REFLEXION

CONTRIBUTION : Agriculture : outil de lutte contre le chômage ?

En Algérie et dans les pays en développement, les populations les plus touchées par la pauvreté et le chômage sont en majorité rurales et agricoles, ce paradoxe apparent s’explique par la faiblesse des revenus agricoles : pour la majorité des agriculteurs, l’agriculture n’est pas une activité suffisamment rémunératrice.



Dès lors, cibler l’emploi agricole permettrait de lutter efficacement contre la pauvreté et le chômage, et ce par de multiples biais, des politiques concernant l’emploi agricole auraient en effet un impact bénéfique s’étendant bien au-delà du seul secteur agricole. Car l’agriculture constitue un secteur économique stratégique pour développer des activités et des emplois, agricoles et non agricoles, en amont et en aval. Par ailleurs, dans la mesure où l’exode rural, et ainsi une grande partie de la pauvreté urbaine, résulte principalement de la pauvreté agricole et rurale, des politiques visant à promouvoir l’emploi agricole permettraient également d’atténuer la pression sur les villes et plus globalement de réduire les tensions sociales et politiques. La question de l’emploi agricole a ainsi des conséquences sur de nombreux aspects de la stabilité économique, sociale et politique de notre pays. Si les problématiques sont différentes dans les régions industrialisées, force est de constater que la question de l’emploi agricole y est également essentielle à de nombreux points de vue. Chez nous par exemple, chaque emploi agricole ne génère pas, selon certaines estimations, ce qui est fait au Maroc ou même en Tunisie c’est-à-dire 4 à 5 autres emplois dans les autres secteurs d’activité (notamment dans l’agroalimentaire et la transformation). L’emploi agricole joue par ailleurs un rôle essentiel en termes de sécurité et d’indépendance alimentaire, d’aménagement du territoire, de dynamisme des zones rurales et de préservation de l’environnement. La faible proportion d’agriculteurs dans la population active ne doit donc pas nous faire oublier la nécessité de mesures visant à promouvoir l’emploi agricole et à en améliorer la condition.
Pour répondre à l’ampleur du défi de l’emploi, la première recommandation est de réinvestir dans des stratégies de développement permettant d’articuler vision de long terme et approches sectorielles. Ces stratégies, délaissées depuis longtemps, doivent être considérées comme des biens publics à part entière, qui peuvent à ce titre bénéficier de soutiens pour leur élaboration (systèmes d’information, formation, aide à la négociation et à la décision). Elles doivent associer les différents acteurs du développement : secteur privé, collectivités locales, organisations professionnelles et de la société civile. Ces stratégies de développement agricole doivent traiter des dimensions structurantes à long terme : les politiques de développement durable, d’éducation, de santé et d’investissement productif, qui conditionnent les marges de manœuvre futures. Elles se déclinent ensuite en programmes d’action sectoriels et wilayals. Pour le secteur agricole et les zones rurales, l’objectif est d’accompagner le changement structurel par la diversification progressive des activités. Cette diversification ne sera possible qu’en réponse à la demande des consommateurs ruraux qui rend indispensable l’amélioration préalable des revenus des producteurs agricoles. Engager un tel cercle vertueux, qui permettra aussi de réduire la pauvreté et donc d’améliorer la sécurité alimentaire, nécessite de nombreux préalables qui sont bien connus (infrastructures, recherche, crédit, assurance, conseil, etc.), mais qu’il est difficile de remplir partout et simultanément, surtout dans le contexte économique actuel.
L’action publique doit faire des choix volontaristes, tout en laissant libre cours aux initiatives privées. Pour répondre au défi de l’emploi, l’approche pragmatique consiste à miser sur les grands nombres qui permettent un effet de levier. La première priorité est alors de renforcer les agricultures familiales plutôt que les agricultures d’entreprise, car elles occupent l’écrasante majorité des actifs agricoles, représentent le plus fort potentiel de production et d’emploi, et génèrent la plus grande part des revenus ruraux. Un tel choix a ses exigences, à savoir : gérer la tension sur les ressources en terres et en eau par des infrastructures et des dispositifs institutionnels adaptés (quels stocks de ressources et quels modes de gestion ?) ; développer des systèmes techniques écologiquement durables et économiquement viables (agro-écologie), adaptés aux agriculteurs pauvres, et permettant une intensification raisonnée créatrice d’emplois (ce qui n’exclut pas une nécessaire diminution de la pénibilité du travail). Les investissements privés étrangers peuvent être plus utilement orientés vers les activités en amont et en aval de la production, ou` les opérateurs économiques et les capitaux sont rares.
 La deuxième priorité porte sur les productions vivrières : elles disposent de larges marchés en croissance rapide (à l’échelle régionale et nationale) ; elles sont aisément transformables localement et favorisent la diversification des activités et l’emploi ; elles sont cultivées par tous les agriculteurs qui produisent, au moins en partie, pour leur propre approvisionnement. L’accent doit porter sur l’amélioration du fonctionnement des marchés locaux (systèmes d’information, transport et stockage : les pertes post récolte représentent 10 à 20 % de la production selon les D S A). Parallèlement de meilleurs rendements et un meilleur accès aux marchés nationaux et régionaux (qui implique une volonté claire d’intégration locale et régionale) permettent de réduire le risque pour le producteur et de débloquer le potentiel endogène de diversification, agricole et non agricole, y compris dans les productions à plus forte valeur ajoutée quand des possibilités existent.
 Troisième priorité, la mise en œuvre d’une telle approche doit s’effectuer dans le cadre de politiques territoriales visant à renforcer l’articulation villes-campagnes par la promotion et le développement des fonctions de service des petites villes et bourgs ruraux, souvent délaissés en faveur des grandes wilayas. Miser sur les territoires implique de mieux connaître les dynamiques locales et de renforcer les processus de décision participatifs. Cela exige aussi des investissements publics et une aide aux investissements privés en matière d’équipements et de services, indispensables au développement des petites et moyennes entreprises et à la densification du tissu économique local. Il sera alors possible de raffermir et de renouveler le lien social et donc de réduire les risques de conflit sur les ressources. Selon l’Organisation internationale du Travail, un secteur agricole solide est nécessaire à une croissance économique soutenue et à la création d’emplois mieux payés. L’un des grands défis des 10 à 20 prochaines années sera de transformer cette vision en réalité concrète.  

 

Taoufik Hamiani
Mardi 22 Décembre 2015 - 17:28
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ACTUALITÉ
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