REFLEXION

Attendre sans attendre



Attendre. Il est très usité dans notre langage. Lors d’une partie de poker ou de belote, quand vous aimez ou que vous semez, tout au long de votre vie ou quand vous étouffe l’agonie, vous aurez lancé, pensé, chuchoté, ronchonné, bafoué, marmonné ou baragouiné un « j’attends » sûr, hasardeux, illusoire ou parfois même périlleux. Attendre c’est dépérir, se consumer et se dessécher. Pour une compatriote, exilée contre son destin, il faut savoir attendre, car attendre c’est vivre. Et vivre n’est pas mourir. Tel un voilier qui attend des vents favorables, Aïcha attend sans attendre. Que peut-on contre un bon vent qui se fait désirer ? Il n’a pas où aller. A Oran ou sur la Seine, il finira par épouser la voilure, affaibli par le désir de faire arriver à quai le Boudja ou le Scara. Si pour d’autres « sans attendre » c’est saisir et tirer vite profit des opportunités et des occasions qui se présentent, pour Aïcha c’est d’un réel « sans attendre » qu’il est question. Ni agir ni se précipiter ni partir. Attendre n’est pas seulement espérer, patienter et surseoir. C’est aussi moisir, languir, poireauter et se morfondre. Attendre un heureux événement c’est se réduire dans la joie. Attendre un châtiment, c’est décupler sa peine. Dans un de ses célèbres poèmes sur l’amour, très beau d’ailleurs, Edouard Adassov est allé jusqu’à ajouter un « très » à attendre. C’est peut-être ce « très » qui ajouta le précieux grain de sel à son poème. Il l’intitula même « Très attendre » et il nous gave avec : Je peux te très attendre; Longtemps, longtemps et vraiment, vraiment ; Je peux t’attendre la nuit sans dormir ; Un an ou deux et toute la vie sans doute.
Et de tels vers plaisent bien à Aïcha. Sauf que le poète divague et gaspille son temps si précieux, selon elle. Il veut attendrir les âges donc les saisons, le jour et la nuit, mais le temps passera victorieux, ne laissant derrière lui que l’ossature d’un poète en loques. Avec philosophie, notre intelligente compatriote nous renvoie vers « attendre sans attendre ». C’est-à-dire savoir attendre. Jacques Attali prône qu’il y a plus de grandeur à attendre que le flot vous emporte qu'à se débattre contre le courant et Aïcha n’y voit ni grandeur ni bassesse ni flot ni courant dans une attente. On attend et puis c’est tout.
« Attendre est une occupation. C’est ne rien attendre qui est terrible, disait Pavese. » Autant nous occuper dans le respect de cette créature de Dieu qu’est le Temps.

Benatia
Lundi 22 Novembre 2010 - 18:29
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CHRONIQUE
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