REFLEXION

CELEBRATION DU 55EME ANNIVERSAIRE DU 1ER NOVEMBRE 1954 : Pour les générations à venir et contre l’oubli (Récits et témoignages)

Déclenchement de la révolution armée

La maison Berber, construite sur une colline surplombant la plage de Kharouba Mostaganem, est une vrai forteresse dans la mesure où elle a été bâtie presque en béton armé et à partir de laquelle on peut superviser, et de n’importe quel coté, tout mouvement allant ou venant vers la plage.



CELEBRATION DU 55EME ANNIVERSAIRE DU 1ER NOVEMBRE 1954 : Pour les générations à venir et contre l’oubli (Récits et témoignages)
Son accès est très difficile du fait, qu’un seul escalier à partir de la route principal, v même alors que ses flancs de parts et d’autres sont très abrupts donc inaccessibles. Le rez- de chaussée est constituée de trois pièces et une cuisine à partir de laquelle on accède au premier étage sur un genre de vestibule avec un balcon au centre, d’où on pouvait observer la plage à l’infini et la seule route qui v mène. Au fond du vestibule une fenêtre, par où on domine à l’est le marabout Sidi Madjdoub. Ce panorama prévoyait une sécurité de la maison sans trop de difficultés, en ce sens, que la domination de toute situation belliqueuse était acquise.
A droite du vestibule, deux chambres faisant face au bout desquelles une porte d’accès donne carrément à l’extérieur sur un champ inculte, inhabité, sur plusieurs centaines de mètres. Toutes ces caractéristiques et bien d’autres. Vouent cette battisse à devenir. Tout au long révolution armée, un refuge e plus tard, un P.C de la région V historique à partir duquel, plusieurs faits d’armes furent élaborés, programmés, planifiés et mis en exécution avec et clairvoyance sans attirer l’attention des services criminels français de la répression. Sissi Benaissa Berber, propriétaire de la maison était un homme exceptionnel ; c’était un stratège, un conseillé politique et militaire un homme très discret, loyal, rompu de belles manières pour être au service de son pays en toute circonstance ne demandant et n’attendant aucune compensation aussi morale soit –elle, jouissant de l’estime de tous car la grandeur de son âme. La noblesse de son cœur, l’ouverture de son esprit à tout dialogue pouvant apporter un plus à la cause nationale, consacré ce révolutionnaire à porter très haut, de part sa compétence, son éducation et son savoir-faire, chaque fait d’arme, à sa concrétisation. Adhérent des son age à l’Etoile Nord Africaine puis au P.P.A ensuite au M.T.L.D puis au F.L.N , c’est dire que toutes ces écoles du nationalisme ont forgé sissi Benaissa en lui inculquant des valeurs et des sentiments purs. La simplicité de ses manières, son franc parlé, ne s’emportant jamais devant n’importe qu’elle situation grave ou anodine soit-elle, très discret, prévenant avenant, il déploie autour de lui une quiétude une estime et une considération désarmante. D’une situation très modeste, frisant durant sa vie la fatalité, il ne se plaignait jamais du fait qu’il arborait magnifiquement son sourire séduisant loyal, pur et franc, toujours utile aux autres sans prétendre à une quelconque récompense. Emprisonné à maintes reprises par le colonialisme, avant la révolution, pour ses idées et ses services nationalistes, le revoilà réapparaître encore plus tenace, plus endurci au déclenchement de la révolution dont il fut un des précurseurs lrs de la réunion, en octobre 1952 en compagnie de Sid’Ahmed Bouda, Boudiaf, Khider, Ait Ahmed et ce dans la maison Benagaouche au quartier de Tidjdit, rue Lalla Khadouma à Mostaganem. Il a toujours donné refuge aux militants persécutés par le colonialisme, tels que les frère Ouadah Benaouda et Ahmed Zabana, interdits de séjours dans leurs villes respectives. Avant d’acquérir la maison à la plage de Kharuba, il a vadrouillé un peu partout dans le quartier populeux de Tidjdit avec ses six enfants, quatre filles et deux garçons. c’est dans l’une de ces maisons louées, que mes parents ont cohabités avec sa famille. Cette maison, jouxtant le cimetière de Tidjdit était le gîte de nos deux familles d’autant plus que des affinités politiques nationalistes étaient réunies entre Sissi Benaissa et mon père Ali, un nationaliste de la première heure et ce après que nous eûmes déménagés de la maison Bendani à Souika Tahtania, prés de la boulangerie Quadah, où je suis né. Une solidarité sincére, pure et sans faille, unissait toutes les familles de Tidjditt, au point qu’elle soit devenue un devoir sacré que chacun devait remplir et ce, dans une compétition de compassion d’amour et de fidélité car les liens affectifs étaient tellement nobles et naturels qu’une ambiance chaleureuse prompte et merveilleusement entretenue régissait cette société, les deux familles, Berber et Nait gardant leur fraternité indélébile décidèrent de se séparer vu l’exiguïté de la maison et le nombre croissant d’enfants. C’est ainsi que mes parents déménagèrent à la cité foncière en louant une maison appartenant à Khelifa Hadi Ahmed ; mais les liens fraternelles entre les deux familles restèrent intactes car scellés à jamais par le sacrément de la solidarité instaurée par cette société suivant le concept religieux incrusté à jamais dans les mœurs… c’est à mon sens, cette relation traditionnelle de notre société qui sera d’un grand apport aussi bien moral que politique pour la poursuite de la glorieuse révolution qui a aboutie, grâce à Dieu à notre indépendance, il me semble évident de mettre en exergue certaines pratiques combien honorables et hautement humanistes qui régissaient la vie quotidienne de chaque famille. La cohabitation des familles dans un respect mutuel des traditions musulmanes ancestrales, ne souffrant d’aucune ambiguïté, il devenait tout à fait normal que l’une ou l’autre des familles élève l’un ou l’autre garçon ou fille, sans tenir compte des liens biologiques quant à leur appartenance et subvenir aux besoins de chaque membre. C’est ainsi, qu’en l’absence de parents, leurs enfants sont prisse en charge par l’une des familles composant cette merveilleuse société. Et, à ma connaissance, mon frère, moi-même et mes sœurs ont du être allaités par la famille Berber et vice versa en ce qui concerne leurs enfants par la famille Naît. Ces pratiques et bien d’autres, oh ! Combien sublimes, ne se sont jamais taries durant des années, voire des décennies ; elles sont restées intactes malgré les affres de la vie, malgré les plans machiavéliques des colonisateurs tendant à les briser afin d’assouvir leurs multiples génocides en toute impunité et surtout à huit clos ! c’est dans ces traditions ancestrales que nous avons été élevés. Façonnés et au fur et à mesure que nous nous épanouissions d’un nationalisme grandissant avec notre age jusqu’à notre maturité prêts à reprendre le flambeau du patriotisme que nous ont légué nos pères et grands pères issus du quartier populeux de Tidjdit qui fut baptisé durant la révolution El Kahera- Le Caire. En reconnaissance à l’Egypte qui nous fournissait ses aides aussi bien politiques que matérielles ou logistiques. Un fait marquant de la maturité politique de notre peuple en général et de notre jeunesse en particulier, cette jeunesse de cette ère, qui s’est vouée corps et âme au combat contre le colonialisme lui assénant à bouts de champs, des échecs sanglants et cinglants et à celles ou ceux qui prônaient à tue-tête, l’Algérie Française éternelle. En effet, durant la grève des huit jours (janvier 1957) décrétée par l’union des commerçants et artisans Algériens, tous les commerces baissèrent rideaux, entraînant toutes les villes d’Algérie, en un élan spontané, dans le sillage de la revendication politique. A savoir : tout le peuple algérien derrière le FLN-ALN. Après de jours de grève, l’Armée Française envahi Tidjdit avec des bulldozers, des camions et entrepris de défoncer les rideaux des magasins fermés. Pour inciter leurs propriétaires à reprendre leur commerce : ensuite, ils jetèrent toutes les marchandises à même les rues. Pendant que les sanguinaires poursuivaient leur sale besogne, les enfants spontanément, ramassaient chaque marchandise et la remettaient devant vitrine éventrée. Aucun enfant ne s’est hasardé à prendre un seul bonbon, un seul fruit et dieu sait si la tentation était très forte pour en goûter ; c’était miraculeusement inouï de la part de ces anges qui viennent, par ces gestes combien honorables et dignes, de donner une leçon de civisme, de morale enfin de patriotisme. Par conséquent, il n’y avait aucune distinction entre ceux qui ont décrété la grève, ceux qui l’ont concrétisée et ces auges persuadés de la bonne cause, car leurs mains chétives et innocentes étaient bien supérieures à leurs bulldozers destructifs. Cette grève était un revers cinglant pour le colonialisme tant elle a été un succès indéniable aussi bien politique que militaire, en ce sens, qu’elle a apporté un baume à nos vaillants combattants qui se sont assurés d’une aide morale incontestable pour la poursuite de la lutte armée. Faisant fi de cette implacable démonstration de notre peuple, l’administration coloniale entrepris d’installer des hauts parleurs sur toutes les places et artères de Tidjdit diffusant quotidiennement son venin propagandiste à longueur de journée paraphrasé par des appels de collaborateurs parlant arabe et entrecoupé de chants militaires à la gloire de la France colonisatrice. Avant déménagé à la cité foncière, en la maison de Hadj Ahmed Khelifa, mes deux oncles maternels Saïd et Ahmed dont, le surnom familial était, Belascar. Ainsi que ma grand mère maternelle, vinrent habiter avec nous, mes deux oncles Saïd et Ahmed étaient fichés aux services de sécurité français, comme des nationalistes chevronnés. En c’est ainsi qu’à chaque fait d’arme de nos vaillants moudjahiddines, notre maison était envahie par ces services qui ramassaient soit Saïd soit Ahmed, soit mon père, du fait qu’ils étaient constamment surveillés, ces intrusions de la part des inspecteurs de police étaient tellement fréquentes qu’au lieu d’ébranler notre foi patriotique, ne faisaient, en fait, que raviver la flamme de notre patriotisme. Il m’arrivait souvent de me chamailler avec les enfants de mon age qui regagnaient leur foyer en pleurs en vociférant des menaces et me traitant d’enfant de nationalistes (Wald El Watane m’a frappé) l’affiche nous était belle et bien collée. Mais au fait, qu’elle belle injure nous était colée !!! C’est dans cette atmosphère houleuse que je grandis entouré de parents nobles, intègres, honnêtes tandis que je me suis familiarisé avec les pratiques despotes des colonisateurs au point d’être insensible à leur sarcasme, à leur haine à leurs tortures psychiques. Politiquement, il me semblait que j’étais rassasié ; il fallait compléter cette formation psychique par une autre physique. C’est ainsi que j’adhérais aux scouts Musulmans Algériens où rapidement j’acquiers les rudiments para militaires enseignés dans ce mouvement nationaliste qui formait des jeunes tout à fait aguerris et exaltés. Ce mouvement qui a enfanté tant de scouts martyrs tels que les trois frères Becheikh, Allel. Kadi, Bensabeur, sauvagement assassinés pour leur opinion anti-coloniale, ainsi que mes frères de la troupe scoute Omar Elhak Benzaza Habib et Bouazza Abdelkader et bien d’autres pour ne citer que les premiers. Ce mouvement était pour moi une aubaine pour parachever mon éducation patriotique et mon instruction para militaire qui a été , pour moi, d’un apport durant ma vie et surtout à la veille de ma participation à la lutte armée que mène mon peuple depuis déjà plus de trois ans. Entre temps, des policiers firent irruption spontanément dans notre maison et embarquèrent mon oncle Ahmed ; il fut retenu au commissariat de Tidjdit durant deux jours ; le lendemain au soir, il demanda au gardien policier de pouvoir faire ses besoins, c’est alors, qu’en lui ouvrant la cellule, il lui donna un coup de tête qui l’assomma et s’enfuit du commissariat.


Quelque temps après, plusieurs policiers se présentèrent chez nous à sa recherche et mirent notre maison à sac en saccageant tout sur leur passage. Après leur départ, j’entrepris des recherches seul et clandestinement. Mes recherches commencèrent dans les vergers attenants au quartier de la cité foncière jusque prés de la crique
El-matarba. Sur insistance de ma mère, il fallait le trouver pour l’alimenter, je redoublais d’efforts en sillonnant en profondeur ces vergers jusqu’au tunnel dit Chanio où je le trouvais tapis dans le noir. A ma connaissance, ce tunnel était un passage de wagons de train acheminant des blocs de pierres vers l’usine de concassage mitoyenne au port. Mais abandonné depuis belles lurettes. Avec mille précautions et chaque nuit durant plusieurs jours je luis ramenais dans sa cache, tout ce dont il avait besoin, au grand plaisir de ma mère qui était quelque peu soulagée. A mon sens, mon oncle Ahmed essayait de gagner du temps pour trouver un quelconque contact avec l’organisation FLN des Fidaïyines pour s’éclipser furtivement et définitivement finalement il fut encore une fois arrêté. Il fut transféré rapidement aux camps de concentration de Sidi Ali. Ce camps était en fait, un centre d’épuration technique, un vrai abattoir, car personne n’en est sorti vivant. Il alla grossir les rangs d’éminents personnages hautement appréciés de par leur dévouement à la cause nationale, tels que Cheikh Abassa Mohamed, Berrais Abderahmane. Chomri Benaouda et bien d’autres assassinés sauvagement et jetés dans un fosse commune introuvable à nos jours. Ces évènements augmentèrent en moi, les souffrances d’une tragédie amplifiée par les émotions de mes parents désarmés, devant tant de haine, d’animalité, d’absurdités, engendrées par un colonialisme dont les racines, tôt ou tard s’estomperont. J’étais pétrifié, stupéfié, alors que gravitent autour de moi d’innombrables successions de questionnements d’injustice, de non sens, comme si j’étais redevable de pensées belliqueuses vis-à-vis de ces sanguinaires impitoyables et sans cœur. Car tous ces sarcasmes coloniaux n’étaient que le prélude d’une longue série de jougs, d’atrocité et de pratiques abominables et horribles qui se dessinaient à l’horizon de cette nuit coloniale. Pour aider mon père, marchand de légumes, à subvenir à nos besoins, je décidais de trouver un métier puisque le chômage était partout. Je m’inscrivis au CFPA pour suivre un stage de maçonnerie, métier réservé exclusivement aux arabes. Parallèlement, je fréquentais une école privée de dactylographie car étant de corpulence chétive, je savais pertinemment que le métier de maçonnerie était assez rude pour moi et ce dans le souci de me rendre utile à ma famille et par là même élever leur niveau de vie qui frôlait par moment le pitoyable. Des la sortie du CFPA, je me débarbouillais, me recoiffais et me dirigeais à l’école de dactylographie où mille PUJOL, une dame d’un certain âge, paralysée, nus dispensait les cours en se déplaçant sur une chaise roulante. Un jour en entrant en classe, je fus reçu, par les jeunes filles, par des éclats de rires cyniques à mon adresse : une des jeunes filles, posa la question à sa voisine, à haute voix « dis-moi, que voudras-tu devenir plus tard, maçon ou dactylographe » ? …Et toute la classe se donna à cœur joie avec une hilarité aussi cruelle qu’une flagellation. Je compris tout de suite que j’étais le seul arabe à suivre ces cours j’étais sidéré. Attristé par tant de haine emprunte d’un racisme fasciste et néonazisme. Malgré ces sautes d’humeur incompréhensibles de la part de ces apprentis, loin de me décourager, je redoublais de ténacité et d’assiduité pour décrocher le fameux diplôme. L’examen final consistait à rédiger un texte aussi rapidement que possible suivi de phrases répétées. Après avoir pris connaissance de mes résultats, j’eu j’idée de les comparer avec ceux d’une pied noire et je compris que j’étais plus fort qu’elle mais qu’un arabe ne peut avoir le privilège de surpasser un colonisateur quel que soit son rang. Néanmoins, j’étais satisfait d’avoir obtenu ce diplôme d’une discipline qui était en ces temps, en vogue et qui pouvait m’ouvrir la voie d’un futur emploi que je convoitais farouchement pour enfin aider à améliorer la situation de ma famille. Mais, je n’avais jamais pensé que ce stage et ce diplôme allait servir la cause nationale. Des l’obtention de ce diplôme, je multipliais les demandes d’emploi à bout de champs. Avant gardé une amitié avec tous les commerçants et voisins aux alentours du CFPA où je me rendis très souvent. Monsieur Tazgait qui était ancien capitaine de l’armée française, en retraite, me recommanda auprès de Mr. Pauly , un ancien commandant, à la retraite. Le Cdt Pauly, gérant une distillerie à Mostaganem, route de mon plaisir (actuellement SEMPAC) était un gaulliste chevronné. Très respectueux de l’être humain en général. Il avait comme fondé de pouvoirs, un certain SANCHEZ Vincent, un ultra très sournois… je fut recruté en tant qu’agent à tout faire, tantôt dactylographie tantôt laborantin, tantôt agent de course. Cette distillerie était composée de caves remplies à longueur d’année de vins, alcools et spiritueux j’avais la charge aussi de jauger quotidiennement ces caves et faire des analyses que je mentionnais sur un registre. Vu que l’étais assidu, ne refusant aucun travail même afférent aux ouvriers, j’eu la confiance et l’estime de tous le staff composant cette société. J’ai pu m’acheter un vélo pour me déplacer de la cité foncière à la distillerie et l’utilisais aussi pour les courses. Plus tard. J’achetais une moto à crédit, une 100 CC. Avec laquelle. J’eu plusieurs accidents mais elle m’était très utile comme nous verrons plus loin. Chaque été, je me rendais à la plage Kharouba plus exactement à la maison Berber où je suis reçu, comme toujours, en tant qu’enfant de la famille. Sissi Benaissa chargea son fils Bouziane, de restaurer la maison qui en avait grand besoin, vu la proximité de la mer qui entama des fissures un peu partout. Avant des connaissances en maçonnerie, j’y apportais mon aide heures de repos. Il m’arrivait de passer la nuit avec Bouziane qui jouait avec dextérité de la guitare car il avait un ouie musicale extraordinaire et un don de mélomane inouï. Il nous arrivait de veiller très tard, ne nous soucions de personne ni même du temps qui passait. Un soir, on n’entendait frapper à la porte d’entrée au 1er étage. C’était la première fis que le tombais nez à nez avec des Moudjahiddines, je fus présenté par Sissi Benaissa Bouziane et sa mère. Cherifa, appelée communément, H’biba comme étant un enfant de la famille. Plus tard, je saurais que j’étais en compagnie de Si Mohamed Biez, Amar Mohamed, dit Chaâmbi, chef de la région III wilaya V, son adjoint Si El Ghali, de son vrai nom Mokhtari Ghali un copain de quartier avant rejoint le maquis deux ans plus tôt ( voir annexe N° 1). Me voila enrôlé au sein de l’ALN-FLN, une convoitise que j’ai longtemps espérée, souhaitée et enfin concrétisée, me disais-je, grâce à Dieu, il y a des moments, dans la vie de l’individu, si sublimes que le temps se fige pour sacraliser des périodes qui procurent, au fond de l’âme une sérénité et une quiétude tellement vivace et fantastique que l’esprit s’improvise une foi inébranlable entraînant tout le corps à vivre mille et une passions sans se soucier des émotions, des choses ou des évènements à venir ou à subir. En conséquence, l’amour de la partie doit être divinisé en un sacrifice au dessus de toute considération inappropriée aux idéaux de liberté qu’un peuple dans son soulèvement de se l’approprier, se consacre, défiant, dans son épopée, toutes les forces aussi sataniques soient-elles ! Forts de cet environnement sacré qui nous enveloppait, nous pouvions défier n’importe qu’elle puissance aussi diversifiée soit-elle, en la combattant avec foi et abnégation. Cette aisance psychologique qui m’imprégnait, m’était tellement favorable que tous les faits d’armes, les actions inédites. Ont été couronnés de réussite et de succès grandissants au fil des années. Chaque attentat était minutieusement réfléchi, criblé, épluché et où toutes les précautions étaient prises en charge, du fait que Si Mohamed Biez ne voulait jamais sacrifier un compatriote, au cours d’un fait d’arme. A la présentation de chaque fait d’arme que nous étudions, il voulait toujours savoir qu’elle sera la réaction des services de l’administration coloniale vis-à-vis de notre population, tant il redoutait leur oppression et leur tyrannie. Il nous lançait toujours ce slogan bien de chez nous en parlant du colonialisme « que pleure sa mère et non la mienne ». Nous y reviendrons sur les actions et les faits d’arme sous son autorité puisque quelque temps après il fut appelé en haut lieu et c’est Ghali dit Namoussi qui prie la direction du secteur. Si El Ghali avait une corpulence normale ; sa démarche singulière dégageait un respect et sa physionomie impressionnante respirait à la fois la quiétude, l’ingéniosité et surtout un calme à désarçonner le plus fougueux d’entre nous. Son esprit d’initiative n’avait d’égal que sa clairvoyance, sa cohésion dans la prise de décision qui parfois spontanée nous laissait narquois devant tant de précision alliant le politique, le social et le militaire. Enfant de Mostaganem, de Tidjditt, il savait pertinemment tout ce qui s’y tramait au sein et en dehors de la population composant son secteur, armé de ces connaissances combien cruciales pour un responsable, il entrepris de nettoyer Mostaganem, de collaborateurs et de policiers qui V pullulaient freinant par là même toute tentative de s’incruster pour attirer la population entière derrière et au sein de l’ALN-FLN. L’année 1958 était alors à la fois cruciale, propice et décisive. Cruciale, car la venue au pouvoir de De Gaule ne présageait rien de rassurant et pourra changer le cours des évènements avec une brutalité jamais égalée d’autant que leur IV eme république est tombée en désuétude, occasion pour les ultras de s’organiser pour exiger plus d’acharnement à leur devise : Algérie française. Propice, par l’ouverture d’un débat à l’O.N.U sur l’Algérie à la suite de la proclamation du Gouvernement provisoire de la république Algérienne. Décisive, puisque ces nouvelles données pouvant changer le cours des évènements en faveur de notre révolution. Pour toutes ces raisons, il fallait taper fort pour rallier tout le peuple à la cause nationale. Si Ghali analysait toutes ces données et élaborait sa propre stratégie Oh ! Combien fructueux. Autant les attentats s’amplifiaient autant l’acharnement du colonialisme redoublait de férocité car les résultats escomptés par la junte de De Gaule étaient loin de la satisfaire et ce, malgré l’appel des braves ; un slogan inventé par le nouveau chef au pouvoir, à l’intention des Moudjahiddines alors que le peuple s’est déjà réveillé en rejoignant les rangs, du F.L.N de l’A.L.N ou soutenant carrément la révolution. Si Ghali comme Si Mohamed Biez ne voulait pas trop de risques. Pour se faire, il ordonna que chaque attentat soit exécuté par au moins deux Fidaiyines ; l’un s’occupait de l’exécution, l’autre de la couverture. Je n’étais pas favorable à cette pratique considérant qu’il y aurait perte de deux êtres au cas où la mission pourrait « avorter ».

Je ne sais pas si c’était une exception ou un excès de confiance, mais j’ai toujours voulu agir seul. Favorisant ma seule conviction, la liberté d’agir quand et où il me semblait opportun. Pour se faire, j’empruntais à chaque fois une des djellabas de mon père qui en portait constamment. Au cours d’une des missions et avant réussi quant à son exécution, il m’avait semblé d’avoir été reconnu par des badauds. A une ruelle déserte je m’en débarrassais dans une poubelle. Quelque temps après, mon père demanda à ma mère sa djellaba ; cherchant partout ma mère vociféra en lui disant qu’il a du l’égarer quelques parts d’autant qu’il avait l’habitude de perdre. Egarer ou oublier pas mal de choses. La discussion s’arrêta nette entre eux ; par contre, en ce qui me concerne, j’étais soulagé ! en outre, je ne fournissais jamais de détails sur la façon ou la manière ni même le lieu ou l’heure dont a été accomplie ma mission ; ce qui faisait dire à tous mes compagnons d’arme « voilà la caisse fermée » … a traduire en arabe ! Après la proclamation du Gouvernement provisoire de la république Algérienne, il y eu un travail colossale de nos responsables consistant à s’adresser directement à la société algérienne par le procédé de déclarations, d’écris dans la presse internationale, de tracts, enfin un programme d’approches et de sensibilité à même d’apporter un plus à la vulgarisation de notre révolution. C’est ainsi que nous reçûmes du Hau Commandement des polycopies de tracts à l’intention de toutes les couches sociales, politiques et militaires implantés dans notre pays ; soit à l’intention des algériens servant dans l’Armée française, sit aux pieds noirs, soit aux juifs d’Algérie. Sachant que j’étais diplôme en dactylographie, Si Ghali me procura une machine à écrire, et j’entrepris de taper ces tracts durant des nuits chez moi en préconisant que c’était le travail de la distillerie où j’étais employé ; tandis que les jours de repos je faisais ce travail, de jour au merkez de Kharouba, je ne dormais presque pas, du fait qu’il fallait faire vite et en grande quantité alors que nos réseaux « urbains » se chargeaient de dispatcher. Nous venons de créer une administration parallèle à celle du colonialisme car les tracts, les lettres de menaces, les lettres de demandes de fonds et autres comportaient l’entête, à gauche front de libération nationale, à droite armée de libération nationale. Et en bas du texte un cachet tamponné au vert ( FLN) un autre en rouge ( ALN). Chaque situation qui se présentait à nous, était décortiquée, planifiée et solutionnée. C’est ainsi qu’il m’arrivait de me trimbaler constamment avec ma machine à écrire à n’importe quel moment de chez moi à notre merkez et vice versa ; il fallait sécuriser ce trajet alors qu’il existait un poste de surveillance de l’Armée juste derrière l’école ( actuellement Kara Mostefa). Sur mon insistance, Si Ghali nous ordre d’attaquer ce poste d’autant qu’il jouxtait aussi la Zaouia Alaouia qui était dirigée par le vénéré Cheikh Mehdi Bentounes qui protégeait nos Fidaiyines en leur assurant refuge et ses aides très précieuses, en tous genres et dans tous domaines. D’ailleurs. Avant de rejoindre le maquis. Si Ghali était un adepte de la Zaouia où il a acquit des connaissances religieuses en compagnes de Cheikh El Mehdi. C’est dire qu’il avait à cœur de sécuriser aussi ce sanctuaire sacré et combien bénéfique pour la cause nationale. A cette action, menée à coup de mitraillettes, s’étaient joint, Bouziane Berber, Ali et Mostéfa. Il v eu deux blessés parmi les militaires ; mais ce qui était important pour nous, ce n’était pas le bilan mais de marquer notre présence et de les éliminer de notre quartier. Le résultat escompté était très bénéfique puisque quelques jours après ce poste fut abandonné. Manquant énormément de sommeil, il m’arrivait de dormir, à l’intérieur de la distillerie entre les caves sans être vu par mes patrons, non sans avoir donné l’impression auparavant d’avoir terminé mon travail. C’est au cours de ce laps de temps de répit, que j’interceptais une discussion tout à fait saugrenue et suffocante en même temps, entre le fondé de pouvoir Sanchez Vincent, Mignard (chauffeur de camion) et trois clients « pieds noirs » qui n’ont jamais caché leurs sentiments anti-arabe. Cette discussion portait sur une future création d’une association devant être appelée front Français d’Algérie et qui aurait pour mission d’entreprendre diverses actions à même d’imposer à leur Gouvernement une résidence farouche à un quelconque abandon de l’Algérie.
Des rendez-vous ou plutôt des rassemblements seront organisés avec les pieds noirs en plein centre ville tous les jours à partir de 18h100. J’étais ébahi dans la mesure où je considérais que c’était une machination contre notre population. Ces révélations eurent sur moi l’effet d’un coup de poignard. Au fur et à mesure de leur conversation je compris leur acharnement embrasant le feu de leur passion attisée par une haine indescriptible et sans limite. Il fallait briser cette initiative machiavélique consistant à se regrouper dans un semblant de manifestation de colère, de mécontentement car mille questions me taraudaient l’esprit, car je considérais que la situation était grave et inattendue de la part de ces pieds noirs qui déjà, sentaient leur espoir s’amenuiser dans notre pays et s’écrouler lentement mais avec acuité. Le lendemain, je fis part, à Si Ghali, de cette machiavélique conversation en soulignant la gravite et la teneur infernale de la situation d’autant plus que les services de sécurité aidés de l’Armée multipliaient les contrôles, les rafles et les persécutions. Il fallait briser cette dynamique malsaine et nauséabonde par une action spectaculaire afin de les acculer dans un retranchement psychique et morale. Au cours de cette réunion, Ali, Mostéfa, Abdelkader et Taki étaient présents ; ils formaient l’entourage immédiat de Si Ghali. Au bout d’un certain temps, Si Ghali me demanda mon avis puisque j’étais l’auteur de ces renseignements et connaissant parfaitement l’environnement qui prévalait à Mostaganem.

J’avais plusieurs plans en tête :
1°/-Puisque les pieds noirs se rencontrent tous les jours sous les arcades de Mostaganem, envisager deux voitures qui passant dans les deux sens et mitrailler dans les tas : cette stratégie fut écartée du fait qu’elle comporte des risques pour nos compatriotes se trouvant à proximité et de l’autre la faible possibilité de s’éclipser.
2°/-En compagnie de Ali, Mostéfa, Taki, des gars aguerris avant fait preuve d’une bravoure inégalable et d’un sens de responsabilité très cohérent, envisager une attaque à la grenade : mais notre survie n’était pas garantie du fait de l’encadrement du centre de ville par les policiers et du passage ininterrompu des jeeps de la police militaire. Devant l’ampleur de la situation et étant tous convaincus de la portée d’une action dont les effets auront un impact considérable, en ce sens, qu’elle produira un catalyseur certain au sein de notre population et asseoir, à tout jamais la suprématie de notre lutte sur le colonialisme, nous optâmes pour une tombe qui sera placée sur le parcourt des arcades où les pieds noirs s’amassaient quotidiennement pour manigancer et ourdir des atrocités inimaginables à l’encontre de notre population. Il fallait attendre la venue de Nasredine, de son vrai nom Hamraoui Djilali, un artificier chevronné, expérimenté avant démonté ses capacités chimiques dans plusieurs situations rocambolesques dans tout le territoire de la wilaya V. si Ghali insistait sur le cachet Hyper confidentiel de l’opération. Néanmoins, je sollicitais la présence de Bouziane Berber fils de Sissi Benaissa, qui nous serait utile pour suivre le déroulement du rassemblement des pieds noirs d’un coté, et nous renseigner sur tout mouvement des services de sécurité, Bouziane acquises durant son incorporation au mouvement scout par conséquent, chaque mission audacieuse requiert une concentration d’esprit, de conviction et de manœuvre emprunte d’une confidentialité hermétiquement sans faille, aussi bien dans sa préparation, sa mise à exécution et enfin sa concrétisation pour une réussite parfaite. Dés l’arrivée de Nasredine, nous établîmes la liste des matériaux et matériel entrant dans la fabrication de la bombe : il nous fallait une pile et du fils électrique que j’achetais chez Benbernou Ghali, commençant en électroménagers à Tidjdit, il nous fallait aussi, des billes, des boulons, des coupures de fers que je ramassais chez un brocanteur fripier surnommé d’ailleurs Kaddour Chramatt qui était installé plus bas que le commissariat de police longeant le mur d’enceinte du cimetière. (Voir annexe N°4). Nasredine fit le tour des chambres de notre Merkez et dénicha une marmite en fonte très lourde avec son couvercle et un réveil de marque Jazz que H’biba mère de Bouziane nous remis sans en connaître leur éventuelle utilisation.
Nasredine avait ramené avec lui, du plastique et de la poudre.
Par mesure de précaution, de décence et de prévoyance, je passerais outre la technique de la fabrication de la bombe de crainte de quelques malveillances. Parallèlement à cette préparation, et à l’aide de ma moto, je traçais l’itinéraire de l’acheminement de la bombe ainsi que son emplacement. Après plusieurs tentatives, je traçais le trajet et l’emplacement que je soumettais à Si Ghali qui approuva le plan, d’autant que natif de la ville de Mostaganem, il le trouva très astucieux et sans grand risque. L’itinéraire était, en fait, tout a fait fiable puisque j’avais essayé de contourner tous les commissaires ainsi que les points susceptibles de contrôle des services de sécurité : Puis, je chronométrais la durée du trajet de la place de Kharouba, jusqu’à l’endroit où la bombe devrait être placée. (Voir annexe n°6).
L’itinéraire et le lieu :
De Kharouba plage (Merkez) jusqu’à Diar El Hana en passant par la touche qui mène à l’école des filles (Kara) jusqu’à Souika (place de Tigditt) on bifurque par la zaouia Sidi Kaddour pour arriver à Souika Tahtania, Hamam El Ghar, le petit pont, on tourne pour passer devant l’école des Tapis (Ourida Madad) passant par Derb pour aller vers la route longeant l’hôpital (CHE GUEVARA) les trois ponts, puis la route du marché couvert pour sortir sur l’avenue du 1er novembre et l’emplacement désigné qui était prés de la pâtisserie « le sauvage » entre les arcades où tous les pieds noirs chaque après-midi tenaient une sorte de sit-in (Voir annexe n° 2).
Je me suis mis d’accord avec Si Ghali pour déposer moi-même la bombe sur ma propre moto à condition de rejoindre aussitôt le maquis. Quel fut mon étonnement de me voir signifier par Si Ghali appuyé des autres frères cités ci-dessus que je suis si l’on peut dire « éliminé ». J’étais très déçu du fait que c’était mon projet et que c’était à moi de le concrétiser. Me voyant frustré, le soir il me fit savoir que les raisons de son refus se résumaient dans le fait qu’il était plus judicieux que je sois écarté car j’avais énormément de travail et que j’étais plus utile au sein du commandement de la région où je rendais de multiples services à la cause. Toute la nuit, il essaya de me convaincre sur le bien fondé de sa décision. Devant ma crainte de voir mon projet mis sous veilleuse, il me dit qu’il a quelqu’un pour mener à bien cette mission qui reste toujours valable puisque tout était prêt pour sa concrétisation. Ce quelqu’un, c’était Miloud Belouseukh, un peintre que Sissi Benaissa employait dans la maison et que par mégarde peut être a vu la présence des moudjahidine au Merkez.

On le fait appeler pour le mettre au courant du projet et qu’elle fut notre surprise en le voyant enchanté et ravi d’accomplir cette mission ; j’étais quelque peu rassuré de voir mon projet enfin accepté, j’estime que Si Ghali m’a convaincu en estimant que j’étais plus utile dans mon rôle, toujours est il que j’ai donné mon accord à si El Ghali qui pour me soulager me laissa le plaisir de mener cette mission sous ma responsabilité. (Voir annexe n° 6). Miloud grâce à Dieu avait une vielle moto bécane, ce qui à mon sens ne changera rien ni à l’itinéraire ni au temps imparti. Je choisis alors un dimanche après midi à dix huit heures trente ; moment où tous les pieds noirs s’engouffrent dans les arcades, car durant cette heure aucun arabe ne s’attarde au centre ville de crainte de représailles des services de sécurité français. (Voir annexe n°3).
Le jour J, arriva enfin !! (Voir annexe n°6).
Avec Nasredine nous plaçâmes sur la moto de Miloud le couffin renfermant la bombe couverte d’herbe et descendirent la moto sur la route, le temps imparti pour le trajet était de une heure. Il était dix sept heures environ. Sur la route avec Miloud Nasredine étant à la maison, nous essayâmes de faire démarrer la moto. La moto ne démarre pas, Miloud nettoya la bougie et la replaça. Rien n’y fait. Nous poussâmes sur la route pour la faire démarrer. En vain. Nous répétons cette manœuvre plusieurs fois. En vain. Miloud démonta le carburateur, le nettoya, le replaça donna des coups de pédale. La moto ne démarre pas, le temps passe, nous poussâmes la moto pour la faire démarrer. Rien n’y fait. Le temps passe. Nous nous étions éloignés de la plage sur la route menant en ville. Il fallait revenir vers le Merkez, ce nous faisons, déjà 45 minutes s’étaient écoulées…je courrais appeler Nasredine qui me suggéra de revenir au Merkez pour désamarrer la bombe ou bien changer l’heure. Il fallait faire escalader la moto par la falaise jusqu’en haut de la maison sur le terrain vague. Nous peinions atrocement car la moto, une vieille bécane était tellement lourde alors qu’il ne restait pas assez de temps. Nasredine décida de la désemparer telle quelle, mais nous n’étions pas à l’abri des passants. Il fallait faire vite. Le temps presse. De peur que la bombe nous déchiquette, Nasredine, le front en sueurs, et nous aussi d’ailleurs, arriva à détacher les fils à temps. Nous étions sauvés pour le moment en haut, derrière la maison, à l’abri des regards, nous mettons la bombe désamorcée dans une caisse en bois que nous enfouillions dans le sol que nous couvrons de terre. L’opération doit être reporté à la semaine prochaine, Si El Ghali lui-même était présent avec tous les frères cités plus haut superviser lui-même l’opération. Il eu l’idée géniale de demander au jeune Bachir fils de Sissi Benaissa, d’utiliser son vélo, nous replaçâmes la bombe dans un couffin enrobé d’herbe sure le petit porte bagage du vélo. J’avais préconisé d’ajouter une demi heure de délai pour le trajet, parce que une heure était consacré si on avait utilisé la moto. Miloud était satisfait pour une heure et demie de trajet qu’il trouva satisfaisante. Nous conseillâmes à Miloud de ne pas passer la nuit chez lui au cas où il sera reconnu par un collaborateur ou un policier. Mais les péripéties que rencontra Miloud durant le trajet, qu’il avait d’ailleurs suivi scrupuleusement et à la lettre, dépassèrent toute imagination ; nous nous étions séparés en cours de route car j’avais à taper beaucoup de correspondance ce soir là, pour qu’elle soit remise à Si El Ghali le lendemain au soir. Jusqu’à Souika de Tigditt, tout allait pour Miloud ; à bord de son vélo. Arrivé à la place, il fut accosté par ses copains qui le retinrent avec des discussions futiles, perdant beaucoup de temps. En passant par Souika Tehtaniya, son petit frère l’arrêta pour lui dire que sa mère le cherche partout car elle a besoin de lui en urgence…encore une perte de temps. Arrivé à hauteur du Derb, plus haut que l’école du tapis (Ourida Medad), il constata que la roue arrière du vélo était crevée. Pour ne pas attirer l’attention des passants, il fallait descendre du vélo et le trainer jusqu’au centre ville à l’avenue du 1er novembre. Malheureusement, à l’endroit où il devait garer le vélo, c'est-à-dire prés de la pâtisserie « le sauvage », un fourgon de la police était garé. Il fit deux fois le tour de la place du 1er novembre pour voir enfin le fourgon démarrer, il couru pour déposer le vélo bombe et s’enfuie rapidement sans être vu. Il n’avait pas fait 20 au 30 mètres, c'est-à-dire, à hauteur d’un ancien bar sous les arcades, que la bombe éclatât. (Voir annexe n°3). Il était soulagé ! dit-il. Le lendemain matin, je me rendis normalement à mon travail et trouvais mes patrons atterrés, le visage blême et leur silence en disait long sur le désarroi qui s’est emparé d’eux, signe que l’opération a porté ses fruits, puisque je saurais que le bilan était très lourd. (Voir annexe n°5). Le lendemain, mon patron M. Pauly, le gaulliste, ancien commandant en retraite de l’armée française me demanda ce que pense la population de Tigditt de l’attentat ; ce à quoi je répondais spontanément que tout le monde pense que c’est les services de sécurité français qui avaient posé la bombe pour disperser les pieds noirs qui envisageaient de manifester en ville pour l’Algérie française. (Voir annexe n°5). Une façon pour moi, de nover le poisson dans l’eau, étant persuadé que cette fausse information fera son chemin par son intermédiaire au sein de l’armée française et des services de sécurité.
De notre coté, nous nous sommes retrouvés au Merkez, pour recevoir les félicitations d’autant que si Mohamed Rachid responsable de la wilaya5. Est venu lui-même pour nous féliciter. Au bout d’un certain temps, je m’isolais avec lui et me conseilla d’être très vigilant et de poursuivre l’impression des tracts en grande quantité pour parachever cette audacieuse opération cette fois-ci psychologiquement. Du coté des colonisateurs, une grande psychose s’était installée durant des mois, d’autant qu’il n’y avait aucun indice quant à la façon dont à été fabriquée la bombe puis acheminée au cœurs de leurs concitoyens. Ils ne savaient si elle a été allumée à partir d’une mèche, ni par quel système a été conçu sa mise à feu. (Voir annexe N° 5). Ils étaient perplexes, désemparés avouant presque leur échec devant tant de mystères, tant d’énigmes. Pour une fois, ils ne maîtrisaient rien de la nouvelle situation dont les données ont paradoxalement changées pour eux. Tous les journaux en parlaient durant plusieurs jours annonçant des bilans contradictoires ce qui rehaussait la fierté de notre population. De notre coté, nous nous sentions tellement revigorés que déjà nous envisagions d’autres actes encore plus spectaculaires que j’essaierais de narrer, si Dieu me prêtera vie encore. Occupés à mener leur enquête qui n’aboutit nullement les services de sécurité se replièrent sur eux même pour quelques semaines « laissant » notre population dans la quiétude, alors que tous les pieds noirs désemparent, encore sous le choc épièrent tous les mouvements de chaque arabe venant à les côtoyer, et ce, avec mépris, dédain et une haine farouche. L’effet de surprise passé, ces mêmes services, aidés de leur armée reprirent les rafles à la recherche du moindre indice pouvant les éclairer sur cet attentat qui était resté gravé dramatiquement dans leur âme et leur esprit sataniques et répugnants. Animés d’une vengeance intrigante et détestable, ils voulaient à tout prix déverser leur ire sur une population désarmée militairement mais, armée de grandeur et de valeurs qu’aucun peuple soit-il ne peut égaler. Sauront-ils finalement que ce peuple qui a consentit tant de sacrifices reste toujours prêt à relever n’importe quel défi affermir sa dignité et son existence spoliées durant cent trente années ?... la tyrannie, le despotisme ne doivent engendrer que mépris et vengeance, car ce peuple allait vers un idéal indélébile, sacré, solennel et extraordinairement vénéré. C’est ce sublime idéal qui fait la différence avec la dictature ou le despotisme ou encore le nazisme d’un occupant sanguinaire assoiffée de sang de millions d’Algériens assassinés. Brûlés vifs avec une monstruosité jamais égalée dans l’humanité. N’admettant jamais que deux camps s’étaient constitués non spontanément mais existants depuis cent trente deux années, le colonialisme, sinistrement continuait à parachever la destruction de la nation avec une hargne et une fougue foudroyante alors que l’effet boomerang ne l’a jamais effleuré, du moins jusqu’à ce que la Glorieuse Révolution de novembre le lui inculqua. Après une accalmie éphémère et l’effet de la bombe estompé, le colonialisme repris ses rafles sporadiques sur Tidjditt (El Kahéra). Sa cible était toujours ce quartier ; obstruant toutes les issues v menant, les sanguinaires entamèrent les fouilles à la recherche d’indices imaginaires mais surtout en imposant leur présence afin de mieux asseoir leur autorité alors que le peuple s’est habitué malheureusement à leurs exactions. C’est au cours d’une de ces rafles que je me suis trouvé « coincé » au milieu de la place de Tidjditt hermétiquement fermée par des voiture blindées alors que le marché où mon père marchand de légumes, avait été fermé, avec , à l’intérieur tous les commerçants et les clients. Je cachais le pistolet, un 7/65 dans le coffret d’outils de ma moto que je garais plus loin alors que j’avais sur moi, des documents incontestablement compromettants (lettres à l’intention des gros commerçants pour les inciter à participer à l’effort de guerre, lettres de menaces à l’intention des policiers encore en exercice dans l’administration coloniale) que j’avais préparé la veille en vu de leur acheminement vers notre réseau qui se chargera de les remettre ou les poster selon le cas. Pour m’en débarrasser je longeais le mur du marché jusqu’à la grille et fit signe à mon père de s’approcher pour récupérer mes gants où j’avais fourré les documents en lui disant de les cacher entre les corbeilles de légumes. Je pense que ce n’est qu’à ce moment là que mon père a eu des soupçons quant à ma participation à la révolution. Je passais la fouille le plus normalement et sans heures, ce n’est qu’après que je revins pour récupérer la moto et les gants. J’utilisais une autre astuce pour sortir à chaque fois des mailles du filet tendu par les colonisateurs consistant à leur déclarer que je suis employé chez le Cdt Pauly, gérant de la distillerie où je travaillais en plus d’une attestation de travail que je présentais. C’est ainsi qu’il m’était aisé de me mouvoir pour franchir les barrières et les embûches semées, en fait, devant et autour de chaque citoyen sans distinction. Par conséquent, chacun de nous avait sa propre ingéniosité et son instinct pour échapper, bien des fois par miracle, au courroux de l’impérialisme dont la réaction restait toujours imprévisible. Par contre, nous ne nous sommes jamais « tombés dans la résignation ou le fatalisme car les souffrances étaient tellement vives, bafouillant notre orgueil et notre dévouement à la cause nationale. Qu’elles s’étaient incrustées dans notre âme pour la stimuler en une. Force divine inaltérable mais combien pleine d’espoir qui palpite nos cœurs de bonheur à chaque fait d’arme chaque expédition punitive chaque exploit que nous concrétisons. Je tressaille encore aujourd’hui en me rappelant le calvaire de notre peuple vivant dans l’espoir de sortir des ténèbres, parsemées sur son existence par un bourreau moyenâgeux. Barbare et sanguinaire. Par contre, j’entrevoyais la victoire du bon sens sur la folie guerrière et l’aliénation épouvantable et désastreuse de ces envahisseurs maudits et d’un autre monde, car nous étions certains du succès, de la victoire, exaltés que nous étions en tant que jeunes animés d’un sens du devoir qui coulait dans nos veines. Je lance un appel à notre peuple en lui disant de se méfier de la France, car sa convoitise de nous avilir restéé, à nos jours, intacte, en ce sens que depuis notre indépendance, elle toujours cherché à nous nuire. En conclusions j’émets le vœu que notre jeunesse présente et future, soit digne de ce pays arrosé du sang de nos martyrs et dont chaque parcelle de son territoire renferme un de nos chouhada sacrifiés pour que vive notre peuple dans la dignité et la liberté à jamais retrouvées. Et enfin que notre jeunesse, fer de lance de notre peuple, s’imprègne de ces paroles divines : Ne détruisez pas la terre après sa purification."Saïd Naît Si Ali"

Notre Merkez
Samedi 31 Octobre 2009 - 10:15
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