REFLEXION

CONTRIBUTION : 45EME ANNIVERSAIRE DE LA NATIONALISATION DES HYDROCARBURES : L’Algérie reste gérée par la rente pétro-gazière

Le 24 février 1971, fut une grande date dans le processus de libération économique, c’est en effet, à cette date que furent nationalisés les hydrocarbures, principales richesses du pays. Le défunt président Boumediene, qui participait à la célébration de l’anniversaire de la création de l UGTA, annonça ce jour-là aux travailleurs que « le moment est venu de prendre les responsabilités .Ainsi, avons-nous décidé, aujourd’hui de porter la révolution dans le secteur du pétrole et de concrétiser les options fondamentales de notre pays en ce domaine ».



Il nous semble bon  aujourd’hui qu’on se souvienne de cette  première expérience  de recouvrement  de la souveraineté nationale  et de récupération de nos richesses naturelles qui fut  les plus difficiles pendant les premières années de l’Algérie indépendante.  Une date marquante dans notre histoire et témoin de l’engagement  d’une génération, après celle de la libération du pays  au service réellement  de l’Algérie indépendante  après le départ massif des cadres  européens  où notamment les premiers cadres algériens qui ont été d’un apport indéniable au développement national notamment ont su changer la donne  et s’imposer comme acteur-clé dans le processus des nationalisations et de développement national. En effet, ce qui est remarquable, les dirigeants  politiques de l’époque accordant une grande attention aux cadres où diffusant la thèse  selon laquelle  le développement  du pays  ce sont les cadres algériens. Ils ont apporté la preuve de  leurs sacrifices dans la douleur de leur jeunesse et  en se passant d’une vie meilleure ailleurs  (d’outre- mer), et sans pour autant demander des avantages ou profiter de leurs postes. La norme de travail dépassait le plus souvent douze heures /jour avec des salaires mensuels dérisoires qui  se situaient en moyenne entre 500DA et 1500da/mois.
 L’on sait que l’occupant français a laissé  un pays  totalement à l’arrêt. La bataille du développement national  à laquelle ont été associés les premiers cadres algériens dont la majorité sont autodidactes, mais qui ont su concevoir et développer une expérience profitable et par laquelle, ils ont été au-devant de la scène internationale. En effet,  cette expérience a  permis rapidement de faire fonctionner les institutions, les sites pétroliers et gaziers, les mines, les sociétés nationales et enfin les terres agricoles récupérées et prises en charge par nos paysans pour les exploiter. C’est une étape nouvelle de l’évolution économique et sociale de l’Algérie, tout aussi importante qui fut celle de la libération du pays. Mais presque tous ont terminé leurs carrières dans la totale déception lorsqu’on constate que nos gouvernants oublient vite les sacrifices des générations. Une nation qui oublie, qui marginalise ou qui ne donne pas de l’importance aux valeurs humaines n’a sûrement pas d’avenir »
A travers cette nationalisation réussie, l’Algérie et le reste des pays producteurs de pétrole  venaient  de remporter une importante victoire. L’exemple algérien fait tâche d’huile, il va pousser d’autres pays producteurs à récupérer les richesses  de leur sous-sol et permettre à l’OPEP de jouer son vrai rôle stratégique. Car bien effectivement, notre pays avait  mené une politique  régionale de leadership qui a conquis les espaces géopolitiques dont notamment  le monde arabe, l’Afrique et le tiers monde où il a lancé les grandes idées sur les matières premières pour un nouvel ordre économique international(NOEI).
D’une Algérie autrefois influente et  écoutée au sein de l’OPEP, en sera le leadership et le pivot  ,elle apportera sa contribution active  dans  les réajustements successifs des prix survenus depuis la fin de 1973 et favorisés par un renversement de la tendance du marché au profit des pays producteurs de pétrole .Les prix du baril de pétrole passant de 2 dollars en 1970 à 12 dollars en 1974 ,puis à 26 dollars à la fin 1978, pour atteindre  enfin, 30 dollars en 1980. Très vite une série de nationalisations a été suivie dans plusieurs pays producteurs de pétrole dans le tiers monde tels la Libye, l’Irak, le Venezuela entre autres.
Loin d’être une simple donnée historique, la nationalisation des hydrocarbures, le 24 février 1971, est un des évènements les plus déterminants dans l’histoire de la nation  algérienne. Oui, le 24 février 1971, représente une date des plus fécondes qui a permis d’en faire du pétrole un enjeu mondial, par conséquent de placer depuis l’Algérie au devant de la scène politique internationale et de la Sonatrach un des leaders mondiaux du secteur pétrolier.
Aujourd’hui, il est clair que l’Algérie a fait le bon choix en nationalisant ses hydrocarbures puisque les exportations de l’Algérie ont généré entre 1999 et 2015, pour près de 900 milliards de dollars de revenus. C’est ce qui a permis à l’Algérie de s’engager  dans différents plans nationaux  pour financer  son développement économique et social.  
Les hydrocarbures  représentent  aujourd’hui 98%, des recettes totales du pays et contribuent près de 50% dans le PIB. Il faut souligner, que la nationalisation du secteur des hydrocarbures a ouvert de nouvelles opportunités pour le développement de l’économie nationale où l’Algérie a lancé de grands projets socio-économiques et de programmes spéciaux pour l’équilibre régional  ainsi la création et le développement de plusieurs entreprises et banques publiques  notamment les fameuses   sociétés  nationales.  Et en  parallèle trois ministères  sont créés : le ministère de l’énergie et des industries chimiques et pétrochimiques, le ministère de l’industrie lourde, et  le ministère de l’industrie légère.
Historiquement, l’évolution au plan nationalisation  a été jalonnée par les étapes suivantes qu’il est utile de rappeler afin de comprendre l’étendue  et la dimension de l’effort de développement économique  et social  pour mesurer la finalité d’un combat des nationalisations des richesses nationales.
 Il  s’agit  en fait, d’un projet politique et socio-économique  qui est marqué par la nationalisation des secteurs-clé de l’économie porteur de grandes ambitions et des grandes décisions aux premières années de l’indépendance pour hisser l’Algérie au rang d’un pays développé et édifier un Etat fort et respectable dans le monde. Le peuple algérien se souvient de cette époque qui ne peut s’effacer  de sa mémoire, car  chaque algérien et algérienne qui ont vécu durant la période  des années 1960 à 1970, enrichissaient le pays avec engagement patriotique. Un thème - clé dans l’évolution et  l’histoire de l’Algérie  qui, bien évidemment, cela mérite qu’on jette un regard sur les étapes du développement national  dans un souci d’ objectivité stratégique pour une Algérie que nous percevions en devenir un pays développé dans  l’histoire du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie.
En effet, pour rappel  de cette  première expérience du développement national  qui fut celle de tous les espoirs et cela par la mise en place d’ une politique de développement national  répondant aux impératifs majeurs de l’Algérie indépendante dans sept domaines fondamentaux : priorité à une industrialisation de transformation, indépendance économique, formation et emplois, valorisation des ressources,  développement de l’agriculture, compétitivité internationale dans les technologies modernes et enfin ,économie de devises  en mettant en avant des programmes économiques et de construction afin de consolider l’indépendance politique. Ainsi furent engagés des plans de développement : triennal 1967à1969, quadriennaux 1970 à1973 / 1974 à 1977/ et quinquennal 1980 à 1985, et enfin, la valorisation des hydrocarbures dite  «  plan VALHYD » pour développer une industrie pétrolière et gazière.
On peut  également rappeler, ici,  entre autres, la réalisation de grands ensembles industriels et technologiques (production et transformation), et ce dans toutes les branches d’activités: énergie  et pétrochimie, sidérurgie, industries agroalimentaires et pèches, mines, hydraulique dont les barrages de BENHAROUN, ABADLA parmi les plus importants en Afrique. En effet, un nombre impressionnant d’entreprises économiques, commerciales et bancaires locales et nationales ont vu le jour et leur rôle s’agrandira jusqu’à ce qu’elles se comptent par milliers avec notamment la multiplication de leurs usines, de leurs agences ou unités, leur réseau de distribution et de leurs bureaux d’études à travers tout le pays. A titre d’exemple, Sonatrach  avec un effectif de 120 000 travailleurs et son organisation  couvrait toutes les activités de la pétrochimie. D’autres entreprises géantes sont nées  à l’instar de SONACOME,  SNS SIDER, SONELEC, SONELGAZ, SONATIBA, DNC, SNLB, SNMETAL, SNMC, SNIC, SONIC, SONATRAM , SONAREM, SONITEX, SAIDAL-ENAPHARM, ENMTP, CNAN, CIRTA fabrication tracteurs- moissonneuses batteuses, BCL fabrication de pièces industrielles, BATIMITAL, SNTA, OFLA,ONCIC etc. La fiscalité ordinaire assurait les dépenses de fonctionnement en totalité, tandis que la fiscalité  pétrolière est consacrée seulement aux équipements.  La part consacrée à l’équipement  industriel, était autour de 45%  du produit intérieur brut(PIB). Plus de 50% du total  équipement ont été réalisés  au moment où le pétrole valait sur les marchés mondiaux à moins de10 dollars le baril. La part de la production industrielle annuelle gravitait autour de  18 à  25 % du PIB avec un taux d’intégration de près de 30%, la part générée en croissance annuelle était de plus de10% contre actuellement respectivement 5% , 15% et 3%, une agriculture rénovée où l’Algérie arrivait à produire la totalité de ses besoins en céréales, en légumes et fruits et à même exporter l’excédent, alors qu’aujourd’hui l’Algérie figure parmi les pays gros importateurs grâce  aux devises fortes  des hydrocarbures, l’épargne nationale était en moyenne de 40% du PIB , la stabilité du taux de change DA/dollar avec un cours de change fluctuant entre 4DAet 5DA pour 1dollar. Ces performances étaient parmi des plus fortes dans le tiers monde.  Un acquis, porteur de grandes perspectives socio économiques pour l’horizon 1980(H80) pour passer de l’état de pays pétrolier à celui de pays industrialisé  où notre pays  commençait à prendre place dans le concert des pays développés  et s’imposer comme leader dans le tiers monde.
Malheureusement, tout ce projet politique et économique  fut abandonné  au milieu des années 1980, par l’introduction du fameux programme anti pénurie(PAP), pour concrétiser pleinement  le slogan «  pour une vie meilleure ».  Ce qui a  exclu toute perspective de développement industriel à l’amont et à l’aval  de l’économie des entreprises. Il y a eu  plus alarmant : la liquidation de près d’un millier d’entreprises et la tendance des nouveaux dirigeants et cadres  ne reposait pas sur l’échelle des valeurs  et du mérite, leur majorité était dépourvue d’un réel palmarès intellectuel et professionnel. Ainsi l’Algérie vient de perdre ses meilleurs cadres et artisans du développement national. Depuis lors,  « Les algériens et le prix du baril de pétrole ».
C’est là, un grand débat national sur les ressources humaines et la gestion de la rente des hydrocarbures en Algérie dont jamais un bilan n’a été établi, soit sérieusement pris en considération pour instaurer la pensée critique en Algérie, car l’homme est le meilleur investissement qui vient avant l’argent et la machine pour construire le pays et préserver l’avenir d’une nation. Sinon que vaut la valeur humaine en Algérie ?

 

M'’HAMED ABACI
Mercredi 24 Février 2016 - 18:05
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ACTUALITÉ
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