REFLEXION

A LA MEMOIRE DE LA DEFUNTE,DIRECTRICE DE L’EDUCATION DE SAIDA :Une grande dame nommée Mama

C’est en septembre 1982 que la professeure Bechedad Mama commença sa carrière. Dés le début, Monsieur Aissaoui, le proviseur du lycée Zerrouki de Mostaganem décela une énergie chez ce bout de femme, une soif de savoir qui fait le label des enseignants d’exception.



Petite de taille, vive, avec un visage poupin, des pommettes relevées et un petit nez retroussé, Mama avait unevision qui interrogeait constamment avec douceur mais détermination. C’est sous ce regard que Mr Ghezali Tahar, Proviseur retraité de l’Education Nationale la décrit :« Elle en imposait aux grands gaillards qui peuplaient les classes de terminales où elle se retrouvait plus souvent qu’à son tour parce que là où elle se trouvait l’administration était rassérénée : les cours se déroulaient dans le calme, la constance, la qualité. Elle était une professeure admirée et respectée. Finit par se tisser une amitié longue et sans faille parce qu’ayant pour dénominateur commun le métier bien fait et le désir d’être au service des autres. Ses amies étaient trois et je les appelai les trois mousquetaires puisqu’elles étaient quatre[1] comme dans le roman. Il faut ajouter au cénacle M. Ghezali Tahar qui enseignait l’anglais et Benchehida Mansour qui était le Conseiller d’éducation. Le reste de la centaine d’enseignants que comptait l’établissement comportait des enseignants qui ont marqué de leurs empreintes des centaines d’élèves, citons BouksaraDjillali pour la physique ou Moumou Mohamed pour les mathématiques. Mais le personnage emblématique restait l’enseignante d’histoire-géographie, Bechedad Mama. Imperceptiblement, le temps passait, ces enseignants vivaient dans une bulle où l’unique souci était les élèves, tout le reste, même parfois les soucis domestiques étaient pris en charge ou atténués par l’inoubliable proviseur. Un après-midi, M. Aissaoui appela le Conseiller d’éducation pour demander qui envoyer pour une conférence sur le planning familial en présence du gotha administratif local, wali, exécutif, notables et responsables. Une manifestation où il fallait briller sans éclabousser et parler sans faillir. Bechedad fut désignée, surtout pour sa volonté et son courage. Le lendemain de la manifestation qui se déroula sous la houlette de l’Institut de formation des enseignants, la directrice des lieux exigea de compter cette enseignante parmi ses professeurs formateurs, elle devait être, précisa-t-elle, dans la formation des formateurs. Mama maitrisait tellement le sujet et la communication qu’on a voulu l’enlever au lycée et personne ne pouvait contrer la raison de service. Ce fut elle qui trouva l’abnégation et la fidélité de dire non. Elle resta parmi ses amis et au service de ses élèves.
Quand la tourmente des années 90 se traduisit par des bombes et la terreur, elle éleva la voix pour condamner l’intégrisme et continua son enseignement. Il fallut que la menace soit nominative pour que sa famille l’obligeât, en avril 1995, à partir ailleurs. Elle choisit Tamanrasset au sud du plus grand désert du monde. Là au lycée Amoud, elle enseigna et se dévoua à ses nouveaux collègues et à ses élèves de 1995 à 2000. Elle suscita admiration et vocations et continua imperturbable sa mission avec ses convictions.
Elle fut alors promu proviseure au Technicum Ibn Rostom de Tamanrasset où elle exerça un an de 2000 à 2001. Ensuite elle dirigea l’année suivante le lycée de Berriane de la wilaya de Ghardaia puis revient à Tamanrasset au lycée d’Ain Mguel de 2002 à 2006. Là, elle créa de toute pièce une cantine pour ses élèves démunis et ses enseignants isolés. Faute de cuisinier, sans complexe, elle se mettait aux fourneaux entre deux réunions ou deux rapports. Mais c’est une inondation comme seul l’extrême sud en connait qui va mettre en évidence son courage et son héroïsme au service des autres. Devant les eaux déferlantes, elle s’attache avec une corde à un arbre et repêche des adolescents en dérive, elle en sauvera plusieurs. Le lycée, malgré ce haut fait déplorera un mort.
Elle est rappelée à Ilizi pour diriger l’établissement de la ville de 2006 à 2009.
Au terme de parcours héroïque au service de l’éducation, elle est nommée Inspectrice Générale de l’Administration pour la wilaya de Mostaganem, puis celles de Blida et Ilizi de 2009 à 2013. Elle se rappela alors des préceptes de l’inoubliable responsable où elle débuté, Monsieur Aissaoui Mohamed[2] : former sans arrêt et améliorer sans relâche, engager les collaborateurs par l’exemple, prévoir pour mieux administrer, disponibilité et discrétion sont les outils d’un chef.
Déjà malade depuis 2012, elle est nommée Directrice de l’éducation à Saida en 2013. Elle continuait à appliquer ses convictions au service d’une Algérie qu’elle concevait avec l’optique de convictions chevillées au corps, d’une volonté sans faille et d’une activité quotidienne qui faisait l’émerveillement de tous ses collaborateurs. Elle survolait les responsabilités et se déjouait des difficultés. Première à la tache, volontaire de choc, le Sahara comme le Tell s’apprivoisaient au geste déterminé et à l’exemple engageant qu’elle incarnait. Toujours sur la brèche malgré la maladie qui lui sapait la santé. Quand elle venait à Mostaganem, son amie Guendouz Sabah, professeure à la retraite, se faisait un devoir de la promener, Mama continuait à puiser en elle-même pour donner le change.
Très fatiguée, elle tient quand même à participer à la réunion de l’entrée 2014/2015 avec une autre dame remarquable, la Ministre de l’Education Nationale. Samedi 30 août à dix heures, prise d’un malaise en pleine réunion, elle est admise à l’hôpital de Kouba où elle s’éteignit le sourire aux lèvres. Elle imaginait l’automne avec des solutions aux difficultés des élèves et leur promettait une Algérie meilleure. Cette grande dame laissait sa vie en exemple de dévouement, elle restera une icône dans l’univers de l’éducation et pourtant elle n’avait que 55 ans ».

B.Cherifi
Dimanche 14 Septembre 2014 - 18:06
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MOSTAGANEM
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