REFLEXION

CARNET DU JEUDI : : Micro entreprise : que reste-t-il de l’investissement ?

Il existe divers mécanismes ambitieux d’insertion socio-économiques des Jeunes, qui ont été mis en place dès le début des années 90 en Algérie. Mais ils ne sont pas toujours efficaces et débouchent parfois sur des situations d’échec. Peut-on dire que ces mécanismes sont encore récents, qu’ils nécessitent d’être mûris, voire adaptés ?



La mise en place de ce genre de mécanismes a été toujours une question complexe. Il y a une quantité d’échecs dans différents dispositifs, et ce n’est pas simple. Il faut percevoir la nécessité de faire des mises à jours et des recadrages pour trouver les solutions les plus adaptées et les plus efficaces. Même dans notre expérience, beaucoup de spécialistes considèrent que les situations les plus intéressantes et les plus efficientes sont celles où il y’ a eu un parcours d’adaptation des instruments d’insertion. Peut-être en écartant des mécanismes envisagés dès le début et qui n’étaient pas adaptés à la situation locale. Ou mieux encore, en utilisant toutes les opportunités et les possibilités que l’on n’avait pas perçues dans le contexte local et l’environnement dans lequel la création d’activité a été lancée.
Par ailleurs, la difficulté réside parfois dans la conception des instruments mis à
 la disposition des jeunes par les autorités publiques, c’est une longue expérience vécue en Algérie mais y a-t-il une évaluation de la microentreprise depuis sa mise en œuvre à ce jour ?
 Certaines critiques jugent que les dispositifs ne sont pas complètement organisés de manière à faciliter le contact, le dialogue, la compréhension des besoins des jeunes en l’absence d’étude de marché et d’autres questions auxquels ils devraient répondre.
Ils ne sont pas mis à disposition de manière effective. Théoriquement tout est articulé sur le crédit bancaire d’où l’importance de ne le considérer que  en tant que tel.
Dans ce cas-là, il est important de fonctionner nom comme « facilitateur » loin de toute réalité du marché. Il s’agit de mettre à disposition les informations, mais aussi d’accompagner les personnes dans l’accès à ces types de mécanismes, les orienter, les encadrer et quelquefois leur faire comprendre le fonctionnement de ces mesures pour éviter les erreurs, ou éviter par exemple des excès d’ambition qui peuvent mettre en risque la viabilité ou la pérennité du projet de vie. Il faut identifier et essayer des alternatives possibles, et les mettre en opposition, ce qui signifie identifier les valeurs stratégiques de l’information. On peut concevoir les instruments les plus efficaces ou les plus sophistiqués, mais dans tous les cas un manque d’information ne permettra un accès réel et effectif aux personnes qui en ont besoin.
En Algérie ces mécanismes n’ont pas complètement fonctionné. Beaucoup de jeunes considèrent que c’est un droit, et parfois même refusent de rembourser, d’autres tombent dans le piège du surendettement.
La microentreprise est souvent utilisée comme un mot magique pour résoudre tous les problèmes. Souvent quand on ne sait pas quelle solution apporter à une situation difficile, on a recours à la microentreprise. Il y a toute une école de pensée qui soutient qu’il existe un droit à ce type d’auto emploi, personnellement je préfère parler d’un droit aux opportunités. Cela peut-être un instrument efficace, mais il ne faut pas le considérer comme une réponse suffisante.
Par ailleurs, et je fais référence à une expérience large dans d’autres pays, souvent quand la relation est claire entre l’institution de prêt et le jeune, ça fonctionne. Mais si les jeunes perçoivent qu’il n’y a pas un réel intérêt de l’institution à se faire rembourser, ou que l’institution ne croit pas réellement en son projet d’entreprise, ça ne fonctionne pas. Accorder un prêt sans porter suffisamment d’attention au projet, avec un soutien insuffisant, sans le suivi nécessaire peut aboutir avec un message qui passe aux jeunes : c’est que l’argent est distribué, sans un réel intérêt de l’institution pour la réalisation effective du projet. C’est plutôt une manière d’enrayer le mécontentement social plutôt qu’un intérêt réel et un investissement sur les jeunes.
 Il y a des activités ou le promoteur peut rencontrer des difficultés, on l’oriente et on le conseille. Il y a des difficultés dans la conception et l’étude de marché, de la concurrence, des clients, de l’implantation du projet. Souvent les promoteurs ne savent pas ce qu’est une étude de marché, un concurrent ou un client. Ils arrivent avec des idées toutes faites et sont surs qu’ils vont réussir sans connaître le terrain. En général les chiffres et les résultats sont exagérés, on n’ouvre pas une pizzeria là où il y en déjà deux…
Si on parle des difficultés que les jeunes rencontrent, en général c’est le projet lui-même ! La réalité est bien plus dure sur le terrain, et certains n’arrivent pas à rembourser leur crédit. Il faut être réaliste. Il ne faut pas tricher sur ses qualifications, c’est un risque et c’est courant. Il faut un bagage minimum pour réussir.
Un diplôme souvent ne suffit pas, la plupart des promoteurs n’ont jamais travaillé, n’ont aucune expérience. Au lancement du projet, notre but est clair : le promoteur travaille sur le projet, il le prépare, il teste le marché, cela contribue à diminuer les risques.
Pour ce qui est du contrôle, On établit un constat, on vérifie le matériel et le local et on reste en contact avec le promoteur. On le soutient s’il a des difficultés. Bon, il y a des gens qui ont acheté du matériel et qui n’acceptent pas de faire le constat, qui refusent le contrôle. Pour l’instant on établit des mises en demeure et un PV, mais personne ne veut aller au contentieux.
Certains promoteurs ne coopèrent pas. Certains sont partis avec l’idée de ne pas
rembourser et disparaissent dans la nature. Mais peu de jeunes paient par à terme selon les banques…
Il y a un aspect important. Beaucoup de jeunes veulent des prêts lourds. Mais
 se lancer dans un projet avec un investissement jusqu’à un milliard de centimes, avec un risque important d’endettement, doit être balisé et encadré par toute une équipe technique, personne ne conseille à ceux qui n’ont pas d’expérience dans la création d’entreprise, et qui n’ont pas de formation de commencer par un petit projet facile à rembourser. Il vaut mieux commencer par un petit projet, avoir une petite expérience avec des facilités de remboursement. Ça permet également de créer l’activité, de se faire connaître, d’avoir des clients. Et à partir de cette expérience, passer par exemple à l’étape supérieure, dans le cadre d’extension de l’activité.
L’accompagnateur du promoteur ne doit pas être uniquement administratif mais un technicien capable de répondre à toutes les questions ayant trait au projet y compris celles liées au marché et à la concurrence.
Il ne faut pas brûler les étapes et s’endetter. Le remboursement n’est pas facile, surtout pour un jeune qui n’a pas d’expérience. Il ne faut pas se lancer dans un projet qui est trop lourd et trop ambitieux. Le chômeur risque alors de devenir un chômeur endetté.

 

Taoufik Hamiani
Mercredi 16 Décembre 2015 - 17:53
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ACTUALITÉ
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