REFLEXION

AU QUARTIER POPULAIRE D’EL-GRABA A RELIZANE : Deux frères assassinés au couteau en plein public

Deux frères ont été lâchement assassinés, avant-hier aux environs de 16 heures, juste avant la prière d’El-Asr au quartier populaire d’El-Graba, l’un est mort sur le coup, l’autre a rendu l’âme à l’hôpital.



Le quartier Graba de Relizane est réputé pour ses rues marchandes et les agressions d’antan. C’est là que les plus durs parmi les durs ont fait leur baptême de feu. C’est là aussi que l’on forme les plus jeunes au business. Jouer des coudes est de rigueur. Donc toute honte bue, les uns poussent les autres aux lois de la jungle et le clan le plus fort impose ses règles et gare aux récalcitrants. De Zemmora, d’El Matmar, de Sidi Saâda ou de Hillil, on vient s’y approvisionner dans la crainte de l’altercation, l‘affront, le soulagement du porte-monnaie, la grossièreté et l’insolence. Rues marchandes certes, mais les vendeurs à la sauvette font légion. Ils sont dominants. Le clan, la tribu, la fratrie et la bande sont le syndicat de ceux-là qui vivotent au vu et au su de tout le monde sans payer le moindre sou de dîme à l’état et sans le moindre document. Même pas une autorisation des services habilités à gérer de telles occupations de l’informel. Le registre de commerce ? Connais pas et jamais vu ! Des milliards de centimes qui échappent à l’état. De quoi lutter contre le chômage et éradiquer la honte des queues de la chorba de ramadan. La débandade et l’absence de l’autorité de l’état en de tels lieux poussent le bouchon à fond dans cette société en ébullition. Les nerfs à fleur de peau, marchands, badauds et acheteurs, guettent la moindre incartade pour un règlement de compte. La clameur publique d’antan qui suivait les malfaiteurs et les fripouilles n’a plus droit de cité. C’est du chacun pour soi qui fait force de loi. On n’y va plus en famille pour habiller les enfants par une veille de l’aïd. Mille allers-retours valent mieux qu’une agression. Il est préférable de rendre le pantalon ou la veste qui ne va pas, marché conclu avec le marchand avant payement, que perdre une dent, son porte-monnaie ou même sa vie. On y est presque. Le mot est lâché. La vie. Nos vies comptent pour des prunes. Les algériens meurent bien en quantité sur les routes, sous les balles assassines de ratés et de frustrés. La mort est devenue une banalité. Quartier Graba de Relizane, avant-hier mardi, le soleil est en fin de course. C’est l’heure de la prière de l’après-midi. Le asr. C’est aussi le moment du retour au bercail pour les plus éloignés. La rupture du jeûne de cette onzième journée du Ramadan est proche. Comme la clientèle voudrait retourner chez soi avec de bonnes affaires, les marchands ambulants et les vendeurs à la sauvette voudraient aussi rentrer chez eux avec la bourse pleine et le bon souvenir d’avoir écoulé le stock de la marchandise commandée spécialement pour l’aïd. Les esprits s’échauffent et l’on vous agresse pour moins que rien. On négocie et on marchande sans toucher au capital. On ne dévalue pas pour autant ce qui constituerait un stock mort après l’aïd. Autre règle aussi : on s’aligne sur les prix ou on déguerpit. Et quand tout s’enchevêtre et que l’on est jeune, on se défend coûte que coûte. Un étal qui dépasse, un client qu’on interpelle, un prix qu’on baisse, un mot déplacé et les couteaux sont tirés. Oui, les couteaux. Cette arme devenue banale est dans la poche de n’importe quel môme. Donc pour un oui, une mère perdit deux enfants à la fleur de l’âge. Deux frères qui voulaient gâter la maman avec une omra ou un pèlerinage à la Mecque. Deux frères qui ne soupçonnaient point qu’ils jouaient avec la mort que d’aller là où l’état a perdu du terrain. On ne parlera plus que mektoub et de adjl. On tait lâchement le « ça n’arrive qu’aux autres » général. Les couteaux à la ceinture, le manque de rigueur dans l’application des lois de la République sur le terrain, les vies fauchées par centaines de milliers ne viennent pas à l’esprit. L’amnésie est générale. Si le premier jeune homme a perdu l’âme sur le coup, le second a respiré jusqu’à minuit avant de s’effacer à jamais tôt hier à l’hôpital Boudiaf de la ville dans le bloc de réanimation. La rue marchande de Graba de Relizane a toujours connu de tels incidents, mais a toujours demeuré telle.

Réflexion
Jeudi 3 Septembre 2009 - 08:00
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