REFLEXION

ADJIA, UNE ALGERIENNE RESIDANT EN France : Trente ans à devoir vivre avec l'identité d'une morte



ADJIA, UNE ALGERIENNE RESIDANT EN France : Trente ans à devoir vivre avec l'identité d'une morte
C'était un incroyable secret de famille qui a volé en éclat. La petite Leila s'est vue imposée de vivre sous l'identité de sa cousine morte an Algérie deux ans avant sa naissance Dans son appartement derrière l'ancien marché gare de Lyon, elle est encore abasourdie. Heureusement entourée de sa fille et de ses fils. « Elle », parce qu'on hésite encore à la prénommer. Adjia comme tout le monde l'a toujours appelée pendant ses trente dernières années ou Leila, son vrai petit nom dévoilé il y a peu à la suite du décès de son oncle ? « Je ne sais plus très bien qui je suis, quelle est mon identité, comment j'ai vécu ». Flash-back pour dissiper ce halo de brouillard. En 1979, c'est un véritable conseil de famille qui se tient dans la grande maison de Constantine (Algérie). La jeune Leila G. souffre le martyre depuis qu'elle a été blessée au pied et soignée par un charlatan. Décision est prise par ses parents de la confier à son oncle, installé à Vénissieux depuis les années soixante dont la fille Aldjia a disparu en 1965 et qui entend réaliser un regroupement familial. C'est alors qu'on « profite » du décès jamais signalé de cette petite-cousine morte à l'âge de trois ans pour procéder à un échange de prénom. Leila n'existera plus et pourra venir se faire opérer à Lyon. Ce sera ainsi et pour toujours. « A 14 ans, je n'avais qu'à me taire. Ça a été un déchirement de quitter mon pays, ma vraie famille. Mais on m'avait fait jurer de garder le secret ». Un secret qui durera plus de trente ans. jusqu'au jour de février 2010 où l'usurpation d'identité est révélée. Par dénonciation. La machine judiciaire s'emballe. Leila, qui n'a jamais été condamnée, a toujours travaillé avant de se retrouver à 46 ans au RMI, se voit reprocher des sommes évidemment indûment perçues. la brave mère de famille, effacée au possible, devient une délinquante qui aurait profité d'une manière éhontée du système social français. Sa comparution en correctionnelle la semaine passée a mis en évidence l'absurdité des poursuites et le parquet ne s'y est pas trompé dans un réquisitoire en forme de vibrant plaidoyer pour réclamer une relaxe. « Elle a payé ses impôts, elle avait droit à ses indemnités, on l'a tenue au secret puis dénoncé de plus vilaine des manières », s'est enflammé Gilles Proisy laissant à Me Hervé Guyenard le soin d'emporter la conviction du tribunal. Relaxe totale. Une victoire sur le destin ? Pas si sûr car Leila, aujourd'hui la bien nommée, se trouve matériellement sans titre de séjour. Si la menace d'expulsion ne paraît pas être d'actualité, elle n'en demeure pas moins sans droit ni titre sur le territoire national. Certes, à moins d'un appel du parquet que personne ne comprendrait, elle n'aura pas à rembourser les quelque 15 000 euros perçus ces dernières années au titre des prestations sociales et de l'assurance-maladie mais, depuis le début de l'affaire, tous ses droits sont bloqués. Fini le RSA depuis mars. Coupées les APL. Bonjour la menace d'expulsion de son HLM. Interdite la possibilité de trouver un travail. Evidemment puisqu'elle n'a pas de papiers. Pour Hervé Guyenard, c'est un nouveau combat qui s'annonce. En fait pas vraiment nouveau puisque, dès la mi-juin, il a alerté le préfet sur la situation on ne peut plus particulière de sa cliente en vue d'une régularisation et de la délivrance d'un titre de séjour. Une requête réitérée, le 30 juin et le 8 septembre mais qui aujourd'hui reste lettre morte. En attendant, Leila ne peut compter que sur l'aide matérielle de ses enfants. Des enfants exemplaires qui la soutiennent. Des enfants qui aussi, il y a encore quelques mois, appelaient leur maman Aldjia.

Ismain
Mardi 12 Octobre 2010 - 00:01
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