2009 alors qu’il ya production d’or dans la région de Tamanrasset est –il inclus ?  Ces réserves garantissent plus de trois années d’importation. Le placement de ces réserves se fait actuellement à travers des dépôts auprès des banques centrales,  le reste se faisant à travers des obligations, des bons du Trésor et des actifs, auprès d’établissements bénéficiant d’un bon rating, soit la notation triple . En 2013 selon les déclarations officielles,  alors qu’en 2010, la répartition qui était de 45% en dollars, 45% en euros, 5% en livre sterling et 5% en yen japonais toujours selon le gouverneur à l’époque, ce panier des devises étrangères a évolué et est composé du dollar américain (52%), de l’euro (37%) et de la livre sterling (9,6%). Cette manne a permis à l'Algérie d'éteindre la dette extérieure de l’Algérie et d’éponger artificiellement une partie de sa dette intérieure. Le FMI a classé l’Algérie au titre du pays le moins endetté des 20 pays de la région MENA dans un rapport spécial sur les perspectives économiques de la région du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord,  Mais d’une manière générale, il faut se méfier des artifices comptables où selon le rapport du gouverneur cité précédemment, le déficit du compte courant de la balance des paiements s’est encore accentué entre 2014/2016. Car,  il ne faut pas se limiter à la balance commerciale, mais étudier la balance de paiements qui montre que le montant poste assistance technique étrangère est passé de 2 Mds $ en 2002 à 10/12 Mds $ entre 2009/2015 et les transferts légaux de capitaux. Ce qui donnerait  un déficit de la balance de paiements  d’environ 30 milliards de dollars fin 2016. Cela témoigne de la fragilité de la balance des paiements extérieurs devant les chocs externes. La léthargie  d’une économie rentière renvoie à la valeur réelle de la monnaie. On peut établir un coefficient de corrélation entre la cotation du dinar et l’évolution du cours des hydrocarbures pour un taux d’environ 70 %, 30 % étant dues aux phénomènes spéculatifs et aux sections hors hydrocarbures bien que limitées. Concernant justement la cotation du dinar pour la banque d’Algérie qui parle de glissement et non de dévaluation, le dinar est fixé par le marché interbancaire où interviennent 19 banques de la place en plus de la Banque d’Algérie, le gouverneur minimisant la question de la perte de change, surcoût supportés tant par les entreprises que par les consommateurs. Mais cela n’explique pas le paradoxe d’un glissement à la baisse du dinar tant par rapport au dollar et l’euro alors que leur cotation est inversement proportionnelle. L’explication est de voiler l’importance du déficit budgétaire en gonflant artificiellement la fiscalité hydrocarbures mais également les taxes sur les produits importés toujours via les hydrocarbures ainsi que le fonds de régulation des recettes (épuisé fin 2016) où le dollar et l’euro sont reconvertis en dinars algériens, accentuant par là l’inflation importée. C’est grâce aux réserves de change dues aux hydrocarbures et non au travail (l'Algérie étant classée pour la productivité  un des derniers de la région MENA entre 2012/2013) que le taux de change officiel est maintenu à 110 DA un dollar en ce mois de décembre 2016. Quant aux libertés économiques, parmi les facteurs les favorisant, il est retenu    la taille du gouvernement, la structure juridique du pays en matière de protection des biens de propriété, la valeur de la monnaie, le libre-échange avec les pays du reste du monde et la réglementation des crédits, du travail et des entreprises. Le rapport  publié par la fondation Héritage  et le Wall Strett Journal en date du   25 janvier 2016  pour l’année 2015 classe les 178 pays étudiés  en 5 grandes catégories sur une échelle allant de 40 points (les moins libres) à 100 points (les plus libres) : « libres » (80-100 points), « plutôt libres » (70-79,9 points), « modérément libres » (score 60-69,9 points), « plutôt pas libres » (50-59,9 points) et « réprimant la liberté » (40-49,9 points).  L’Algérie a été  déclassée  de onze places,  la 157ème position sur 178 pays. Ce rapport place l’Algérie dans la catégorie des pays où la liberté économique est « réprimée » avec un score global de 48,9 points, soit 1,9 point de moins que l'année  2014, ce score global restant  inférieur à la moyenne aussi bien régionale que mondiale. Par ailleurs,  le think tank canadien Fraser Institute dans son édition de  2016 sur  159 pays, classe  l’Algérie  à la 151e place avec un score de 5,15/10, En matière de taille du gouvernement, l’Algérie est classée 157e, pour la  liberté de commerce  154e, le système légal,  pour le droit de propriété  106e place et la force de la monnaie  113.ème.. Aussi, face à l’incertitude politique, outre que beaucoup de responsables vendent leurs biens pour acheter des biens à l’étranger, beaucoup de ménages se mettent dans la perspective d’une chute des revenus pétroliers et commencent à acheter les devises sur le marché informel, au lieu de l’or qui a chuté depuis deux années, accentuant l’écart entre le cours officiel et le cours sur le marché parallèle qui est coté le 23/12/2016 à 186 euros.
 
2.- Les défis de l’Algérie 2017/2020
 Le pouvoir d’achat des Algériens est tributaire à plus de 70% de la rente des hydrocarbures brut et semi brut et est donc un pouvoir d’achat artificiel et avec la crise de confiance Etat –citoyens,  tous les segments de la société veulent leur part de rente, et immédiatement, quitte à conduire le pays au suicide collectif. Le blocage étant d’ordre systémique. Les différentes dévaluations du dinar algérien qui était coté un dinar 5 dollars en 1974, puis 45 dinars un dollar en 1994 étant passé à 81 dinars un dollar en 2013, entre 100/ 110 dinars un dollar   qui en principe constituent un dumping à l’exportation, n’ont pas permis de dynamiser les sections hors rente. 83% du tissu économique est constitué de petits commerce/services et 95% du tissu industriel en déclin de petites PMI/PME non initiés au management stratégique. Qu’en sera-t-il de l’impact de l’abrogation ou modification de l’article 87 bis sur ces PMI/PME restantes qui ne pourront supporter de lourdes charges salariales ? Qu’en sera t-il de l’impact de l’Accord d’Association avec l’Europe signé le 01 septembre 2005, où le dégrèvement tarifaire sera zéro a été reporté au lieu de 2017 à horizon 2020 ? Qu’en sera-t-il si l’Algérie est admise à l’organisation mondiale du commerce (OMC) où d’ailleurs son adhésion n’est pas pour demain ? L’Algérie souffre toujours du monopole, source inefficience, à tous les niveaux, et connait un dépérissement du tissu productif dont l’industrie représente à peine 5% du produit intérieur brut. Le modèle mis en place depuis l’indépendance politique, le modèle ayant misé sur les  infrastructures moyen uniquement de développement entre 2000/2016, semblable à celui de 1980/1988, trouve ses limites. Il est assis essentiellement sur la bureaucratie et le secteur d’Etat qu’il s’agit ici de ne pas de diaboliser mais le rendre plus performant dans un cadre concurrentiel, car ayant à sa direction souvent de brillants managers, mais soumis aux directives bureaucratiques. Cette politique a marginalisé le secteur privé productif et favorisé les rentes spéculatives. Mais cela ne peut pas durer quitte à aller vers  une implosion différée. Comme j’ai eu à le souligner récemment dans une interview à Radio France internationale RFI et Radio Algérie Internationale,  il faut bien considérer que l’économie algérienne est une économie léthargique et rentière. Que se passera-t-il lorsque la rente diminuera, ou s'éteindra quasiment, au rythme de la baisse prévisible des devises issues des hydrocarbures, du fait de leur épuisement d’où l’urgence de réfléchir à la transition énergétique afin de favoriser  leur remplacement progressif par d'autres sources d'énergie ? Les équilibres macro financiers actuels sont éphémères sans de profondes réformes institutionnelles et microéconomiques. L’objectif est la mise en place d’un Etat de Droit passant par l’indépendance de la justice et d’institutions démocratiques, tenant compte de notre anthropologie culturelle. J’ai eu souvent à le souligner en direction des pouvoirs publics algériens, il s‘agit d’éviter de dépenser sans compter. En termes de rentabilité financière et tenant compte des exportations et de la forte consommation intérieure, des coûts croissants, que horizon  2025 pour le pétrole et horizon 2030 pour le gaz conventionnel avec 50 millions d’habitants, l’Algérie sera sans hydrocarbures conventionnels devant éviter également l’euphorie du gaz/pétrole non conventionnel. Le développement durable tenant compte du défi écologique, en ce XXIe siècle, se fonde essentiellement sur la bonne gouvernance et la valorisation du savoir si l’on veut dynamiser les sections hors rente dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux. Y a-t-il une prise de conscience des défis nombreux qui attendent l’Algérie ? A-t-on tiré les leçons de la chute des hydrocarbures de 1986 avec les incidences désastreuses pour le pays, économiques, sociales et politiques? Quelle conclusion pour l’avenir de l’Algérie en cette fin  d‘année 2016? Si les résultats sont loin, très loin des potentialités que recèlent le pays du fait d’une gouvernance mitigée, et elles sont nombreuses, je suis pourtant confiant. L’Algérie recèle d'importantes potentialités, surtout les compétences humaines richesse bien plus importante que toutes les réserves d’hydrocarbures, actuellement marginalisées, tant au niveau local qu’à l’étranger, pour surmonter la situation actuelle. Pour cela, outre une profonde moralité des personnes chargées de diriger la Cité, l’on doit revoir la gouvernance et donc l’actuelle politique socio-économique qui ne peut que conduire à l’impasse et donc à l’implosion sociale à terme. La lutte contre la corruption, les transferts illicites de capitaux, qui existent depuis l'indépendance politique, mais qui a pris des proportions alarmantes entre 2004/2016  du fait que l'on a injecté des sommes colossales sans prévoir de mécanismes de contrôle devient une urgence de l'heure, devant prévoir des mécanismes démocratiques et éviter des règlements de comptes inutiles. L’on ne saurait ignorer les effets de la mondialisation à la fois positifs mais pervers sans régulation, devant insérer les projets futurs dans le cadre de l’intégration du Maghreb pont entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, pour la stabilité et une prospérité partagée de la région. L’Algérie est à la croisée des chemins. Il faut éviter toute autosatisfaction, contraire au vécu quotidien de l’immense majorité des Algériens, source de névrose collective, mais également éviter toute sinistrose : tout ce qui a été réalisé entre 1963-2016   n’est pas totalement négatif mais il reste beaucoup d’insuffisances qu’il s’agit impérativement de corriger. Le défi des nations en ce XXIe siècle, monde en perpétuel mouvement est la maîtrise du temps, tout pays qui n’avance pas recule forcément. Il y a maintenant unanimité nationale et internationale. Si l’Algérie rate le cap du développement entre 2017/2020, elle sera éternellement un pays sous-développé avec d’importants remous sociaux et politiques avec des interférences étrangères. C’est sa dernière chance. Aussi, le changement de cap de la politique économique et sociale avec soubassement  une vision stratégique et un nouveau mode de gouvernance, grâce à un dialogue fécond et productif, personne n’ayant le monopole du nationalisme, s’impose pour des raisons de sécurité nationale. L'Algérie a toutes les potentialités de sortie de crise. Agissons, loin des discours démagogiques qui ne portent plus  pour le bien être de l’Algérie.  

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Samedi 24 Décembre 2016 - 20:10
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