REFLEXION

Algérie : Pouvoir et opposition condamnés à s’entendre

Face aux bouleversements géostratégiques à l’horizon 2020, pour le devenir de l’Algérie, l’opposition et le pouvoir gagneraient à travailler en harmonie.



 Il semble bien qu’il existe une unanimité de la majorité des forces politiques sociales, économiques et des intellectuels «patriotes» qu’il y a urgence d’une refondation de l’État algérien conciliant la modernité et son authenticité, l’efficacité économique et une profonde justice sociale si l’on veut à terme éviter la marginalisation de l’Algérie au sein de la société mondiale pouvant conduire à une déflagration sociale à terme avec l’épuisement inéluctable de la rente des hydrocarbures, devant éviter l’illusion encore de la rente grâce à la production du gaz de schiste. Devant différencier régime et État au sens hégélien du terme, la rente des hydrocarbures a largement influencé la nature des régimes, les politiques socio-économiques depuis l’indépendance à nos jours sans avoir réalisé le rêve du 1er novembre 1954 et notamment de la plateforme de la Soummam, un État qui survit aux aléas de l’histoire. L’Algérie se cherche toujours.  Il n’existe pas d’État standard, mais que des équipements anthropologiques qui le façonnent largement et l’ont influencé depuis les années 1980- 1990 par la mondialisation avec de nouvelles fonctionsIl devient dès lors urgent d’avoir des stratégies d’adaptation tenant compte de l’innovation destructrice pour reprendre l’expression du grand économiste Joseph Schumpeter dans son ouvrage universel «Réformes et démocratie». Comme il est admis qu’aucun segment politique seul ne peut résoudre la crise multidimensionnelle à laquelle est confrontée l’Algérie. Un consensus minimal associant toutes les forces politiques, économiques et sociales, sans exclusive, mais excluant tout extrémisme, est indispensable, ce qui ne saurait signifier unanimisme signe la décadence de toute société. Il serait hasardeux pour l’avenir de l’Algérie d’aller vers un monologue, de combler le vide (culture bureaucratique rentière du passé) par certaines organisations incapables de mobiliser la société du fait de leur non-crédibilité. À l’heure actuelle, il faut le reconnaître, ne nous voilons pas la face. Sur plus de 60 partis agréés, quatre à cinq sont véritablement actifs et globalement il n’existe pas de partis et de sociétés civiles crédibles. 
 
La seule force organisée depuis l’indépendance à nos jours est l’armée, inclus les services de sécurité, poumon du pouvoir algérien. Elle doit être la garante de la transition démocratique afin que les forces politiques et la société civile puissent prendre rapidement la relève, devant se confiner à terme dans ses missions traditionnelles, devant éviter de comparer l’incomparable, pour des raisons historiques et de l’existence de la rente avec l’expérience récente tunisienne. Le pouvoir doit éviter, comme par le passé avec la distribution de la rente, de continuer à créer administrativement et à instrumentaliser les partis politiques, à des fins étroites ne s’assimilant pas aux intérêts supérieurs du pays. Il se trouve qu’en période de crise majeure il manque des relais politiques et sociaux de médiation entre l’État et la société, le risque étant la confrontation directe des citoyens désorganisés avec les forces de sécurité qui ont un coût. Aussi, la révision constitutionnelle en Algérie ne constitue pas la panacée sans une réelle volonté politique de changement. 
 
 
L’objectif stratégique est de rétablir la confiance, qui se trouve brisée, entre l’État et les citoyens au moyen d’un dialogue fécond et productif afin de favoriser une mutation systémique fondée sur le développement de plus d’espaces de liberté. Pour dépasser cette situation anomique, toute action implique une vision stratégique d’adaptation à ce monde du XXIème siècle interdépendant, turbulent et instableIl existe un théorème en sciences politiques : 80% d’actions mal ciblées et désordonnées que l’on voile par de l’activisme ont un impact de 20% sur les objectifs et 20% d’actions bien ciblées ont un impact sur 80%. L’efficacité réelle de la révision constitutionnelle, moyen et non comme fin (l’on peut avoir les meilleures lois du monde, mais rarement appliquées souvent, en raison de la neutralisation de différents rapports de force contradictoires), implique de cerner les causes fondamentales du blocage qui sont d’ordre systémique, reflétées par le divorce de de l’ampleur de la dépense publique, plus de 700 milliards de dollars (équipement et fonctionnement) et les impacts économiques et sociaux, avec un taux de croissance moyen de 3%, alors qu’il aurait dû dépasser 10/15%. Les données officielles de la Banque mondiale comme celles de la Banque d’Algérie permettent d’indiquer que pour la période 2000-2013, 97/98% des exportations sont le fait des hydrocarbures, ainsi que la totalité des réserves de change évaluées à 194 milliards de dollars au 1er janvier 2014, et que l’Algérie, calcul réalisé selon les données de la banque d’Algérie, a exporté 707,250 milliards de dollars et a importé pour 491,200 milliards. L’enjeu majeur pour l’Algérie et sa survie implique donc de mettre en place des instruments opérationnels capables d’identifier, d’anticiper les modifications de comportement des acteurs économiques, politiques, sociaux et militaires, au moment où notre région connaît et devrait connaître entre 2014 et 2020 d’importants bouleversements géostratégiques notamment au niveau du bassin euroméditerranéen et africain. Dans les pays dits démocratiques, il existe deux à quatre grands partis maximum avec des programmes politiques, sociaux, culturels et économiques précis étant impossible en Algérie de fédérer plus de 60 partis où la majorité n’a aucune vision stratégique du devenir du pays. D’où l’urgence de restructurer le système partisan, actuellement inefficace, loin de toute action autoritaire. Cependant, il faut éviter de s’attaquer au secondaire, et non à l’essentiel. Continuer dans le fonctionnement actuel rend non opératoire, comme le préconisent certains partisans soucieux d’accaparer une plus grande partie de rente et de servir leurs clientèles, la dissolution de l’actuelle Assemblée nationale. Cela ne peut résoudre les problèmes fondamentaux du pays. Comme il faut opérer la restructuration de la société civile avec ces milliers d’associations vivant en majorité de la rente des hydrocarbures souvent instrumentalisées par l’administration lors de différentes élections, étant incapables avec les micro-partis de mobiliser la société ¸ réseaux sociaux intermédiaires inefficaces. Dans le même ordre d’idées, il devient urgent d’avoir deux à trois grandes organisations économiques au maximum en unifiant le patronat privé afin qu’il devienne une force économique crédible, évitant son instrumentalisation par le politique (contre l’octroi de marchés publics) assistant à une multitude d’organisations avec des conflits de leadership, cause de la division. Il s’agit d’intégrer également, d’une manière intelligente, la sphère informelle dominante recelant bon nombre d’entrepreneurs dynamiques. Mais cela ne se limite pas seulement à l’économique. D’une manière générale, il s’agit de comprendre le fonctionnement de la so-ciété. Lorsqu’un pouvoir émet des lois qui ne correspondent pas à l’État de la société, celle-ci-émet ses propres lois qui lui permettent de fonctionner accentuant le divorce État/citoyen par la dominance de l’informel, à tous les niveaux politique, économique, social et culturel. Tout pouvoir a besoin d’une opposition forte organisée avec des propositions productives pour se corriger, devant l’associer dans les grandes décisions qui engagent l’avenir du pays. L’Algérie a besoin pour éviter la léthargie et la stérilité que tous ses enfants dans leur diversité, par la tolérance des idées d’autrui, se regroupent pour un même objectif, à savoir le développement économique et social tenant compte de la dure réalité mondiale où toute nation qui n’avance pas recule forcément. Une loi n’est qu’une loi, fusse-t-elle la Constitution, devant être sous-tendue par une nette volonté politique de changement. Si les conditions préalables sont remplies, nettement définies et acceptées, afin de consolider le front intérieur, le pouvoir, qui a besoin de dialoguer sérieusement, et l'opposition, qui a besoin d’être réorganisée autour de grands pôles et de programmes précis, doivent travailler ensemble, dès lors la révision constitutionnelle aurait un sens. Dans ce cadre, j’émets quelques propositions. Doit être inscrit en préambule de la Constitution l’engagement, à ne pas geler les institutions sous peine de délits d’initiés, et ce quel que soit le niveau de responsabilité, et à mettre en oeuvre dans un délai qui ne dépassera pas six mois la promulgation des lois, et par la suite trois mois au maximum les décrets exécutifs d’application. Facteur essentiel du développement économique et social, il s’agira de codifier le développement des libertés, politique, économique, sociale et culturelle (dont la liberté des médias), l’implication de la jeunesse et la promotion réelle de la femme à la gestion de la cité qui ne saurait s’assimiler à la distribution de quelques portefeuilles ministérielles ou autres. Cela est intiment lié à la bonne gouvernance, l’État de droit, l’alternance au pouvoir, par la reconnaissance de l’opposition, la séparation nette des pouvoirs, un rééquilibrage au niveau du Conseil constitutionnel en faveur de personnalités indépendantes, une institution indépendante chargée de superviser toute élection. Le ministère de l’Intérieur étant chargé uniquement de la logistique et l’indépendance de la justice. L’on doit éviter cette concentration des pouvoirs entre le président de la République et le ministre de la Justice, par plus d’indépendance des juges, du Conseil de la magistrature, la pluralité syndicale, la valorisation du savoir, avec pour objectif le renforcement de l’État républicain et la démocratisation dans tous les domaines. La corruption, qui connaît un niveau inégalé depuis l’indépendance politique, une atteinte à la sécurité nationale, implique pour son atténuation une totale transparence de l’utilisation des deniers publics (dépense publique, rente de Sonatrach, réserves de change), l’unification des institutions de contrôle, indépendantes de l’exécutif, et donner de larges prérogatives à la Cour des comptes, parallèlement au contrôle parlementaire et à la société civile. 
 
Le pouvoir doit s’engager à respecter les accords internationaux en la matière contre le blanchissement de l’argent«sale». Toute personne impliquée ne peut exercer des postes de responsabilité au sein des structures de l’État, mais devant différencier l’acte de gestion de la corruption afin d’éviter de paralyser l’initiative des managers. C’est ainsi qu’aura un sens la limitation du mandant présidentiel à deux maximum au lieu de cinq années, ma préférence durant cette période de transition étant un régime semi-présidentiel, éventuellement de prévoir la fonction de vice-président chargé de seconder le président en fixant clairement ses prérogatives, afin d’éviter les expériences passées, rétablir la fonction de chef de gouvernement avec des prérogatives clairement définies notamment pour la sphère économique ainsi que limiter dans le temps (5 ans maximum) les hautes fonctions supérieures de l’État, pour éviter la léthargie et les relations de clientèles. Autres mesures pour éviter des débats stériles à l’avenir, codifier l’économie de marché concurrentielle à finalité sociale, loin de tout monopole, comme processus irréversible en insistant sur l’importance de l’État régulateur stratégique en économie de marché, la régionalisation économique autour de grands pôles régionaux à ne pas confondre avec régionalisme qui impliquera d’importantes réformes institutionnelles (ministères, secteur économique public, wilayas, APC), mettre l’entreprise publique, qui doit se conformer aux normes de rentabilité, et celle privée au coeur du développement, et ce sur un pied d’égalité et codifier la non urbanisation des terres agricoles et garantir la propriété privée, comme droit inaliénable. Le système d’information s’étant effrité, codifier un organe indépendant de l’exécutif chargé de la collecte d’informations et de la planification stratégique et commue impératif la mise en place d’une transition énergétique après avis du Conseil de sécurité, pilotée par le Conseil national de l’Énergie et s’engager dans un large débat national concernant le futur énergétique 2015-2030 qui engage la sécurité nationale, promouvoir une économie productive compétitive s’adaptant avec pragmatisme au processus de la mondialisation hors hydrocarbures en faisant participer notre émigration. Et enfin, comme facteur d’adaptation à la mondialisation, il s’agira de codifier l’intégration du Maghreb, pont entre l’Europe et l’Afrique, continent à enjeux multiples, comme processus stratégique, ce qui impliquera un renouveau de notre diplomatie.
 En bref, face aux enjeux géostratégiques, pour le devenir de l’Algérie, la région euroafricaine et euroméditerranéenne, devant connaître d’importants bouleversements à l'horizon 2020, il y a lieu de privilégier les intérêts supérieurs du pays. Doit on aller forcément vers une confrontation à terme ? Le dialogue n’est-il pas la vertu d’une bonne gouvernance et des grands dirigeants ? Le plus grand ignorant n’est-il pas celui qui prétend tout savoir ? Pour un renouveau national, pour la démocratisation de la société et un État de droit fondement d’un avenir prospère pour nos enfants, pour l’Algérie, qui a d’importantes potentialités pour devenir un pays pivot, le pouvoir et l’opposition, loin des intérêts personnels et partisans étroits, sont appelés à s’entendre. Source www.lesafriques.com

Dr Abderrahmane Mebtoul, Expert international
Mardi 9 Septembre 2014 - 11:33
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