REFLEXION

CONTRIBUTION : Biographie d’un maitre d’art mostaganémois à lausanne

C'est dans une charmante ville algérienne, berceau d'une grande culture, Mostaganem, que je suis né un 14 mars 1936. Sur les rives azurées de la méditerranée, mon enfance avait eu pour horizon des espaces infinis de sable étincelants d'or sous un ciel toujours lumineux. Des souvenirs reviennent de mon heureuse enfance.



CONTRIBUTION : Biographie d’un maitre  d’art mostaganémois à lausanne
Le va et vient incessant dans mon quartier de Beymouth des vendeurs de poissons, de grillades de merguez, de Kalentika brûlante et des marchands ambulants de vaisselle.
On entendait le rire des petites filles qui jouaient à la marelle, des ribambelles de gamins bruyants qui se chamaillaient.
On jouait aux osselets, aux billes, aux noyaux, à la toupie, aux voitures de roulement, au foot, au pitchak, saute-moutons et, on inventait d'autres jeux encore pour passer le temps lors des longs étés brûlants.
Je me souviens des ruelles étroites et sinueuses pleines de curieux badauds qui erraient sans but précis.
Je me souviens aussi des odeurs des Kémia le long des cafés animés et les nombreux clients endimanchés.
On allait en bande sur la plage des sablettes faire trempette, on jouait dans les vagues inconscients du danger. On enterrait dans le sable des pastèques chapardées ci et là dans les champs avoisinants, que l'on dévorait pour étancher nos soifs.
De merveilleuses années d'insouciance. Nous étions les rois du monde.
Ma mémoire d'homme se souvient encore du fourmillement coloré et assourdissant du grand port commercial.
Que d'heures passées à regarder les manœuvres incessantes des bateaux géants chargés de tonneaux de vin, de fruits gorgés de soleil, des sacs de céréales et de toutes sortes de marchandise.
Ils traçaient leurs voies et moi, dans mes rêves d'adolescent je suivais leurs sillons.
Je ne savais pas encore que mon imagination inventive était déjà comme un appel du futur.
A l'aube de mes 18 ans, j'embarquais à mon tour pour des vacances chez un cousin à Paris. Ce premier voyage me plut et fut le début de nombreux déplacements.
Les évènements naissants de la guerre changèrent mon quotidien et celui de tous les Algériens.
En tant que jeune et témoin de nombreuses injustices je cherchais alors à me rendre utile, aider mon pays. Je fis part discrètement autour de moi de mes intentions d'apporter ma contribution.
Ainsi avec le temps, je fis parti d'une petite cellule dont le responsable était Mr Abdellah Ould Hadj Larbi cordonnier et Mr
Ghali Saïdi sapeur pompier, responsable des transmissions des produits médicaux.
Mon travail consistait à me procurer des produits de premiers soins et de les acheminer à un point donné. Je profitais des heures les plus chaudes, entre midi et quatorze heures, la surveillance étant moindre, pour livrer des médicaments, coton, pansements, alcool, mercurochrome et autres.
Avec le temps, les soupçons commencèrent à peser sur moi, la surveillance se renforça. J'avais juste 23 ans et sous l'insistance de ma mère, je dû fuir en France. Des messages me parvenaient de l'Algérie que la cellule avait été démantelée et que l'on me recherchait. Je n'étais pas en sécurité en France-Je décidais alors de passer en Suisse rejoindre un ami Ali Kara Mostepha qui m'accueillit comme un frère.
C'est ainsi que je découvris Lausanne.
Petit à petit avec le temps, je me fis un petit cercle d'amis dont Abderrahmane Ammour, Aman Bendimered, Ali Abdellaoui, Mohamed Khemisti, Malek Hadad, Bakir Temini, Dr. Djilali
Bentami Ambassadeur à Genève, Djilali Benguettat vice consul à Genève Frère de Adda Benguettat, Bachir Boumaza, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Mchati, Kamel Mentouri, Abdelkrim Bouri, Moussa Ganes,Hafid Aksous,Dr.Mohamed Boumghar chirurgien au CHUV à Lausanne, Dr. Nadir Seddik Kamel Besseghir, Saïd Hadj-Driss, Omar Azaghainou et bien d'autres.
En Suisse la vie était tout autre. Beaucoup de Suisses étaient admiratifs de la cause Algérienne. L'accueil chaleureux et l'hospitalité bienveillante rencontrés me firent tout de suite adopter ce pays neutre appelé Confédération Helvétique comme une seconde patrie.
Les évènements du cours de ma vie m'y ancrèrent.
La luminosité des merveilleux paysages Algériens, je la retrouvais dans la beauté magique des sites Alpins. Je pouvais rester des heures à admirer cette belle nature, et la grandeur du lac Léman me rappelait la mer de mon pays. Je gardais en tête toutes ces belles choses, ces petits détails et je me les repassais dans la tête.
Une sorte de photo prise et mémorisée. L'amour de la photo se mettait déjà en place quelque part dans un coin de mon cœur.
A Lausanne je fus de suite employé dans un laboratoire de produits pharmaceutiques. La responsabilité des diverses fonctions m'ayant été confiées était grande, prenante, enrichissante. J’étais au contact de chevaux pour des prélèvements sanguins et la fabrication de médicaments était notre finalité.
Je fus pendant plus de quarante ans  fidèle à cette entreprise. Cette fonction m'avait été possible grâce à ma formation au métier de laborantin à l'hôpital de Mostaganem, puis dans un laboratoire d'analyses médicales du Dr Louis Viala.
Mon intégration à la vie culturelle Lausannoise se passa naturellement. Ce nouvel apport dans un milieu qui n'était pas a priori le mien se mit lentement en marche.
J'étais avide de savoir, prêt au partage. L'envie de conserver de belles images, de mettre sous pellicule des moments éphémères, de saisir des moments rares des scènes de la vie me décidèrent de me lancer dans la photo.
Mes cours à 1'Ecole de photographie de Lausanne ont été une découverte des plus profitables.
Parallèlement, la distance qui me séparait de mon pays natal agrandissait en moi l'amour de celui-ci. Mon regard changeait, évoluait.
La terre de mes ancêtres et leur héritage socio-culturel est un trésor inestimable que je porte en moi profondément et que je garde précieusement. Les racines n'étaient pas coupées.
Avec le recul, je peux affirmer que non seulement celles-ci n'étaient pas coupées mais s'étaient solidifiées. Mon patrimoine intérieur se précisait.
A Lausanne, la photographie devenait plus qu'un hobby, un art de vivre et même je dirai, une passion.
C'est ainsi que je la mis au service de tous les paysages qui me fascinaient et incitaient ma curiosité. Venise et ses lagunes, la Camargue et sa nature sauvage, la Suisse et ses paysages enneigés et bien d'autres contrées.
La photo artistique me tenta aussi, je découvris l'art du montage et des effets spéciaux. A force de travail et d'acharnement, Je développais alors une technique bien à moi de virage partiel dont les tonalités sont le brun, le rouge, le bleu et l'or. Mon livre « Voir Venise et Revivre » illustre ce travail très spécial.
J'ai pu présenter des photos artistiques dans des grands concours internationaux et gagner quelques belles coupes.
Pendant de nombreuses années Je pensais au grand sud Algérien et toutes les belles lumières du lever et coucher de soleil, toutes ces merveilleuses photos que je pouvais faire. Ces paysages de mon pays uniques au monde.
Alors l'occasion se présenta et tout se mit en place.
A travers mon objectif, je redécouvris, à mon plus grand bonheur le pittoresque des étendues de sable au Sahara.
Cette solennelle beauté millénaire ajoutée à la pathétique dignité de ses nobles habitants est légendaire.
Je fis alors ces voyages mémorables dans le désert, partageant la
vie des Touaregs dont la réputation d'hospitalité est connue de tous. Il y eu tellement de belles rencontres et des moments de partage et de grand bonheur.
Mes plus belles photos sont inspirées du Sahara.
En ma qualité de Maitre FIAP (Fédération Internationale des Arts
Photographiques), titre honorifique que j'ai reçu, j'ai pu aller juger des photos dans divers pays d'Europe. En enseignant dans les cours du soir la photographie, j'approfondissais mes connaissances et je partageais mes expériences et savoir avec mes élèves. Certains d'entre eux sont devenus de très bons photographes. Je concrétisais ce qui désormais devenait ma seconde nature : l'art de la photographie.
Aperçu de mon travail
1984 Parution de mon livre « Voir Venise et Revivre »,1987 : 7 Portefolios avec photos 30/40 brillantes en Cibachromes parus et épuisés. 1991:Parution de mon livre « Passion Des Sables » Tous mes travaux ont été présentés à différents concours nationaux et internationaux. J’ai obtenu de nombreux prix et distinctions honorifiques qui me remplissent d'une réelle fierté. Qu'Allah nous protège tous.

 

Khattab HADJEBA
Mercredi 20 Janvier 2016 - 18:00
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