REFLEXION

Albert Camus suscite toujours la polémique

AU MOIS DE MAI, L'EXPOSITION FUT ANNULEE.

Depuis trois ans, Aix-en-Provence est le théâtre d'une intrigue politico-culturelle dont il est bien difficile de démêler les tenants et les aboutissants. Une exposition Albert ¬Camus était prévue pour l'année prochaine, dans le cadre des célébrations de son centenaire et des manifestations liées à Marseille-Provence 2013 capitale européenne de la culture.



Albert Camus suscite toujours la polémique
Dans un premier temps, Benjamin Stora, l'historien spécialiste de la guerre d'Algérie, considéré par certains comme proche du FLN, avait été choisi pour piloter le projet. En mai dernier, on apprend que l'exposition est annulée. Nouveau rebondissement le 31 juillet, l'exposition aura bien lieu avec un nouveau commissaire, le philosophe libertaire ¬Michel Onfray, auteur d'un essai biographique sur Camus. Pourquoi un tel cafouillage? Désaccords idéologiques? Inimitiés personnelles? Querelles politiques? Sans doute un peu de tout ça…Tout avait très mal commencé dans cette pièce à trois personnages principaux, et quelques seconds rôles. Il semblerait que le choix n'ait pas fait d'emblée l'unanimité. Catherine Camus, la fille d'Albert Camus, qui détient les droits moraux sur le fonds de son père, aurait reproché notamment à l'historien de ne pas lui avoir adressé une liste précise des pièces nécessaires à l'exposition. Bref, elle laissait entendre que Stora ne se montrait pas suffisamment engagé dans le projet. Par ailleurs, à Aix, et dans la région, certains observateurs de la vie politique locale estimaient que le choix de Benjamin Stora n'était pas du goût de l'influente communauté pied-noir. D'autant que la campagne électorale battait alors son plein et que Maryse Joissains-Masini, la maire d'Aix-en-Provence (UMP), qui savait qu'elle aurait du mal à conserver son siège de députée (elle a finalement été battue), ne voulait pas mécontenter les pieds-noirs. Benjamin Stora ne cachait pas, de son côté, qu'il pensait mettre l'accent sur les différents engagements de Camus: résistance, peine de mort et, bien sûr, la guerre d'Algérie. Le courant entre les parties passait mal, c'est le moins qu'on puisse dire.

Relance du projet
Au mois de mai, l'exposition fut annulée. Si Catherine Camus a démenti être à l'origine de cette décision, elle n'a pas caché son désaccord avec la méthode des organisateurs de l'exposition: «Depuis un an, je n'avais plus de nouvelles, or nous sommes à une date limite. J'ai besoin de savoir quels documents il leur faut, et ce que je pourrais proposer à d'autres», avait-elle déclaré à l'AFP. Et voilà que cet embrouillamini connaît un autre rebondissement, ces derniers jours, avec la relance du projet et le choix de Michel Onfray comme nouveau commissaire de l'exposition. Benjamin Stora, qui a appris la nouvelle par la presse, s'est dit «abasourdi». De son côté, Michel Onfray a déclaré, sur le bout de la langue, après avoir rencontré l'équipe municipale: «Nous étions convenus d'attendre septembre avant de donner l'information à la presse: d'abord, afin que, par courtoisie et politesse, je puisse informer personnellement Benjamin Stora.» Tout cela est donc rentré dans l'ordre, et l'exposition devrait, comme prévu, s'ouvrir à Aix le 7 novembre 2013, jour anniversaire de la naissance d'Albert Camus. Elle aura pour titre: «Albert Camus. Un homme révolté». C'est sobre, mais clair… La ministre de la culture, Aurélie Filippetti, garde un œil sur le projet, qui va s'inscrire dans le cadre de Marseille-Provence 2013 capitale européenne de la culture. Pour autant, elle a affirmé qu'elle n'avait jamais été associée à la décision de nommer Michel Onfray.Albert Camus connaissait bien la région. Grâce à son gros chèque remis par l'Académie royale de Suède, le lauréat 1957 du Nobel de littérature avait jeté son dévolu sur une bâtisse tout en ocres roses, perdue au cœur du Luberon, à une trentaine de kilomètres d'Aix. Il mourra tragiquement quelques saisons plus tard, dans le coupé sport Facel Vega que conduisait Michel Gallimard. Dans sa serviette, le manuscrit (inachevé) de son Premier Homme et Le Gai Savoir de Nietzsche. C'est dans cette ancienne ferme de Lourmarin que vit désormais sa fille, Catherine. Le Premier Homme, exhumé seulement en 1994, Benjamin Stora le connaît bien: il a été le conseiller historique de son adaptation au cinéma par Gianni Amelio… Camus y revenait sur ses années d'enfance en Algérie.Il y a quelques semaines, Benjamin Stora avait confié au Nouvel observateur: «À chaque fois que je relis Le Premier Homme, les larmes me viennent aux yeux. J'y retrouve les clameurs de la rue de mon enfance, la pureté du ciel.. .»Michel Onfray, lui, a passé sa jeunesse en Normandie, où il a créé l'Université populaire de Caen, puis une Université populaire du goût. Sa passion pour l'œuvre de Camus s'est exprimée dans un essai biographique publié l'hiver dernier : L'Ordre libertaire. La Vie philosophiqued'Albert Camus. Un hommage-fleuve efficace démontrant que celui-ci n'était pas le «philosophe pour classes terminales» selon l'expression de ses détracteurs, mais un authentique grand écrivain.

Riad
Samedi 11 Août 2012 - 23:44
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ACTUALITÉ
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