REFLEXION

APRES LES ATTENTATS TERRORISTES DU 26 JUIN 2015 : Urgence d’une large coopération internationale liant sécurité et développement

Après les attentats en France, en Tunisie et au Koweït qui ont fait respectivement 1, 38 et 27 morts, la presse internationale unanime parle « d’horreur, de barbarie et de terreur ». Je tiens à m’incliner à la mémoire des victimes et la meilleure réponse qu’on puisse donner à cet extrémisme fanatique c’est de rester fidèles aux valeurs de tolérance, d’humanisme et de liberté. Des stratégies d’adaptation qui interpellent tant l’Algérie sous continent de l’Afrique du Nord et plus globalement l’Afrique, les USA et l’Europe, objet de cette contribution qui relate en brève synthèse différentes rencontres internationales sur ce sujet, auxquelles j’ai eu l’honneur de participer.



1.-Différents thèmes et rencontres internationales sur les liens entre la sécurité et le développement renvoyant au fondement du terrorisme ont été abordés ces dernières années. Suite à l’invitation  du parlement européen, j’ai donné une conférence à Bruxelles le 17 septembre 2013 sur les enjeux géostratégiques  des relations Europe /Afrique via le grand Maghreb où ont été mis en relief  l’urgence d’un co-développement pour une  prospérité partagée afin de lutter contre les tensions sociales qui engendrent la violence sous différentes formes. Le 27 décembre 2013,  à Paris au siège de l’IFRI  nous avons débattu d’un important ouvrage collectif  publié sous la direction de   Mansouria Mokhefi et Alain Antil qui dirigent respectivement les programmes «Maghreb/Moyen Orient» et «Afrique subsaharienne» (1) de l’Institut Français des Relations Internationales –IFRI-  intitulé «le Maghreb et son Sud ,  en présence de plusieurs experts  de renom civils et militaires dont  Jean Pierre CHEVENEMENT et notamment sur le  rôle stratégique de l’Algérie comme facteur de stabilisation de la région, sous réserve d’une entente régionale. Par la suite le 17 février 2014, à l’invitation  de Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre français de l’Intérieur, de l’Éducation nationale et de la Défense,  président de l’Association Algérie-France, en présence d’importantes personnalités (politiques, députés, sénateurs, experts internationaux) des deux rives de la Méditerranée en partenariat avec l’Union européenne, j’ai animé à cette occasion, au siège du Sénat français,  une conférence sur le thème « face aux enjeux géostratégiques pour un co-partenariat entre le Maghreb et l’Europe, facteur de stabilité de la région » . Cela a été suivi d’une autre intervention lors d’une rencontre  internationale  en présence  d’experts et de dirigeants européens, africains et magrébins à Rabat à l’invitation de l’Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique (ARGA) »  qui a organisé une rencontre internationale entre le 26/30 janvier 2014 sur le thème « l’Afrique  doit réinventer son économie » en partenariat avec la Fondation Charles Léopold Mayer pour les progrès de l’Homme, l’African Innovation Foundation.  Toutes ces rencontres ont mis en  relief  les dangers de la pénétration de l’islamisme radical à ne pas confondre avec l’Islam religion de tolérance  avec des menaces réelles tant au Maghreb, qu’en Europe. C’est que les relations entre les deux rives du Sahara et les dynamiques de la conflictualité saharienne actuelle interpellent l’Europe  et  les relations de toutes natures entre le Maghreb, l’Afrique subsaharienne  sans oublier   les conflits au Moyen Orient  et dans certaines contrées en Afrique. Ont été analysés d’une manière opérationnelle en termes de géostratégie   les impacts  de l’effondrement du régime libyen, les conséquences pour la région de la sécession d’un Nord-Mali, l’importance des échanges économiques (formels et informels) et des échanges humains de part et d’autre du Sahara, les flux migratoires notamment des migrants subsahariens qui s’installent désormais dans les pays du Maghreb comme passage  transitoire  en attendant d’aller vers l’Europe, surtout via Italie. Du point de vue géographique et politique, l’Afrique du Nord  comme le rappelle justement Mansouria Mokhefi et Alain Antil –point de vue partagé   dans d’autres contributions notamment deux ouvrages réalisés sous ma direction et celle du docteur Camille Sari, avec 36 experts internationaux-économistes-sociologues- juristes – politologues, militaires-   sur le Maghreb  face aux enjeux géostratégiques ( deux volumes 1000 pages -Edition Harmattan Paris juillet 2014 (2),  était et reste toujours une sorte de barrière sur la voie des réfugiés illégaux des pays d’Afrique subsaharienne en Europe. Pour Eric Denécé, Directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, est clair sur l’origine de la situation présente: «il faut dire et répéter que le facteur déclenchant tout cela est l’intervention occidentale en Libye ». Ce qui ne disculpe pas l’ancien régime fondé non pas  sur des institutions mais sur des relations personnalisées qui explique l’effondrement   actuel de l’Etat libyen et dont bon nombre d’Etat  devraient tirer les leçons renvoyant à la mise  en place d’un   processus démocratique. Pour  le directeur du FBI, James Comey qui a affirmé le 14 novembre 2013 devant le Congrès «qu’Al Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi) constituait une forte menace aux intérêts américains et occidentaux dans la région de l’Afrique du nord et du Sahel».  
 Il a cité l’opération terroriste perpétrée contre l’installation pétrolière de Tiguentourine en Algérie (Illizi) ainsi que celles commises contre le consulat américain à Benghazi et la mine d’uranium exploitée par une société française à Arlit (Niger). Pour le directeur du Centre américain du contre-terrorisme, Matthew Olsen, dont les services dépendent du Directeur du renseignement national des Etats-Unis (DNI), devant la commission sénatoriale que si l’intervention militaire conduite par la France au Mali a permis de chasser AQMI et ses alliés des villes qu’ils contrôlaient auparavant, ces groupes arrivent, cependant, à trouver refuge dans les zones les moins peuplées du nord du Mali et continuent à commettre des attaques de représailles.
2.-Aussi ces récents évènements dramatiques de juin 2015 le rappellent  fortement, rend urgent une coordination internationale liant sécurité et développement. Bien  qu’existe une prise de conscience, soulignant  que certaines dictatures  se nourrissent du terrorisme qu’elle favorise par une mauvaise gouvernance engendrant  l’exclusion et le manque  de cohésion sociale, à ce jour , peu actions opérationnelles coordonnées  notamment dans le domaine du renseignement. Certes, face à la menace de l’insécurité et du crime organisé  se sont établis des dialogues stratégiques entre Etats les  Etats-Unis  et Europe notamment  considérant le Dialogue stratégique   dans les domaines politique, économique, culturel, scientifique et sécuritaire, est le moyen  le plus efficace afin  de lutter contre le terrorisme international. Les différentes résolutions concernant notre région  ont toujours  insisté sur une coopération étroite des pays du Maghreb, posant l’urgence de l’intégration du grand Maghreb et d’une manière générale  du sous intégrations régionales du continent Afrique. En effet,  ce   thème a été  développé lors d’une rencontre internationale des experts le 04 décembre 2013 à Paris, en marge du sommet des 06/07 décembre 2013  à laquelle j’ai participé. La résolution finale a mis  l’accent sur l’obligation de mettre en application une stratégie interrégionale qui associe l’ensemble des pays de la zone en plus des partenaires européens –américains  du fait que la région est devenue un espace ouvert pour divers mouvements terroristes et autres groupes qui prospèrent via le trafic d’armes ou la drogue, menaçant la sécurité régionale et par ricochet l’Europe et les USA. La résolution finale avait mis en relief   l’urgence d’une coopération tant africaine que mondiale dans la lutte contre la criminalité transnationale  nécessitant une amélioration des bases de données afin de lutter efficacement contre le crime transfrontalier et le terrorisme.  Ont été mise en relief la nécessité de  lever les contraintes du fait que la corruptibilité générale des institutions pèsent lourdement sur les systèmes chargés de l’application des lois et la justice pénale en général qui ont des difficultés à s’adapter aux nouveaux défis posés par la sophistication des réseaux du crime organisé. La collaboration inter-juridictionnelle est ralentie par l’hétérogénéité des systèmes juridiques notamment en Afrique du Nord et en Afrique noire. De plus, la porosité des frontières aussi bien que la coordination entre un grand nombre d’agences chargées de la sécurité aux frontières posent de grands problèmes. À terme, la stratégie doit  viser à attirer graduellement les utilisateurs du système informel vers le réseau formel et ainsi isoler les éléments criminels pour mieux les cibler tout en diminuant les dommages collatéraux pour les utilisateurs légitimes.
 3.-Sans un véritable développement conciliant efficacité et équité, et la résolution politique  de la situation en Libye, les choses risquent de ne pas  évoluer favorablement et risquent de déstabiliser l’ensemble des pays du Maghreb et de l’Afrique.  L’erreur stratégique des nouveaux dirigeants libyens après la chute du régime Kadhafi  a été d’essayer  de construire un Etat jacobin centralisé, loin des spécificités  régionales, pour un partage équitable de la rente,  comme je l’avais signalé à l’ambassadeur libyen lors d’une conférence à Malte  organisée par  l’Union européenne  en avril 2012, qui m’avait annoncé que plus de 60 milliards de dollars n’étaient plus recouvrables étant déposés sur des comptes anonymes ou personnalisés. Kadhafi disparu, ce pays n’ayant jamais eu d’Etat au sens proprement dit,  des centaines de milliers, dont 15 000 missiles sol-air étaient dans les entrepôts de l’armée libyenne, puis ont équipé les rebelles au fur et à mesure de leur avancée dont une partie a été accaparée par différents groupes qui opèrent au Sahel, puis par d’autres groupes  terroristes venus d’autres régions. Cependant à la lumière  des derniers attentats en Europe, il y a lieu  d’éviter  des déclarations hâtives de verser dans la xénophobie qui alimente le discours des extrêmes, car  l’Islam autant que toutes les grandes religions monothéistes  le judaïsme, le christianisme sont des religions qui prêchent la paix et la tolérance. Ce qui se passe actuellement ne saurait en aucune manière refléter les idéaux de l’Islam. Aussi, Daech », organisation fondamentaliste ne saurait donc référer les idéaux de l’Islam  profilant tant d’une crise tant morale  au niveau de certains dirigeants que de l’accroissement de la misère tant en Occident qu’en Orient. C’est que  la résolution de ce mal implique de s’attaquer à l’essence (un co-développement) et non aux apparences. Une étude du Forum économique mondial – WEF- du 14 novembre 2013  révèle que fortement secoués depuis deux ans par des crises politiques à répétition, les pays d’Afrique du Nord, sont à l’aube d’une crise majeure et sont une source d’inquiétude, ces pays traversant une crise morale du fait du manque de valeurs au niveau du leadership. Le fossé entre les riches et les pauvres devient de plus en plus grand et tandis que l’écart de revenus renforce les inégalités en matière de richesse, l’éducation, la santé et la mobilité sociale sont toutes menacées. L’étude met en garde contre les conséquences pernicieuses du chômage : «une génération qui commence sa carrière dans un désespoir complet sera plus enclin aux politiques populistes alors que l’ampleur de la récession mondiale et le rythme du rétablissement ont laissé des cicatrices profondes, spécialement parmi la jeunesse».  Le rapport considère «qu’il y a maintenant un consensus croissant selon lequel la région (Mena, Proche-Orient et Afrique du Nord) est à l’orée d’une période d’incertitude croissance, aux racines ancrées dans la polarisation de la société.
En résumé, il  est  reconnu que l’Algérie, pesant 40% du PIB maghrébin, et ayant une longue expérience de la lutte contre le terrorisme  est un acteur incontournable de la stabilité de la région. Mais pour cela   s’impose en urgence un front social interne solide  car  le terrorisme étant une menace planétaire supposant une large coopération régionale et internationale. L’Algérie ne saurait à la fois supporter seule le fardeau financier avec la chute du cours du pétrole. Sur le plan diplomatique et sécuritaire,  son audience sera forcément limitée à terme sans un véritable développement et une entente régionale. Espérons donc pour le devenir de l’Algérie que cette rente en voie d’épuisement  soit déployée pour consolider le front social intérieur, réaliser un véritable développement loin de l’actuelle mentalité rentière,  impliquant l’approfondissement des libertés, de l’Etat de Droit et de la démocratie tenant compte de notre anthropologie culturelle.
*Docteur Abderrahmane Mebtoul Expert International, Professeur des Universités en management stratégique.
(1)-Mokhefi Mansouria et Antil Alain – CNRS/Alpha (27/12/2012) «Le Maghreb et son Sud : vers des liens renouvelés»
(2) -Sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul est parue en  décembre 2013 à l’Institut français des Relations Internationales- IFRI- (8ème think tank mondial) sur le thème «Le Maghreb face à la sphère informelle» en cinq chapitres – La situation des économies maghrébines – Problématique de la définition de la sphère informelle (liens entre bureaucratie et l’informel) – Le poids de la sphère informelle dans les pays du Maghreb- Les effets indirects du secteur informel (corruption- travail des enfants – drogue) et enfin comment intégrer la sphère informelle au sein de la sphère réelle. Voir également notre étude publiée par l’Institut français des Relations Internationales (IFRI) La coopération Europe/Maghreb face aux mutations géostratégiques mondiales- chapitre III le Maghreb et la sécurité euro-méditerranéenne, du professeur Abderrahmane Mebtoul. avril 2011 (70 pages Paris France).
(3)- Deux importants ouvrages coordonnés par le professeur Abderrahmane  Mebtoul et le Dr Camille Sari (de la Sorbonne) sont parus en juillet 2004 à Paris Edition Harmattan  – tome 1-traitant des institutions et de la gouvernance (480 pages) et le tome 2 des volets économiques sous différents aspects (520 pages) regroupant pour la première fois -36 experts et professeurs d’université algériens- marocains- tunisiens- mauritaniens et libyens- européens.
 (4) En partenariat avec le Ministère des Affaires Étrangères français, la Direction Générale de la Mondialisation, du Développement et des Partenariats et l’Agence Française du Développement la revue internationale «Passages» a organisé le mercredi 4 décembre 2013 à Paris une rencontre sur «l’Afrique» en marge de la conférence organisée par la France du Sommet France-Afrique qui s’est tenue les 6 et 7 décembre à Paris. Ont Participé le professeur Emile H. Malet, Directeur de la revue Passages et de l’association ADAPes, Edmond Alphandery, ancien Ministre de l’Economie, Philippe Douste-Blazy, ancien ministre  des affaires étrangères actuellement  secrétaire général des  Nations Unis - Président de l’organisation internationale UNITAID, LaoukissamFeckoua, ancien Ministre du plan du Tchad -Gunnar Lund, Ambassadeur de Suède en France et Abderrahmane Mebtoul, Professeur des Universités, Expert international -Algérie.

 

Docteur Abderrahmane Mebtoul Expert International,
Samedi 27 Juin 2015 - 18:03
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