REFLEXION

Benisaf : Il était une fois la fête du ‘’Quinzaouette’’

« La fête éphémère, brise parfois le cour d’une histoire. Mais si périssable soit-elle elle engendre des semonces d’idées et de désirs jusque-là inconnus, et qui, souvent, lui survivent » citation

Benisaf a déjà été contée par des nostalgiques, narrée par des écrivains, racontée par ses amoureux d’ici et d’ailleurs, décrite joliment pour ses beaux paysages naturels, culminé par un ciel d’azur, le tout vitrifié dans une atmosphère magnanime.



De hautes falaises de sable dur et de grés doré, un soleil toujours rond , ardent et brillant, son coucher se fait du côté de  l’ouest( Maghreb), derrière l’ile de Rachgoun  et à l’arrière de l’horizon de  la mer bleue, donnant un gigantesque  tableau naturel peint  par de  petits nuages aux formes insolites transpercés par des rayons de soleil visibles et pétillants.
Sur le rivage, de petites  criques de sable  modelant de petites plages telles la plage du puits, la Mersa de Sidi Boucif , la plage de Madrid  et enfin celle de Rachgoun. Ces plages représentent une cargaison d’histoires contées par des historiens portant sur ses sites,   sur la vie quotidienne des Benisafiens et Benisafiennes.
Benisaf est un terroir   très riche économiquement  de par son gisement de minerai de fer, son exploitation a permis de  donner un nouveau mode de production et  de vie typiquement Benisafien, soutenu par  une infrastructure se rapportant à l’extraction et au transport local du minerai par rail allant  jusqu’au port, ce dernier  était aménagé pour prendre  une seconde  fonction  celle d’un port de pêche. Il y  avait aussi le secteur de l’agriculture  qui était aussi bien portant, surtout ses orangers  qui longeaient le cours  de l’oued de la Tafna, les belles et grosses  oranges de Benighamen très succulentes, il y  avait aussi la vigne et ses caves, les oliviers et ses huileries, les céréales et son Dock silo de 35.000qx situé à la plage du puits , et bien sur la culture maraichère.
Les plus belles pinèdes de pins d’Alep  exposaient le visage de la ville de Benisaf de façon très écologique,  sans oublier le côté touristique  qui faisait de la station balnéaire de la ville un endroit très prisé  par ceux qui  habitent  ailleurs que Benisaf.
 La vie publique de la ville de Benisaf n’était pas très compliquée, sa Mairie d’antan pour ne pas dire ses  services,  était présente devant chaque petite nuisance  pour sa terminaison. L’éducation   et la mosquée façonnaient le Benisafien par des valeurs  purement Benisafiennes.
C’est parce que tout  va bien dans cette cité  que tout le monde dénichait quelque chose d’utile à faire, l’oisiveté ne trouvait plus de place dans cette contrée .Tout cet ensemble vivait  en parfait  état d’harmonie et  de sérénité .Benisaf était une cité  où l’art du travail était sa première religion, les Benisafiens savaient beaucoup s’amuser  à chaque occasion qui se présentait à eux.
L’été, le jour et la nuit, les bruits sont en fête
Tôt le matin, les marchands ambulants envahissaient les rues  de la ville , on entendait des voix qui emplissaient  les rues parcourues par des « sardinas frescas » !( sardine fraiche), des « morsillones »( moules),  d’autres vendaient en porte à porte les «tchinbou » figues de barbaries ou encore « El-Karmoss »( figues) , le marchand de vaisselle faisait du troc ,vieux habits et chaussures usés s’échangeaient contre  une casserole ou autres ustensiles, Une belle voix celle du vendeur d’œuf «  el  oyé –bo » nos rues étaient très bien animées c’était la vie belle de la cité.
Benisaf  et ses  fêtes
Il y avait toujours quelque chose à fêter  à Benisaf soit autour d’un mariage,  d’une « ouaada » que ce soit de « Sidi Boucif » , ou celle de « Sidi Brek » ou encore de « Sidi Mohamed Belmeddah » et enfin celle de « Gar El Baroud »  du couscous à gogo et à longueur des fêtes accompagnées de la « Fantasia » .Le  « Caldero » une spécialité à base de riz et de poissons variés,  une gastronomie préparée spécialement pour la fête pour les intimes et particulièrement à Benisaf.
Le lieu de détente et de fêtes c’est bien à la plage du puits et surtout  pendant la période estivale. L’été où s’invente aussi d’autres fêtes, la douce plage du puits  et son sable doré, la mer bleue , ses vagues et ses rochers baptisés  par des noms français comme ceux de l’extrême Ouest de la plage du puits, il y avait le « Rêve Bleu », « la Grenouille » et le « Crapaud » qui viennent de disparaitre à jamais  par la construction d’une jetée en pierraille très  moche qui a falsifié le décor naturel de la plage. Il y avait aussi le « Chameau » , la « Pierre Plate »…. Ces différents rochers  servaient de plongeoirs pour les Benisafiens. Les plus beaux plongeons des enfants de Benisaf  se faisaient à travers ses rochers, malheureusement l’absence de suivi de cette discipline sportive ne permettait pas de faire valoir un regard  sur le podium d’une compétition nationale .La plage de Sidi Boucif est renommée par ses rochers baptisés par des noms espagnols une série de « Pedra »( Pierre) je citerai quelqu’un comme la « Pedra Oulika »- la « Pedra Balcon » -« la Pedra Maria »- « la Pedra Pico »- « la Pedra  Plata »-  « la Pedra Massonness »- « la Pedra Paloma » . Le sous marin  de ces différents rochers  est couvert de moules et de fleurs aquatiques  vivantes décorés par des anémones rouges  appelées « tomate de mer » ainsi que des crabes. L’Aquarium était un bijou. La pêcherie et sa vente odorante de la criée, les chaluts qui rentrent matelasser de rougets, de rascasses et de toutes sortes de poissons qui palpitent encore.
« La ripaille est la fête de l'affamé comme l'évasion est la fête du prisonnier et l'insurrection la fête de l'opprimé ».Proverbe
La grande fête de Benisaf n’était pas celle du 1er mai ou bien d’un Aïd, ou encore une  fête nationale,… c’était la fête Benisafienne du « 15 août » qu’on l’a nommait « Quinzaouette ».
Sur la plage, les ouvriers de la commune posaient sur le sable des dallettes collées par du ciment sur une surface de 100X20m=2000m2 pour y mettre des chaises et des bancs pour le spectacle , dos à la mer  la construction d’une piste en bois reposant sur de grands futs  entourés de cannisses et décoré par des branches de palmiers pour former le podium  où s’effectuera l’orchestre des musiciens de talent . Ensuite s’enchainera le comité d’organisation des fêtes qui s’emploie de préparer et de coordonner le déroulement de  la fête du « Quinzaouette ». Il faut dire que la commune avec peu de moyens mais beaucoup de volonté, il savait défier le miracle.
La journée du 15 août ( Quinzaouette), la fête bat son plein et ce,  depuis le début de la matinée, des jeux au niveau du sable se déploient, le jeu ,  celui d’un candélabre en bois bien graissé ,  planté au milieu du sable   avec au sommet un cerceau où sont accrochés avec du fil fin une multitude de jouets pour enfants, les  gosses  un à un  font du forcing pour grimper un poteau glissant, une ambiance bon enfant où même les grands s’en régalent et ceci dure toute la matinée ,un autre jeu  cette fois ci c’est la course « les pieds dans la sacoche » , un autre des cruches suspendues remplies de surprises, l’ensemble de ces jeux se faisait en mitoyenneté dans l’espace et dans le temps .  Les participants sont des jeunes, yeux bandés avec un bâton, ils essayent de localiser la cruche pour ensuite la briser avec un coup  du bâton.
Au large de la mer, le ski nautique fait son ambiance sportive et sa gymnastique nautique  face aux estivants spectateurs, plantés sur le sable  doré sous des parasols.   Non loin de la plage, au niveau du port une  autre animation  sportive fait amasser  des spectateurs curieux, il y avait  un plan d’eau réservé pour le jeu du « water polo » et un autre pour la course aux canards.
 L’après midi  du « Quinzaouette » c’est au tour du cyclisme, une course qui prend son départ et son arrivée au même endroit au niveau de la plage du puits. La fête foraine  avec ses stands de tirs à la carabine, les baraques de loteries, ses manèges de chevaux en bois il y avait aussi le  fabuleux cirque « Amar » .En fin d’après midi, la finale des tournois des sports collectifs à savoir le football, le basketball, le Handball et la pétanque.
Chaque tranche de temps de cette  fabuleuse journée du   « Quinzaouette » avait sa propre activité culturelle et sportive, le soir étant réservé à la fête musicale et la remise des trophées, des honneurs et  des fleurs  pour les vainqueurs de toutes les disciplines de cette journée du « Quinzaouette ». Les grands chanteurs de l’époque qui  ont marqués les soirées du  « Quinzaouette » Benisafien, il y avait  RABAH  DARYASSA-NORA-SAIM- AHMED OUAHBI- RACHID ET FETHI-SALAOUA-AMARI …   MAATI BELKACEM-AHMED ZAHIR…..et bien d’autres artistes de renommés….La fête se terminait très tard, suivi d’un radio crochet où des amateurs se distinguaient  par des chansons  égyptiennes de l’époque comme celles de  Abdelhalim Hafez, Farid El Atrache…..
Une fête pareille ne pouvait se faire qu’à Benisaf, elle avait le mérite de  faire synchroniser, poétiser et rimailler le trio suivant  le culturel, l’économique et le sport  par une osmose de joie et de plaisir. Ceci méritait de se faire dans un autre  but   afin d’éditer, une petite notice, une carte, un manuel  sous forme d’un guide sur la ville de Benisaf, Benisaf sur mer « by day » et « by night » et de mieux faire connaitre Benisaf  dans sa culture, son économie, ses mœurs, et son environnement, il s’agit  tout naturellement  que les clichés offrants de préférence  un intérêt  culturel et  économique faisant ressortir la personnalité du véritable  Benisafien  Il s’agit de porter le film de cette fête du « Quinzaouette » a une édition culturelle, à une émission télévisuelle,  à la salle de théâtre, à la salle du cinéma et aussi  vers d’autres horizons culturelles     
La fête du « Quinzaouette » avait existé. admirablement  durant les années60 et 70, c’est un souvenir qui ne s’oubliera  jamais,    c’était le bon vieux temps. Benisaf d’aujourd’hui vient de perdre ses hommes d’action, de terrain .Les valeurs propres du Benisafien se poétisent  mal  et se font généralement autour d’une table poissée d’un café du coin, avec plus de diseurs ( El f’hay mya !) qui ne font que maudire encore plus ce bled par de l’incompétence  qui enfante la médiocrité dans notre environnement culturel, économique , administratif, sportif, social et même spirituel. Nous avons hâte de revivre ce « Quinzaouette » !! Surtout pour nos petits enfants. Car après la fête, pour n’importe quelle fête ne vous  limitez pas  aux fruits, seulement de la prébende, cultivez  encore et toujours avec une conscience  créatrice qui vous permettra de faire toujours la fête pour que la cité retrouve son âme.
*Quinzaouette : c’est une fête du 15 août, marquant la fin des vacances sinon de l’été Benisafien, mais  c'est aussi le début des vendanges.
*Les miscellanées du patrimoine Benisafien Edition Ibn Khaldoun Tlemcen Auteur : Benallal Mohamed

 

Benallal Mohamed
Samedi 24 Septembre 2016 - 18:25
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ACTUALITÉ
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