REFLEXION

AIN TEMOUCHENT : La cité juste de la République de ‘’Platon’’ n’existe pas à Beni Saf

La vraie ville ou la ville équilibrée est un lieu où existent, vivent et cohabitent des « ghachis », des individus et des citoyens à prédominance agricole, dans un contexte où l’ordre, le droit, la discipline et la loi représentent la norme de la régularité, source de cohésion interne, elle cimente les valeurs d’une société humaine et rapproche le justiciable du justicier, c’est aussi un lieu par excellence de production économique, sociale et culturelle, ce lieu est fait d’échange où l’expression plurielle, individuelle ou groupe sociaux coexistent normalement à l’intérieur d’ un système normé semblable à un organisme vivant.



La ville est équilibrée par la  balance, le glaive et la plume, ces trois systèmes veillent juridiquement et justement  au bon fonctionnement de la cité. Une vraie ville équilibrée dispose à travers son génie un cachet (symbole) propre pour se faire valoir en tant que telle, une ville peut avoir un cachet culturel, balnéaire, thermal, militaire (forteresse), universitaire (pôle de savoir), industriel, administratif, portuaire…Ce cachet ne peut avoir lieu qu’avec  l’art du savoir faire et du savoir être, l’art de création, la culture et la morale qui font pérenniser la cité équilibrée. L’entregent  de la ville algérienne en général est mené et orienté  exclusivement par l’Etat (au sens propre algérien)  selon les dispositions contenues dans la loi  n°06 – 06 du 20 février 2006 portant loi d’orientation de la ville. A cet effet, la politique de la ville est initiée et conduite par l'Etat qui en définit les objectifs, le cadre et les instruments selon lesquelles les différents secteurs et acteurs concernés œuvrent ensemble pour la réalisation d'une conduite  organisée de la  ville de manière cohérente et féconde, à partir des choix arrêtés par l'Etat et des arbitrages communs et dont les premiers responsables régionaux et locaux méconnaissent. Une ville est un lieu privilégié de l’expression de la citoyenneté et de la démocratie de proximité qui va dans le sens de la conformité des principes de l’Etat de droit. La ville algérienne  est administrée à la fois par deux modes de gestion administrative dont la « déconcentration » distance largement la « décentralisation » car les  missions et attributions sectorielles de la première sont confiées au niveau local, avec plus de prérogatives aux représentants de l'Etat central. Tandis que pour ce qui est de la décentralisation, la collectivité locale ne dispose de pouvoirs et d'attributions que ceux qui lui sont dévolues par la loi. La commune algérienne est cette entité qui est chargée uniquement de faire pitoyablement et piètrement la gestion de la ville. Les principales  et réelles compétences nécessaires de la commune inventoriées sont en partie  l’économie, le social, la santé et l’hygiène du milieu, l’urbanisme, la culture, le sport et les loisirs. Ce sont les ingrédients de la recette permettant par une optimisation (efficacité+efficience) à  instituer une ville équilibrée dont la qualité du cadre de vie et l’amélioration des services publics  ne peuvent résulter  de :
1-l’économie : c’est le  créneau le plus important  de la survie de la ville, l’encouragement, l’initiation et les impulsions sont des énergies  nécessaires pour l’APC  face à un environnement externe et central  hostile (juridico-administratif-politique-economique-sociologique-culturel-technologique-geographique-information.) pour encourager le développement économique via des investissements qui se rapportent  en premier au cachet de la ville comme par exemple :
* pour  la ville de Beni Saf  le port-la pêche-le minerai –et le tourisme en qualité de station balnéaire représentent les domaines propices pour une large exploitation en mettant beaucoup de savoir faire, l’argent, la matière étant disponible. La participation, la décision, la responsabilité et la réalisation concernant le capital social, et le plan de développement  local doit être muri et doit être suivi d’un contrôle très minutieux sur les réalisations, sur les utilisations et les affectations des sols. Beni Saf, une ville altérée où la platitude est maitresse en ces temps-ci, il n’y a pas de droit, il n’ y a que des faveurs que les bureaucrates veulent bien accorder, et le trafic d’influence que les bureaucrates tendent à banaliser, vu que l’anarchie se la coule douce dans les affectations et utilisations des sols, une zone industrielle qui ne possède point de cahier de charges …. Des constructions illicites se matérialisent au grand jour au vu et au su des premiers responsables, des déformations de façades d’immeubles et de particuliers deviennent  monnaie courante…point de lopin de terre pour mettre une PME créatrice de valeur en biens et services et en emploi.
2-le social : Il est important de faire fructifier la société civile par le biais d’associations actives qui balisent le cadre de la gestion de la ville selon des mécanismes transparents, la transparence fait peur à tout gestionnaire incompétent. Le service social communal ne fait que gérer les dispositifs que l’Etat  a mis en place pour les nécessiteux, en dehors de cela, un vice d’exécution d’APC n’est pas utile encore moins nécessaire. Le plus important et inexistant dans ce service est la préparation de  différents plans opérationnels qui doivent être mis en place pour solutionner les problèmes tels : habitat (distribution), circulation, l’emploi, les handicapés, schéma d’aménagement environnemental de la ville en incorporant les sphères de l’activité économique.
3-l’ urbanisme : Entretenir l’existant d’abord et convenablement selon les normes de la cité (immeubles-équipements- infrastructures), l’aménagement du territoire doit être modelé selon un plan bien détaillée où les instruments d’urbanisme soient mises en exploitation dans toute sa rigueur ainsi que la protection des sols, des espaces verts, de la signalisation, de tout le mobilier urbain.
4-la santé publique : La fraction environnementale englobant  l’hygiène, la salubrité, les eaux usées, l’eau potable, les déchets de toute nature doivent faire l’objet d’étude pour dégager des plans d’action opérationnels dont les faisabilités répondent à des normes de cité.
5-la culture, les loisirs et les sports : Les associations culturelles et sportives doivent s’imprégner davantage pour valoriser les centres culturels, les infrastructures sportives, les bibliothèques, les parcs… afin d’ensoleiller et d’éclairer la ville pour que l’individu  se reconnaisse en tant que citadin.
Par ailleurs, la déficience constatée dans la gestion de proximité que l’Etat n’a pas su associer, par tout moyen le citoyen à la gestion de toutes les actions se rapportant à son cadre de vie. Cette exclusion a engendré des effets pervers, jusqu'à ce que l’homme devienne la négation de la richesse de la morale  sociale et  il compromet plus à la dégradation (hadi taa bak ! «  Notion du Baylek » c'est-à-dire que  tout ce qui est étatique relève du domaine public, cette conception amène l’individu à se servir et faire jouir à réplétion pour chaque occasion qu’au développement), foulant au pied les règles les plus élémentaires, ainsi que les lois qui régissent la cité, profitant de leur rang, de leur titre, de leur stature et font un esbroufe ostentatoire  de leur mal acquis et leurs faux privilèges. Cette approche ne peut faire décoller, ni avancer, ni propulser  vers un développement durable comme le  décrit l’Etat centralisateur vis sa vis de sa loi su citée. Pour mieux illustrer la conception de la ville, un exemple sur une petite ville algérienne mérite d’être narré et Beni-Saf fait bien l’affaire et l’exemple. Beni-Saf  n’est plus cette ville d’antan (décennie 70), attentive aux moindres murmures, c’était un lieu privilégié de l’expression au pluriel de la citoyenneté. La ville avait un cachet à la fois touristique, balnéaire, portuaire et économique. La véritable ville où chaque Beni-Safien aspirait avoir pour bien vivre le jour comme de nuit dans toutes  ses commodités les plus élémentaires (service public), la sécurité, il n’était plus besoin de se bousculer le matin pour avoir son petit pain frais et sa bouteille  de lait « clo » en verre, l’élève ne portait pas de tablier mais son comportement indiquait que c’était un élève poli du primaire ou gentil  du moyen, ou le mécanicien ne cohabitait pas avec le peu de  médecins qu’ils y avaient, ou la ruelle d’aujourd’hui englobe l’expert ou plutôt « cabinet » de l’avocat, le vulcanisateur, la superette, le tôlier, le gargotier  et le marchand ambulant qui étale sa marchandise sur le trottoir à même de la mosquée ou bien du toubib, la rue est ornée de poteaux électriques mal plantés et munie de lampes grillées ou détériorées, les ordures jonchent  à même les faux  trottoirs  au parage des écoles, des cafés et des restaurants. Les espaces de détente et de loisirs à la hauteur des besoins des habitants de la ville, le cimetière de Benikhaled devenu un vidoir et dépotoir d’ordures, les forêts urbaines récréatives, les parcs d’espaces verts et les jardins publics étaient bien entretenu jadis, dans l’ordre, la propreté et l’entretien, la ville était bien assumée par la qualité de professionnalisme.  En 1970 il y avait un garde champêtre à Beni Saf, il mérite d’être cité honorablement car c’était un « grand homme » il s’appelait Brâhmi et son surnom « beaux yeux » ce garde champêtre exerçait  convenablement ses compétences dans plusieurs  domaines comme celui de la police des eaux ou encore la police de l’urbanisme, la police de l’environnement, de la voierie, de la propreté, du patrimoine communal…. De plus en plus, ces missions s’orientaient vers la protection de l’environnement et la préservation des espaces publics  naturels. Seul, le  « beau yeux » était capable de mener à bien sa mission et il faisait à merveille concilier avec une virtuosité extrême les droits des individus avec les exigences de l’ordre public. La ville était bien ordonnancée, elle était bien équilibrée. Au fur et à mesure que le dirigisme des pouvoirs publics se renforçait au détriment d’une perte imposée de la société civile, face à une crise très aigue de logement, la situation de la ville s’est soldée par une nouvelle mentalité où l’esprit des individus devenait peu créatif et beaucoup plus  égocentrisme, le résultat de ces effets néfastes prodiguaient des cités dortoirs qui balayaient d’un seul trait la notion de la ville. La contestation sociale s’amorce depuis ce vide culturel, ce cadre ornemental indécent et  ce cadre de vie obscène face à des services publics médiocres et parfois inexistants…. Ce qui engendra l’injustice et le non droit, l’exclusion, la marginalisation,  le chômage, et puis la  violence… Face à une caste dont la fortune est constituée de rapine, de pot de vin, de dessous de table, de rien on redevient milliardaire, cette insolence de signes extérieures de richesse de gens sans foi ni loi s’engraissent sur le dos du peuple et de l’état en même temps.
Beni-Saf d’aujourd’hui avec ses cafés soulés et empiffrés de monde, les Beni-Safiens  causent pour ne rien dire, où la grande masse parlote très fort  mais  très peu  d’entre eux  écoutent, beaucoup savent parler mais bien peu savent le faire. La vérité n'appartient qu'à ceux qui savent, les autres ont le droit d'avoir celle qu'ils se sont inventées, le cendrier n’est pas  utile, le sol est déjà  un grand cendrier, l’atmosphère est fumante.
*Beni-Saf avec son centre-ville crasseux, la cohabitation saleté, odeurs nauséabondes, désordre, marché des fruits et légumes, école primaire et petits bambins, les flâneurs ou plutôt passeurs ne font plus attention à tout ce qui est d’égueulasse.
* Beni-Saf et ses gargotes qui utilisent impunément les lieux publics (trottoirs) comme cuisine pour public, l’odeur qui se dégage des rôtisseries et barbecues est la nouvelle pub gastronomique ! À la Benisafienne.
De ce désordre, s’estompe le respect de ce qui est bien, fait disparaitre le respect du bien matériel, se  dissipe le respect des règles de société, supprime toute action initiatique, le citoyen se retrouve dans la notion du GHACHI incognito…  et c’est la ville des « ghachis » qui détrône la ville du citoyen
 Et la loi de l’orientation n’a plus cette force ou la  mission de  puissance publique pour que la ville à travers sa bonne gestion, une bonne stratégie fixant les priorités pour le développement durable de la ville. La mission de promotion du développement de la cité devrait être  suivie de bonnes tactiques pour mieux normer la ville dans le cadre de son mobilier urbain qui est  squatté par de l’informel, la surveillance de l’urbanisation anarchique, l’ornement des espaces verts, favoriser une économie verte  productrice de bénéfice servant à financer l’entretien des routes, développer l’écocitoyenneté, une éducation où le petit geste social représente l’utile, l’agréable, le nécessaire et le beau pour la cité; la collectivité doit investir sur  l’implication de la société civile qui les  prendra en charge avec:
1*La culture: la ville doit nécessairement représenter un espace de création, d'expression culturelle, dans le cadre des valeurs universelles.
2*L'information: les citoyens devront être  informés, de manière permanente, sur la situation de leur ville, sur son évolution et sur ses perspectives.
3*La bonne gouvernance: l'administration devrait agir dans l'intérêt général dans un cadre transparent et surtout être  à l'écoute du citoyen.
4*L'équité sociale: les valeurs universelles religieuses et morales, la cohérence, la solidarité et la cohésion sociale constituent la pierre angulaire  de la cité.
5* La préservation: le patrimoine matériel et immatériel de la ville doit être sauvegardé, préservé, protégé et valorisé, il représente la matière des historiens.
Enfin, une cité équilibrée est une entité où la transparence chasse toute platitude matérielle et spirituelle, elle favorise et achemine l’acte d’investir vers plus de bien être dans un contexte libre et démuni de corruption et de gaspillage. Le véritable chemin pour la cité est bien le progrès, la richesse, l’honneur, la justice et l’équité.

Benallal Mohamed
Vendredi 24 Janvier 2014 - 17:29
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