REFLEXION

AFFRONTEMENTS TRIBAUX : La Libye s’enfonce dans le chaos



Les affrontements entre la tribu Ouerchefana et la ville de Zaouiyah ont fait 4 morts et plusieurs blessés et les combats se poursuivent toujours ».  Je connais bien Zawia (ou Zaouiyah), dans la banlieue ouest du Grand Tripoli. J’y ai tenu le VIe Congrès du MEDD-MCR, début février 2011, quelques jours avant le début des événements qui ont détruit la prospère Jamahiriya. Le dernier forum du MCR et de l’ancienne Libye. Zawia était une ville riante et moderne de 150.000 habitants. Une municipalité paisible en pleine expansion. Mais aussi un fief des islamistes dans certains quartiers, tolérés, dans le cadre du conflit qui opposait les socialistes étatistes aux libéraux, qui, précisément, s’étaient alliés à plusieurs reprises à ces islamistes. Annonçant la future configuration du CNT de Benghazi.  J’ai décris dès Août 2012 la somalisation de la Libye post-CNT made in NATO (1), sa longue descente vers le chaos. Il y a la belle histoire, le storytelling des spin doctors de l’OTAN ou de BHL. Et il y a la réalité d’une Libye en plein chaos derrière les médiamensonges et la propagande, une nouvelle Somalie sur la Méditerranée …

AFFRONTEMENTS TRIBAUX
Voici maintenant les médias de l’OTAN qui sont contraints de dévoiler la réalité de cette Libye somalisée. « Des affrontements ont éclaté jeudi soir entre des membres de la tribu de Ouerchefana et des habitants de la ville de Zaouiyah (ouest de Tripoli)  faisant 4 morts et plusieurs blessés », a indiqué samedi soir le Premier ministre fantoche libyen Ali Zeidan. « Les affrontements entre la tribu Ouerchefana et la ville de Zaouiyah ont fait 4 morts et plusieurs blessés et les combats se poursuivent toujours », a indiqué M. Zeidan lors d'une déclaration à la presse.  Il faut noter que la grille de lecture tribale – voir la fin de cet édito – n’explique pas la situation libyenne. Et que durant les années Kadhafi (1969-2011), la Libye s’était développée et urbanisée. Une population urbaine éduquée avait pris ses distances avec les tributs. Et aujourd’hui cette distance conduit à des affrontements entre citadins et gangs et milices issues des tributs revitalisée par la politique du gouvernement fantoche de l’OTAN et aussi l’influence des factions islamistes. Ce n’est pas seulement le leadership du Colonel Kadhafi qui unissait les composantes de la société libyenne. Mais aussi les institutions de la Jamahiriya et de sa Démocratie directe. Et encore la prospérité économique, le bien-être social, la paix civile. La guerre d’agression de l’OTAN a mis un terme à tout cela. La misère, le désastre économique, l’effondrement total des institutions jamahiriyennes et de l’Etat central, Armée comprise, l’insécurité et la violence, tout cela a conduit à la violence et à la justice privée. La Libye aujourd’hui c’est un Farwest chaotique sans chérif.

LE RECOURS A UNE ARMEE IMPUISSANTE
Selon Ali Zeidan, "des contacts ont été établis par le président du Congrès général national (CGN), la plus haute autorité politique et législative du pays – qui usurpe le nom du Congrès général populaire, l’institution centrale de la Démocratie Directe sous Kadhafi -, Nouri Abousahmein, le ministre de la Défense et le chef de l'état-major militaire avec les deux parties', ayant abouti à l'envoi de troupes de l'armée pour s'interposer entre les belligérants. "Nous souhaitons que les deux parties cessent les combats afin que cette force d'interposition puisse se déployer sur le terrain", a indiqué Ali Zeidan qui a déploré "la facilité du recours par les citoyens aux armes(...) quelles que soient les raisons" (sic). Des sources concordantes ont expliqué à l'AFP que « le conflit avait éclaté jeudi soir quand un groupe armé de Ouerchefana a attaqué un centre médical près de Zaouiyah , tuant deux personnes et en enlevant une autre. Des hommes armés de Zaouiyah sont allés dans le fief de la tribu de Ouerchefana pour libérer l'homme kidnappé et appréhender les assaillants, ce qui a envenimé la situation », indiquent ces mêmes sources. Depuis la chute de la Jamahiriya en octobre 2011, plusieurs affrontements meurtriers ont eu lieu entre tribus, notamment au sud et à l'ouest de la Libye, en raison de différents historiques ou pour le contrôle de la contrebande sur les frontières. Qui a fait son apparition depuis 2011, amplifiée encore par les trafics des groupes islamistes radicaux du Sahel. Pour qui le désert libyen est devenu une zone de repli. L’analyse de l’AFP – qui confirme avec un an de retard la mienne – est sans appel : « L'abondance des armes en circulation et l'existence de stocks peu contrôlés, ajoutées à l'incapacité des nouvelles autorités à former une armée et des forces de police capables d'imposer l'ordre dans le pays, ont contribué à la recrudescence des violences en Libye ces derniers jours ».
LA REGRESSION GENERALE PAR RAPPORT A LA LIBYE DE KADHAFI
Depuis l’invasion et l’occupation de la Libye en 2011, on a écrit beaucoup de stupidités sur la Jamahiriya. Réduite, pour justifier l’agression occidentale, à un non-état reposant sur des bases tribales. C’est confondre le résultat de l’invasion de l’OTAN et la somalisation de la Libye avec le régime mis en place par Kadhafi de 1969 à 2011. Les bases idéologiques de la Jamahiriya, des institutions de la Démocratie Directe libyenne, ce ne sont pas comme l’avait écrit en 1985 la revue GEO « Marx et Allah ». Mais on est déjà là bien loin du non-état tribalisé des médias de l’OTAN ! Ces bases, c’est le Jacobinisme français. Celui révolutionnaire de Robespierre et de la Première Commune de Paris, celle de 1792-94.   La Démocratie directe libyenne s’inspire largement de l’expérience de Démocratie directe de la Première Commune de Paris (1792-1794) et du Comité de Salut Public. Les références sont publiques et nombreuses au gouvernement révolutionnaire de Robespierre (2). La Jamahiriya était un état idéologique (3), avec une vie politique organisée autour d’une expérience avancée de Démocratie Directe, avec des assemblées et des débats à tous les niveaux – des quartiers au « Congrès populaire général » (qui remplaçait le Parlement), en passant par les 34 municipalités, les SABHIATES – avec des cadres politiques organisés, les « Comités Révolutionnaires ». Une expérience-pilote suivie dans d’autres pays, au Venezuela par exemple (4). Ceci en plus d’une économie socialiste, et d’un état social protecteur et redistributif et d’une économie dirigée.

Luc Michel
Lundi 26 Août 2013 - 13:00
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ACTUALITÉ
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