REFLEXION

BLAD TOUAHRIA : Une bourgade isolée où beaucoup reste à faire

Autrefois une région connue pour l’étendue de ses terres fertiles, donc à vocation agricole, la vaste plaine de Blad Touahria a troqué son manteau vert contre un paysage désolant qui ne fait plus rêver. Quelques décennies après l’indépendance, cette commune a changé de visage. A quoi est dû ce changement ?



BLAD TOUAHRIA : Une bourgade isolée où beaucoup reste à faire
Touahria est le nom attribué à un ensemble de tribus ayant toujours vécu sur les vastes terres agricoles composant celle localité devenue commune ? Blad veut dire terre (s). D’où l’appellation Blad Touahria signifiant terre des Touahria.

Historique :

Durant les premières années de l’occupation française, les tribus des Touahria, à leurs têtes les Gouaïche, se sont farouchement opposés à l’occupant qui, dès qu’il eut mis pied à terre, a trouvé en face de lui des tribus qui lui firent comprendre qu‘il n’était pas le bien venu sur leurs terres. M. Boualem, septuagénaire, natif de Blad Touahria, ancien enseignant, a bien voulu nous parler de son village natal. « Quand les premiers français ont débarqué à Blad Touahria la population s’était catégoriquement opposée à leur présence et leur installation sur ses terres. Ce refus s’était manifesté de la manière suivante : chaque fois que les occupants procédaient aux traçages des futures constructions dans la journée, les habitants les détruisaient durant la nuit. C’était ainsi pendant plusieurs fois consécutives.
La situation se compliquant de jour en jour, les Touahria ne purent résister longtemps à la puissance coloniale et finirent par céder, mais à une condition : que le nom de Blad Touahria ne soit pas changé contre un nom européen. L’une des tribus, les Gouaïche, a rejoint l’Emir Abdelkader auquel elle avait prêté allégeance et s’était installée à El Bordj, dans les environs de Mascara. Malgré que les Touahria n’aient pu résister, ils demeurèrent solidaires entre eux pour que leur localité garde son nom d’origine.
Et c’est ainsi qu’elle l’a gardé jusqu’à l’indépendance du pays. Non loin de Blad Touahria, la localité de Mesra est devenue Aboukir et Mansourah à pris le nom d’Hameau-sous-forêt. Durant la lutte armée de libération l’occupant avait érigé un centre de tortures tout comme celui de Sidi Ali. Les méthodes employées, selon certains citoyens, étaient des plus atroces. Quand un algérien décédait, sa tête était coupée et accrochée à l’un des piquets disposés sur le mur de clôture. Derrière chaque crâne il y avait un projecteur que l’on allumait la nuit pour le rendre visible.
Ce centre a été rasé après l’indépendance.
La commune de Blad Touahria a été instituée en 1848 par M. Pétrus Borel, inspecteur de la colonisation. Il fut un homme de littérature, d’histoire et politicien. Anciennement, le territoire de Blad Touahria s’étendait à l’Est jusqu’à Aïn-Tédelès, au Nord jusqu’à Sayada et à l’Ouest jusqu’à Mesra. Ce fut une très riche région à vocation agricole. En plus du vignoble, de l’arboriculture, Blad Touahria était aussi réputée pour la culture maraîchère. L’abondance de l’eau destinée à l’irrigation favorisait le travail de la terre. Devenue commune indépendante, suite au découpage administratif de 1984, Blad Touahria, dont la superficie s’élève à 28,85 Km2, est située à 18 Km du chef-lieu de wilaya et s’élève à 132 mètres d’altitude. Au Nord Ouest elle est délimitée par les communes de Mansourah et Mesra et Aïn Sidi-Chérif. A l’Est par la commune de Souaflias et au Sud par celles de Sirat et Bouguirat. Elle compte dix douars. Sa population globale est estimée à 7.689 personnes dont 53 % d’hommes et 47 % de femmes, selon les dernières statistiques de 2004.

Secteur économique :

Depuis l’indépendance à ce jour, la commune de Blad Touahria est restée ancrée dans l’agriculture et aucun autre secteur n’a pu s’y développer, en raison de la position géographique de la commune. Blad Touahria est retirée, par rapport aux trois communes avoisinantes que sont Mesra, Sirat et Bouguirat situées sur la route nationale.
Telles sont les raisons qui font qu’il n’existe aucune entreprise industrielle. Pas même une PME susceptible d’apporter un plus à la localité qui souffre d’un retard considérable par rapport à d’autres régions. Certains fellahs travaillent leurs terres mais ne les exploitent que partiellement, à cause du manque d’eau pour l’irrigation et ce, après que les puits aient été rebouchés. D’autres se sont investis dans le commerce purement et simplement. A ce jour, aucune entreprise, de quelque nature que ce soit n’a émergé ni aucun projet n’a été enregistré. Cela est sans doute dû à l’isolement de cette commune. Les élus locaux tentent, tant bien que mal, d’inciter les chefs d’entreprises à se tourner vers leur commune qui est en mesure d’offrir quelques possibilités.

La poste :

Flambant neuf, le bureau de poste est situé en plein centre du village, à la même place où fut construite la première poste sous l’occupant. En raison de la chaleur, l’agence postale n’est plus fréquentée au-delà de 10 heures. Selon le receveur, les bureaux de poste sont classés par catégories en raison de l’étendue de leurs trafics réciproques. A titre d’exemple, la recette principale du chef-lieu de wilaya est classée hors catégorie parce que le trafic qu’elle draine quotidiennement dépasse les 200 opérations (tous genres confondus). Le bureau de poste de Blad Touahria est classé à la troisième catégorie. Dans certaines dairate, comme à Bouguirat, le bureau de poste est classé à la 2ème catégorie. Celui de Mansourah est classé, 4ème catégorie, parce qu’autrefois il était rattaché à celui de Blad Touahria. Tous les bureaux de poste assurent les mêmes prestations à l’exception de celle de Wester-Union qui n’assure que la recette principale. Hormis le village, comment est assurée la distribution du courrier et autres prestations (télégrammes, paquets et autres) ? « Nous avons 7 douars à gérer. La distribution du courrier se fait deux fois par semaine à l’exception des télégrammes qui sont remis à leurs destinataires dans l’heure qui suit leur arrivée et ce par n’importe quel moyen.
Le bureau de poste a un facteur. « Jusqu’à ce jour nous n’avons rencontré aucune difficulté en ce sens », tient à souligner le receveur. La seule difficulté que nous rencontrons sans cesse est liée aux patronymes. Comme il s’agit d’anciennes tribus, les nom et prénom sont attribués à plusieurs personnes d’une même tribu, comme les Mehidi, les Zehaf, les Chouarfia et…Seul le prénom de leurs pères ajoutés aux leurs les différencieraient tel : Mehidi Abdallah ould Ahmed ; sinon c’est un casse tête. Nous sommes très vigilants. Nous procédons à une sérieuse vérification avant de remettre le télégramme ou un paquet à son vrai destinataire. Blad Touahria étant une région à vocation agricole, les fellahs ne déposent pas leur argent à la poste ou à la banque. Ils préfèrent le garder sur eux pour en disposer à leur guise et à tout moment, parce que les tractations se font en liquide, ce qui explique le manque de rentrées d’argent qui nous oblige à fonctionner avec seulement le fonds mis régulièrement à notre disposition par la banque.
La commune ne disposant pas d’infrastructures industrielles, il n’y a pas de dépôt d’argent. C’est une situation un peu particulière « Hadjadj, où j’étais receveur de poste, il y a beaucoup d’émigrés qui, lorsqu’ils viennent passer leurs vacances dans leurs familles, alimentent leurs comptes C.N.E.P. Ce que je n’ai pas rencontré à Blad Touahria », conclue t-il.

Secteur sanitaire :

A l’heure où l’on parle de santé de proximité et de sensibilisation de la population sur tous ce qui concerne la prévention d’une manière générale, la commune de Blad Touahria ressemble à une localité vivant en marge du modernisme. Le seul centre de santé que nous avons visité est dépourvu de l’essentiel. Il se compose de deux salles : l’une pour la PMI et l’autre pour les soins. Quant au personnel paramédical, il est en deçà de la norme par rapport à la population. Une seule infirmière travaillant en permanence au niveau dudit centre. Les consultations médicales sont assurées par un médecin à raison de deux séances par semaine à savoir les dimanches et les mercredis. Le matériel disponible est ancien. Les citoyens se rendent au centre pour de simples consultations ou pour des soins. En cas de maladies graves, d’accidents domestiques et autres, ou de soins importants, les personnes concernées préfèrent se rendre au centre de santé de Mesra (devenu polyclinique depuis la dernière restructuration des établissements de soins). Certains malades se rendent à Mansourah. La commune de Blad Touahria ne disposant pas de maternité, les femmes enceintes se dirigent vers l a polyclinique de Mesra ou à la maternité de Lalla Kheïra à Mostaganem, car elles n’ont pas le choix, surtout en cas de complication ou d’accouchement avant terme. Après accouchement, elles sont suivies, ainsi que leurs bébés, au niveau du centre de Blad Touahria par l’unique infirmerie. Par ailleurs, il est à signaler qu’il existe deux autres centres de santé au niveau des douars des Ouled Bénattia et Ouled Charef Seghir.
Le suivi médical des populations des autres douars est effectué par le médecin et l’infirmière du centre de Blad Touahria. Les campagnes de vaccinations à travers les différents douars relevant de la commune sus citée sont décidées par la polyclinique de Mesra, en fonction d’un programme arrêté par ses soins et qu’elle communique le cas échéant au médecin chargé d’organiser lesdites campagnes. Les campagnes de sensibilisations de la population de la commune n’ont pas lieu en raison du manque de moyens et de personnel. Il est rappelé que le centre de santé de Blad Touahria ne dispose pas d’ambulance, ce qui rend difficile toute évacuation en cas d’urgence.
Les citoyens ont recours, dans de t elles circonstances, à leurs propres moyens de transport ou à ce que l’on appelle communément le taxi clandestin. A défaut de campagnes de sensibilisation proprement dite, le médecin comme l’infirmière dispensent des conseils aux femmes lors de leurs visites au centre de santé. Selon l’infirmière de service les accouchements traditionnels ne se font plus comme jadis. « Les femmes sont de plus conscientes », dira t’elle.

Enseignement scolaire et professionnel :

La commune de Blad Touahria dispose de 15 classes recevant 496 élèves avec 18 enseignants (12 H. et 06 F.) - douar Ouled Attia : 06 classes avec 168 élèves et 07 enseignants (03 H. et 04 F.) - douar Ouled Charef Seghir : 06 classes avec 115 élèves et 07 enseignants (06 H. et 01 F.)- douar Ould Mostéfa : 04 classes avec 47 élèves et 08 enseignants (04 H. et 04 F.). Au total 826 élèves dans le primaire. Les garçons représentent près des 2/3 des élèves.
Les cantines scolaires : 02 cantines fonctionnent temporairement au niveau de l’école primaire d’Ouled Attia et Ouled Mostéfa. Ces deux cantines ne répondent aucunement aux normes.

Enseignement moyen :
Un seul C.E.M. Selon M. Boudjemaâ, vice président, un second établissement d’ici 3 à 4 ans s’avère plus que nécessaire.

Transport scolaire :

La commune dispose de trois bus : 1 Volvo et 2 SONACOM. Deux sont en fonction et le troisième au garage, en cas de panne de l’un des deux en circulation afin d’assurer la régularité d u transport des élèves.
Enseignement professionnel : Il n’existe aucune infrastructure de ce genre au niveau de Blad Touahria, pas même une annexe.
Les jeunes désireux d’apprendre un métier sont contraints de se rendre à Bouguirat. Encore faudrait-il qu’ils arrivent à se faire inscrire. A part le travail de la terre ou le commerce informel, les jeunes n’ont aucune activité stable.

Activités culturelles et sportives :

01 terrain combiné au niveau du chef-lieu de la commune ; 01 stade au douar Ouled Attia ; 01 aire de jeux à Ouled Charef Seghir et 02 autres : 01 à la cité Belmordhi et l’autre au niveau des 50 logements et enfin 01 au douar Gracha.

Activités culturelles :

La commune dispose d’une salle polyvalente où 50 jeunes filles apprennent la couture et la coiffure, d’une bibliothèque ainsi qu’un espace Internet. A notre question : les enfants des douars fréquentent-ils la bibliothèque ? M. Boudjemaâ dira : « A vrai dire peu de jeunes des douars fréquentent la bibliothèque, sauf durant l’année scolaire où ils y viennent dans le cadre de leur scolarité pour y effectuer des recherches. Il en est de même pour les enfants du village. Pour faciliter l’accès à l’internet aux jeunes nous avons réduit les tarifs à savoir : 200 DA par mois pour les scolarisés leur donnant droit à 08 heures de connexion et 400 DA pour les non scolarisés avec le même volume horaire.

Le centre culturel :

Il dispose d’une bibliothèque. Les activités proposées sont : la couture et la coiffure, l’informatique et les jeux d’échec. Une troupe théâtrale y active. Le douar Ouled Attia dispose lui aussi d’une salle polyvalente où 65 jeunes filles apprennent la couture et la coiffure.
Activités sportives : La salle polyvalente de Blad Touahria centre abrite une salle de musculation dotée d’un matériel sophistiqué. Il y est également pratiqué l’haltérophilie.
L’emploi de jeunes : 135 jeunes sont pris en charge dans le cadre du dispositif DAIP. 10 universitaires sont pris en charge par l’APC dans le cadre de l’emploi de jeunes.
Le logement : Une liste comprenant 66 postulants à été arrêtée après traitement des dossiers. Aucune revendication n’a été enregistrée à ce jour. Dans le cadre du FONAL, le programme comprend 230 logements dont les travaux ont été lancés. Près de 100 dossiers sont au niveau de la daïra. « Si ces 100 dossiers venaient à être approuvés, nous n’aurions plus de problème », signale M. Boudjemaâ. Cependant, nous rencontrons d’énormes difficultés en ce qui concerne le logement participatif. Compte tenu du montant de l’apport initial exigé par l’OPGI, certains citoyens ne disposent pas de moyens financiers.

Projets :

Réhabilitation du réseau d’assainissement du chef-lieu de la commune. Rénovation du terrain combiné. Réalisation d’un tronçon de route reliant le douar Feghaïlia à la route wilayale n° : 42 A sur une longueur de 1,200 Km. Réalisation de deux aires de jeux. Réalisation d’une route reliant Blad Touahria à Bouguirat, côté Est par la forêt, d’une longueur de 4 Km. « Lors de sa visite dans la localité M. le wali avait donné instruction au directeur des travaux publics pour prendre en charge cette proposition », nous confie le vice président.
Cette route est un raccourci et une issue de secours en cas de travaux sur la route nationale.
En retour, Blad Touahria revivra », signale M. Boudjemaâ. « Nous avons un problème important d’assainissement au douar Ouled Attia. Ce projet s’élève à 8 milliards de centimes que l’APC ne peut prendre en charge dans le cadre du PCD. L’étude se trouve au niveau de la direction de l’hydraulique depuis 2005.
La promesse nous est renouvelée chaque année mais aucune décision n’a été prise à ce jour », tient à rappeler M. Boudjemaâ. Raccordement en eau potable depuis le réservoir de la commune de Sirat. Blad Touahria dispose d’un réservoir de 500 M3 qui alimente les douars d’Ouled Mostéfa, Ouled El Ghali, ERl Khouddam et Ouled Charef Seghir. Certains douars non raccordés sont alimentés par citerne.
En conclusion :
En dépit de toutes les tentatives de répondre aux demandes de l’ensemble des citoyens de Blad Touahria, il reste encore beaucoup à faire notamment en ce qui concerne le logement, le chômage, la formation professionnelle, les cantines scolaires, l’électrification de certains douars ainsi que le raccordement au gaz naturel. Autant de problèmes en suspens.

Bentahar M et D.H Hafidha
Vendredi 29 Juillet 2011 - 09:17
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