REFLEXION

ATTENTATS DU 11 SEPTEMBRE 2001 : Le jour où le monde a basculé

Une heure et quarante-deux minutes : c’est le temps qu’a duré - le 11 septembre 2001 entre 8 h 46 et 10 h 28 (heure locale) - l’attaque des tours jumelles du World Trade Center de New York, l’événement qui marque la naissance du XXIe siècle, comme la Première Guerre mondiale en 1914 avait inauguré le précédent.



ATTENTATS DU 11 SEPTEMBRE 2001 : Le jour où le monde a basculé
Si peu... est-on tenté de s’étonner quand, dans notre mémoire, il semble que cette catastrophe ait duré bien plus longtemps. En fait, depuis dix ans, elle ne nous a plus vraiment quittés, provoquant dans le monde des bouleversements considérables. Mais avant de les aborder dans ces pages, revenons sur cette journée du 11 septembre 2001. Il est 7 h 59 quand le vol 11 American Airlines - un Boeing 767 avec, à bord, 81 passagers et 11 membres d’équipage - décolle de Boston. Détourné à 8 h 14, il percute la tour Nord (WTC 1) à 8 h 46. Le vol United Airlines 175 - un Boeing 767 encore, transportant 56 passagers et 9 membres d’équipage - avait quitté Boston à 8 h 14. Il est détourné à 8 h 45 et s’abat sur la tour Sud (WTC 2) à 9 h 03, moment où les chaînes de télévision diffusent déjà les premières images en direct de ce que l’on ne sait pas encore être des attaques terroristes.La tour WTC 2 est la première à s’effondrer à 9 h 58, sous les yeux effarés de millions de téléspectateurs. La tour WTC 1 s’écroule trente minutes plus tard, à 10 h 28. Le même jour, deux autres vols ont été détournés vers la Maison Blanche et le Pentagone avec, pour les pirates, l’objectif de frapper l’Amérique au cœur de sa puissance politique. Le vol United Airlines 77 - un Boeing 757 avec 58 passagers et 6 membres d’équipage - s’est écrasé à 9 h 37 à l’ouest du Pentagone. Il avait décollé de Dulles (Virginie). Seul le vol United Airlines 93, parti de Newark dans le New Jersey, a raté sa cible : il devait toucher la Maison Blanche mais s’est crashé au sud-est de Pittsburg (Pennsylvanie), tuant ses 37 passagers et ses 6 membres d’équipage. Le bilan humain des attentats s’établit à 2 976 victimes et 19 terroristes. Sur le plan matériel, 8 immeubles se sont partiellement ou totalement effondrés à New York où 48 autres ont subi des dommages. Le 11 septembre 2001 avait été précédé, deux jours plus tôt, par un autre événement qui a pris tout son sens après les attaques contre les tours du World Trade Center : il s’agit de l’attentat dans lequel le commandant Massoud, opposant au régime des Taliban, a perdu la vie. Il a été assassiné le 9 septembre à Khwadja Bahauddin, au nord-est de l'Afghanistan par deux Tunisiens qui avaient pu l'approcher en se faisant passer pour des journalistes munis de faux passeports belges. La proximité des deux événements indique qu’ils étaient vraisemblablement coordonnés. Al-Qaïda et ben Laden avaient minutieusement préparé leur entrée sur la scène mondiale...

Dix ans après le 11 septembre, qui a gagné?
Dix ans après les attentats du 11 septembre, les États-Unis luttent toujours avec leurs conséquences, faisant face à deux guerres coûteuses et ayant à jamais perdu l'illusion d'être une superpuissance inattaquable.Ben Laden a finalement été tué en mai dernier, mais le bilan reste très lourd pour l'Amérique. Près de 100 000 soldats américains sont toujours en Afghanistan. Environ 7 500 militaires américains ou de pays alliés sont morts dans cette guerre ou en Irak, deux conflits financés par des emprunts qui ont contribué à faire exploser la dette américaine.Ben Laden a-t-il gagné son combat contre l'Amérique? Les attentats du 11 septembre, diaboliquement simples dans leur exécution, ont-ils mis fin à un siècle d'hégémonie américaine? À court terme, la réponse semble être positive. Le 10 septembre 2001, les États-Unis étaient l'incontestable superpuissance mondiale. Leurs finances étaient au beau fixe après des années de croissance. L'optimisme était de mise. Le 11 septembre, le monde abasourdi assiste à l'effondrement des tours jumelles de Manhattan, à l'attaque contre le Pentagone: quatre avions détournés par 19 hommes déterminés, visant quasi-simultanément les symboles économique, politique et militaire de la superpuissance américaine (le quatrième avion, dirigé vers Washington, s'écrase dans un champ en Pennsylvanie). Au soir du 11 septembre, près de 3 000 personnes avaient été tuées, et les Américains avaient perdu le sentiment d'être en sécurité dans leurs frontières. «Cela a été une grande victoire pour Ben Laden», juge Julian Zelizer, historien de la politique à l'université de Princeton. «En tant qu'acte de terrorisme, acte criminel, ce fut un succès. Cela a révélé un million de failles dans le système de sécurité nationale, cela a été catastrophique pour le pays, tant psychologiquement qu'en termes de coût humain». Pour certains analystes, la décision américaine de lancer sans attendre une guerre contre le terrorisme a entraîné des conséquences plus néfastes encore que les attentats eux-mêmes. «Il y a eu un moment, causé par une sorte de syndrome national de stress post-traumatique, où les États-Unis ont accepté toutes les réactions exagérées de l'administration Bush», explique David Rothkopf, de l'organisation Carnegie Endowment for International Peace. «Cela a envoyé un message de panique, de réaction exagérée, nous avons transigé sur nos valeurs, et en fin de compte, cela a fait plus de mal aux États-Unis que n'en avait fait Ben Laden», estime-t-il. «C'est l'objectif du terrorisme: agir et espérer que cela entraînera une réponse chez l'ennemi qui provoque finalement plus de dégâts que l'acte initial». Dans un discours cathartique devant le Congrès, George W. Bush s'était engagé à ce que les terroristes ne puissent plus jamais dormir tranquilles. Et il avait lancé un appel au monde: «soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes». Ont suivi 10 ans de bourbier afghan, une invasion de l'Irak qui a éloigné Washington de ses alliés, les sévices infligés à des prisonniers d'Abou Ghraïb en Irak qui ont dégradé l'image des États-Unis. Les interrogatoires musclés de personnes soupçonnées de terrorisme, l'enfermement à Guantanamo de «combattants ennemis» dont la classe politique américaine ne savait que faire, ont mis à mal certains principes fondateurs de la constitution.Et les milliards de dollars de dette entraînés par les guerres américaines ont encore aggravé la crise économique. Mais à plus long terme, l'opinion des historiens sur l'impact du 11-Septembre est plus mesurée. Le système politique démocratique américain a survécu, même si certains accusent le Patriot Actd'avoir entravé les libertés. L'Amérique est également devenue un pays plus sûr, en renforçant la sécurité aérienne et en restructurant les services de renseignement. Des complots ont été déjoués et aucune attaque terroriste d'ampleur n'a eu lieu sur le sol américain. Dix ans après, les rêves grandioses de jihad international caressés par Ben Laden ne se sont pas concrétisés. «Il n'est pas apparu comme une sorte de leader international. Il a été tué, et le Printemps arabe a envoyé un message selon lequel le fondamentalisme islamiste n'est pas le seul désir des peuples de cette région», note Julian Zelizer. Et après dix ans de «guerre contre le terrorisme», la plus grande menace contre la sécurité et la superpuissance américaine pourrait précisément ne pas être le terrorisme. «Le 11 septembre est un événement important, mais n'est pas à l'origine des changements géopolitiques ou géoéconomiques majeurs», explique M. Rothkopf. Pour lui, la montée économique, diplomatique et stratégique de la Chine, de l'Inde ou du Brésil feront plus pour diminuer la puissance américaine que ne l'a fait Ben Laden. Sans oublier la dette publique, le chômage et le vieillissement, autant de menaces à la prééminence occidentale.

Le Moyen Orient et le prix du 11-Septembre
Le 11 septembre 2011, les attentats terroristes d’el-Qaëda étaient censés nuire aux États-Unis, et ils l’ont fait, mais d’une manière que Oussama Ben Laden n’avait probablement jamais imaginée. La réponse du président George W. Bush aux attentats a compromis les principes fondamentaux de l’Amérique, sapé son économie et affaibli sa sécurité.
L’attaque sur l’Afghanistan qui a suivi les attentats du 11 -septembre était compréhensible, mais l’invasion de l’Irak qui s’ensuivit était totalement étrangère à el-Qaëda, pour autant que Bush ait tenté d’établir un lien. Cette guerre choisie est vite devenue très coûteuse – des ordres de grandeur au-delà des 60 milliards de dollars revendiqués au début – d’autant que l’incompétence colossale est allée de pair avec une déformation malhonnête de la réalité. En effet, lorsque Linda Bilmes et moi avons calculé le coût de la guerre de l’Amérique il y a trois ans, le décompte a minima se situait entre 3 et 5 milliards de dollars. Depuis lors, les coûts ont encore augmenté. Avec près de 50 % des troupes de retour admissibles à recevoir un certain niveau de prestations d’invalidité et plus de 600 000 soldats traités jusqu’ici dans les installations médicales des vétérans, nous estimons que les coûts totaux des prestations d’invalidité et des soins de santé à venir s’élèveront entre 600 et 900 milliards de dollars. Mais les coûts sociaux, tels que les suicides des vétérans (qui ont dépassé 18 par jour ces dernières années) et les ruptures des cellules familiales, sont incalculables. Même si Bush pouvait être pardonné d’avoir enrôlé l’Amérique et la plupart du reste du monde dans une guerre sous de faux prétextes et d’avoir sous-estimé le coût de l’entreprise, il n’a en revanche aucune excuse pour la façon dont il a choisi de la financer. Sa guerre a été la première guerre de l’histoire entièrement payée à crédit. Alors que l’Amérique est entrée dans la bataille, avec des déficits déjà en hausse suite à ses réductions d’impôts de 2001 (tax cut), Bush a décidé de s’enfoncer davantage avec un autre cycle de « soulagement d’impôt » (tax relief) pour les plus riches.Aujourd’hui, l’Amérique est concentrée sur le chômage et le déficit. Les deux menaces pour l’avenir de l’Amérique peuvent dans une large mesure être imputées aux deux guerres en Afghanistan et en Irak. L’augmentation des dépenses militaires, liée aux réductions fiscales de Bush, est une des principales raisons pour lesquelles l’Amérique est passée d’un excédent budgétaire de 2 % du PIB, quand Bush a été élu, à un déficit et à l’état précaire de la dette actuelle. Les dépenses directes du gouvernement dans ces guerres s’élèvent à présent à environ 2 000 milliards de dollars – 17 000 dollars pour chaque ménage américain – sans compter les factures à venir qui vont augmenter ce montant de plus de 50 %.Par ailleurs, comme Bilmes et moi l’avons soutenu dans notre livre La guerre à trois mille milliards de dollars, les guerres ont contribué à la faiblesse macroéconomique de l’Amérique, en exacerbant ses déficits et son endettement. De plus, les perturbations actuelles au Moyen-Orient ont conduit à la hausse des produits pétroliers, ce qui oblige les Américains à dépenser pour des importations de pétrole alors qu’ils auraient pu ètre dépenser pour l’achat de marchandises produites aux États-Unis. Mais alors, la Réserve fédérale américaine a caché ces faiblesses en concevant une bulle immobilière qui a conduit à un boom de la consommation. Il faudra des années pour surmonter l’endettement excessif et l’excédent immobilier qui en ont résulté. Ironiquement, les guerres ont sapé la sécurité de l’Amérique (et du monde), à nouveau d’une façon que Ben Laden n’aurait pas pu imaginer. Une guerre impopulaire aurait rendu difficile le recrutement militaire en toutes circonstances. Mais, comme Bush a voulu duper l’Amérique sur les coûts des guerres, il a sous-financé les troupes, refusant même les dépenses de base – disons, pour des véhicules blindés antimines nécessaires à la protection des vies américaines, ou pour les soins de santé adéquats pour le retour des anciens combattants. Un tribunal américain a récemment statué que les droits des anciens combattants ont été violés (Il faut noter que l’administration Obama affirme que le droit des anciens combattants de faire appel aux tribunaux doit être limité !).Le fait d’avoir fixé des objectifs militaires trop hauts a conduit à la nervosité prévisible sur l’utilisation de la puissance militaire, ainsi que la connaissance de cette menace par d’autres a contribué à l’affaiblissement de la sécurité de l’Amérique. Mais la force réelle de l’Amérique, plus que sa puissance militaire et économique, est son « soft power », son autorité morale. Et cela aussi a été affaibli : les États-Unis violaient les droits humains fondamentaux tels que l’habeas corpus et le droit de ne pas être torturé. Leur engagement de longue date pour le droit international a été remis en question.En Afghanistan et en Irak, les États-Unis et leurs alliés savaient que la victoire à long terme était nécessaire pour gagner les cœurs et les esprits. Mais des erreurs dans les premières années de ces guerres ont compliqué cette bataille déjà difficile en elle-même. Les dommages collatéraux des guerres ont été massifs : selon certaines sources, plus d’un million d’Irakiens sont morts, directement ou indirectement, à cause de la guerre. Selon certaines études, au moins 137 000 civils ont trouvé une mort violente en Afghanistan et en Irak au cours des dix dernières années ; parmi les seuls Irakiens, il y a 1,8 million de réfugiés et 1,7 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays.Toutes les conséquences n’ont pas été désastreuses. Les déficits, auxquels les guerres financées par la dette de l’Amérique ont contribué si puissamment, forcent maintenant les États-Unis à faire face à la réalité des contraintes budgétaires. Les dépenses militaires de l’Amérique restent presque égales à celles du reste du monde, deux décennies après la fin de la guerre froide. Certaines de ces augmentations des dépenses sont liées à la guerre coûteuse en Irak et en Afghanistan et à l’ensemble de la guerre contre le terrorisme, bien que celles-ci aient été gaspillées dans des armes qui ne fonctionnent pas, contre des ennemis qui n’existent pas. À présent, ces ressources sont finalement susceptibles d’être redéployées et les États-Unis vont probablement obtenir plus de sûreté en payant moins. L’organisation el-Qaëda, bien qu’elle n’ait pas été vaincue, ne semble plus être la menace qui pèse si lourd dans le sillage des attentats du 11-septembre. Mais le prix payé pour en arriver là, aux États-Unis et ailleurs, a été énorme – et surtout évitable. Cet héritage sera le nôtre pour une longue période. Il est toujours utile de réfléchir avant d’agir.

Réflexion
Mercredi 7 Septembre 2011 - 22:01
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