REFLEXION

CE QUI S’EST PASSE UN 29 DECEMBRE 1840 : Retour sur Bugeaud et les enfumades d’Ouled Riah

Les enfumades d’Ouled Riah dans la région du Dahra à Mostaganem ou le crime contre l’humanité, commis par la France ‘’barbare’’ et par ses criminels, les assassins ‘’Bugeaud et Pélissier’’. En ce 29 décembre 1840, Il y a de cela 185 ans, jour pour jour, Bugeaud est nommé gouverneur d’Algérie et le 18 juin 1845 nos ancêtres furent condamnés à une mort atroce. Plus d'un millier de personnes ; hommes, femmes, enfants, vieillards avec leurs troupeaux ; gazés par les fumées et le feu de bois qui ferment la sortie des grottes. Retour sur le massacre :



En effet, le 29 décembre 1840, Bugeaud tout juste nommé Gouverneur général d’Algérie, son plan, une colonisation en deux temps : dominer d’abord et peupler ensuite. Il préconise de soumettre l’Emir Abdelkader « il faut le détruire, car sans cela vous n’arriverez à rien. Sa capacité, sa finesse, sa duplicité, le rendent fort dangereux. Il faut lui faire une guerre acharnée ». Ses troupes useront d’ailleurs de tous les moyens – razzias, destruction et vol des récoltes… – pour faire tomber les villes de l’Emir. Même sa smala sera capturée.
Le général Thomas Robert Bugeaud revient en Algérie, cette fois-ci, nommé gouverneur général le 29 décembre 1840. Ses méthodes tortionnaires resteront dans les annales de l’histoire.
Le plan satanique de la France coloniale
Neuf gouverneurs se succèdent entre 1830 et 1840. La Question d’Afrique est encore, en France, au centre d’une polémique acharnée entre les partisans de l’abandon pur et simple et ceux de l’occupation totale ou restreinte. D’ailleurs, jusqu’en 1833, Bugeaud lui-même figure parmi les adversaires de l’expédition d’Alger et il ne rejoint les partisans de l’occupation totale qu’en 1840, lorsqu’après dix ans d’incertitudes et d’interrogations, la décision d’occupation totale et définitive de l’Algérie est enfin prise. En effet, en 1840, la situation européenne s’étant améliorée; la France ne songe plus à abandonner l’Algérie; pour la conserver, une seule solution reste possible : la conquête et la pacification totales. Les essais d’occupation restreinte ont échoué, les tentatives de protectorat ont avorté. « La conquête effective de toute l’Algérie, dit Guizot, est devenue la condition même de notre établissement à Alger et sur la côte. Les esprits hostiles à cet établissement et les esprits timides qui en redoutent les charges essayent encore de résister à ce qu’ils appellent un dangereux entraînement; mais, pour les esprits plus fermes et à plus longue vue, cet entraînement est un résultat nécessaire de la situation et comme un fait déjà accompli. Ainsi se sont faites la plupart des grandes choses, qui ont fait les grandes nations par la main des grands hommes. »
Face à la Chambre des paires, Bugeaud, député, déclare : « La colonisation, est une œuvre des plus ardues et des plus compliquées. Il faut pour l’accomplir se montrer large sur le choix et l’emploi des moyens et des modes d’exécution ».
Par cette phrase, il est clair que Bugeaud pense à des méthodes extrêmes pour atteindre le but. Tous les moyens sont bons et tout acte, aussi inhumain soit-il, est justifiable, puisque l’objectif est fixé : dominer d’abord et peupler ensuite. Les troupes de Bugeaud useront d’ailleurs de tous les moyens – razzias, destruction et vol des récoltes… – pour faire tomber les villes de l’Emir Abdelkader.
La « méthode Bugeaud », conduite avec opiniâtreté et une certaine cruauté, privilégiant la guerre d’embuscade et les razzias, finit par porter ses fruits. Après la victoire d’Isly (août 1844) sur les armées marocaines alliées à Abd el-Kader, Bugeaud traque sans répit l’Emir, qui, trahi aussi par les siens, décide de mettre fin à son combat en décembre 1847. Dans le même temps, la conquête sous Bugeaud se double d’un effort de colonisation agricole et d’une politique arabe originale (administration indirecte, bureaux arabes), qui l’oppose à la hiérarchie civile et militaire d’Algérie.
Le général criminel Bugeaud, et les enfumades des Ouled Riah
 Avec Bugeaud, la guerre dépasse les normes de la guerre dite conventionnelle. Ainsi, pour punir la tribu d’Ouled Riah, alliée à l’Emir et qui a résisté face à l’armée d’occupation, le général ordonne à Saint-Arnaud: « si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas ! Fumez-les à outrance comme des renards ». Encore une fois,  une autre grotte sera transformée en « un vaste cimetière ». Saint-Arnaud, contrairement à Pélissier, cachera son exploit : « personne n’est descendu dans les cavernes ; personne… que moi… Un rapport confidentiel a tout dit au maréchal (Bugeaud), simplement, sans poésie terrible ni images. » (Lettres du Maréchal Saint-Arnaud, tome II, p. 37.) A cette même période, lors de la première session de l’assemblée parlementaire de 1846, le poète Lamartine, député, dénonce vigoureusement ces très nombreuses exactions : « Massacre de population, incendie d’habitations,  destructions de moissons, d’arbres fruitiers, politique de la terre brûlée etc. On me dit la guerre est la guerre,  mais la guerre des peuples  civilisés et la guerre des sauvages, des barbares, sont deux guerres différentes…je dis qu’il n’y aurait dans ce temps ni dans l’avenir aucune excuse qui pût effacer un pareil système de guerre, dans l’état de force, de discipline, de grandeur et de générosité que nous commande notre situation civilisée ! Je pourrais vous parler d’autres actes qui y ont fait frémir d’horreur et de pitié la France entière les grottes du Dahra où une tribu entière a été lentement étouffée. J’ai les mains pleines d’horreur, je ne les ouvre qu’à moitié ! »
 Le 18 juin 1845, une semaine après la déclaration de la doctrine Bugeaud, le colonel Pélissier fait asphyxier plusieurs centaines de personnes des Ouled Riah, hommes, femmes et enfants, qui s'étaient réfugiées dans les grottes de Ghar-el-Frechih, dans la région du Dahra. Un soldat de la colonne écrit à sa famille : « Les grottes sont immenses ; on a compté sept cent soixante cadavres ; une soixantaine d'individus seulement sont sortis, aux trois quarts morts ; quarante n'ont pu survivre ; dix sont à l'ambulance, dangereusement malades ; les dix derniers, qui peuvent se traîner encore, ont été mis en liberté pour retourner dans leurs tribus ; - ils n'ont plus qu'à pleurer sur des ruines. » Après ce massacre, Pélissier se justifie : « La peau d'un seul de mes tambours avait plus de prix que la vie de tous ces misérables. »
La malédiction : 2 ans plus tard Bugeaud succombe au choléra
  Dans « Histoire des colonies françaises », on peut lire la description des méthodes de guerre du général Bugeaud : «Bugeaud est sans contredit le créateur de l’armée d’Afrique. Il commença par réformer les préjugés et rectifier les méthodes pratiquées depuis 1830. Il renonça au système des petits postes et des blockhaus préconisé par le maréchal Valée et contre lequel il s’était déjà élevé dans son discours de 1840; à ces postes, où les troupes étaient décimées par les maladies, l’inaction et l’ennemi, il substitua le système des colonnes mobiles rayonnant sur tout le pays. Plus de lourds convois, toujours attaqués et harcelés; des troupes alertes, légères, pouvant lutter de vitesse avec leurs adversaires, menant aussi lestement que les indigènes eux-mêmes les razzias et les coups de main. »
A la fin de l’année 1847, Bugeaud est remplacé par le duc d’Aumale. Il rentre en France et entame un éphémère retour à la politique. Mais deux ans plus tard, il succombe au choléra. Son sinistre nom restera dans les annales de l’Algérie colonisée.

 

Riad
Lundi 28 Décembre 2015 - 17:44
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